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GUIDE C-DRONE · 7 SEPTEMBRE 2026

Drone et installation de concassage-criblage : rubrique ICPE 2515, groupe mobile, stocks en cône et poussières

Un groupe de concassage-criblage tourne au milieu de son propre bruit, de sa propre poussière et de ses propres tas. Autour de la machine, le parc à stocks aligne des cônes de plusieurs mètres — 0/4, 4/10, 20/40, sables, ballast, graves recyclées — dont le contenu représente une part importante de l'actif de l'exploitation, et que plus personne ne mesure sérieusement une fois l'exercice comptable arrivé. Monter sur un tas de granulats avec une mire ou un GPS de chantier est long, désagréable et franchement risqué ; l'estimation « à la chargeuse » qui la remplace souvent n'a aucune valeur d'inventaire. Le drone change surtout ce point-là. Il documente aussi l'état de l'installation elle-même — cribles, jetées de transfert, capotages, rampes d'aspersion — sans arrêter la production. Voici le cadre réglementaire exact de la rubrique 2515, ce que le vol apporte, et ce qu'il ne remplace en aucun cas.

Publié le 7 septembre 2026, relu le 11 septembre 2026 — réglementation en vigueur en septembre 2026.

Rubrique ICPE 2515 : installation permanente ou groupe mobile, deux régimes distincts

Une installation de traitement de matériaux relève en France de la rubrique ICPE 2515, dont l'intitulé exact est : « Broyage, concassage, criblage, ensachage, pulvérisation, nettoyage, tamisage, mélange de pierres, cailloux, minerais et autres produits minéraux naturels ou artificiels ou de déchets non dangereux inertes ». Cette dernière mention est ce qui fait entrer dans la même rubrique la plateforme de recyclage de déchets inertes du BTP et l'installation fixe d'une carrière de roche massive. Le critère de classement n'est ni le tonnage produit ni la surface : c'est la puissance de l'ensemble des machines fixes concourant au fonctionnement de l'installation, exprimée en kilowatts.

La rubrique se lit en deux alinéas, et c'est la distinction la plus utile à connaître. Pour une installation permanente (alinéa 1), une puissance supérieure à 200 kW relève de l'enregistrement, une puissance supérieure à 40 kW et inférieure ou égale à 200 kW de la déclaration. Pour une installation temporaire (alinéa 2) — celle qui traite des matériaux extraits ou produits sur le site de l'installation et qui fonctionne sur une période unique d'une durée inférieure ou égale à six mois —, les seuils sont nettement plus larges : enregistrement au-delà de 350 kW, déclaration entre 40 et 350 kW. C'est ce régime qui permet à un groupe mobile de venir concasser sur place les bétons de démolition d'un chantier plutôt que de les évacuer ; il suppose que les deux conditions soient réunies, l'origine des matériaux comme la durée unique d'implantation. Depuis le décret n° 2018-900 du 22 octobre 2018, le régime d'autorisation a disparu de cette rubrique au profit de l'enregistrement. Les prescriptions générales viennent de l'arrêté du 30 juin 1997 en déclaration (modifié par l'arrêté du 21 novembre 2017) et de l'arrêté du 26 novembre 2012 en enregistrement.

Un mot sur le périmètre de ce guide, car les sujets voisins sont nombreux et volontairement traités ailleurs. Ce guide porte sur l'installation de traitement et son parc à stocks produits — pas sur la fosse d'extraction, dont la stabilité fait l'objet de notre guide sur l'inspection de front de taille de carrière ; pas sur le calcul du gisement extrait, traité dans notre guide sur la modélisation 3D de carrière pour la déclaration de production ; pas sur l'après-exploitation, objet du guide sur le suivi du réaménagement de carrière. Une carrière et son installation de traitement partagent souvent le même site et le même exploitant, mais relèvent de rubriques différentes de la nomenclature, avec des prescriptions et des échéances propres.

Cribles, jetées de transfert, capotages et rampes d'aspersion : ce qu'un survol documente

Un groupe de concassage-criblage est un assemblage de structures métalliques soumises en permanence à des vibrations, à des chocs et à un matériau abrasif. Le survol produit une orthophoto et un modèle 3D de l'ensemble, complétés de prises rapprochées en vol manuel sur les points sensibles : châssis et paliers de crible (fissuration en pied de soudure, jeu visible, tôles de caisson déformées), jetées de transfert entre concasseur primaire, secondaire et cribles, goulottes et bavettes dont l'usure se lit à l'amincissement de la tôle et aux coulures de fines sur le pourtour, trémies d'alimentation et leurs grilles, bardages, passerelles et garde-corps des plateformes hautes, souvent les premiers à se corroder. Sur les convoyeurs qui relient tout cela, le détail des rouleaux, du centrage de bande et de la structure de galerie relève de notre guide dédié à l'inspection de convoyeur à bande industriel : ce guide-ci s'intéresse à l'installation dans son ensemble, le convoyeur n'y étant qu'un ouvrage parmi d'autres.

Le survol documente aussi les équipements anti-poussières imposés par l'arrêté du 26 novembre 2012, dont l'article 37 prévoit, selon les produits et les conditions, le capotage avec aspiration raccordée à un traitement, la brumisation, un dispositif adaptant la hauteur de chute libre, et l'humidification des stockages à l'air libre par temps sec. Vu du sol, on ne sait pas si une rampe d'aspersion située en tête de crible ou au-dessus d'une jetée fonctionne réellement sur toute sa longueur ; vu d'en haut, une buse bouchée, un capotage déposé et jamais remis, une bâche déchirée ou une conduite d'eau pincée se voient immédiatement. Même chose pour l'arrosage des pistes prévu à l'article 6 : l'orthophoto montre les portions réellement humidifiées et celles qui restent sèches sous le passage des dumpers.

Sur la question du panache lui-même, il faut être net. Une vidéo aérienne, ou une série d'orthophotos prises à des vents différents, montre comment la poussière se comporte : d'où elle part, jusqu'où elle va, si elle franchit la limite de propriété, si l'aspersion la rabat effectivement. C'est une observation utile, qui aide à repositionner une buse ou un merlon, et qui vaut souvent mieux qu'une discussion de voisinage sans image. Mais le drone ne mesure aucune concentration ni aucun flux de dépôt. La surveillance réglementaire, prévue à l'article 39 du même arrêté, passe par un réseau de jauges de retombées (norme NF X 43-014, version 2017) ou, à défaut pour les installations existantes, de plaquettes de dépôt (NF X 43-007, 2008), avec au moins un point mesurant le bruit de fond ambiant et un enregistrement continu de la vitesse et de la direction du vent. Lorsque l'installation se trouve sur une carrière dont la production annuelle dépasse 150 000 tonnes, l'arrêté du 22 septembre 1994 ajoute son propre plan de surveillance, avec un objectif de 500 mg/m² par jour en moyenne annuelle glissante pour chaque jauge des points de mesure concernés. Notre guide sur la surveillance de la qualité de l'air et des poussières par drone détaille cette frontière entre observation et métrologie.

Cuber le parc à stocks : cônes calibrés, densité apparente et inventaire

C'est le cœur du sujet. Les produits sortent de l'installation en tas coniques calibrés, un par coupure : 0/4, 4/10, 20/40, sables lavés, ballast, graves recyclées. Ces cônes sont exactement ce qu'un levé photogrammétrique sait le mieux mesurer. Le vol se fait en quadrillage (deux grilles croisées valent mieux qu'une), à hauteur constante, avec un recouvrement fort et des prises obliques pour ne pas laisser d'angle mort sur les flancs raides ; des points de calage relevés au GNSS et répartis sur tout le parc, ou une base RTK, assurent le géoréférencement. Le traitement produit un nuage de points puis un modèle numérique de la surface. Le volume de chaque tas s'obtient ensuite par différence entre ce modèle et une surface de base — et c'est là que se joue une bonne part de la fiabilité : sur une plateforme plane relevée à vide une fois pour toutes, l'assiette est connue ; sur un tas adossé à un merlon ou coincé contre un mur de blocs béton, il faut définir explicitement le plan de référence, sous peine de compter du remblai comme du produit fini. Le choix de la hauteur de vol, donc de la résolution sol (GSD), suit la même logique que sur tout levé topographique.

Deux travaux publiés cadrent bien ce que vaut la méthode. Oluibukun Gbenga Ajayi et John Ajulo ont publié en 2021 dans la revue Quaestiones Geographicae une comparaison, sur un tas de gravier, entre un levé par drone (128 images à 50 m de hauteur de vol) et un levé au sol à la station totale, tous deux confrontés au volume de référence issu du compteur de l'installation de concassage : 2 750 m³ de référence, 2 686 m³ pour le drone, 2 831 m³ pour la station totale, soit des écarts inférieurs à 3 % de part et d'autre (voir l'étude sur Google Scholar). Plus intéressant encore pour un parc à granulats, D. J. A. Davis et N. S. Guy ont publié en 2023, dans les International Archives of the Photogrammetry, Remote Sensing and Spatial Information Sciences, une comparaison entre scanner laser terrestre, photogrammétrie par drone et station totale sur des stocks de sable, de gravier et de granulats fins : le levé à la station totale ne s'est révélé exploitable que sur le sable et les granulats grossiers, impraticable sur les granulats fins, et sous-estimait globalement les volumes ; le drone donnait de meilleurs résultats à basse hauteur de vol et fort recouvrement (voir l'étude sur Google Scholar). C'est exactement le reproche que font les exploitants aux relevés au sol : on ne monte pas sur un tas de 0/4, on ne marche pas correctement sur un flanc à l'angle de talus naturel, et on finit par mesurer moins de points là où il en faudrait davantage.

Reste la marche la plus souvent ratée : le passage du volume au tonnage. Le drone livre des mètres cubes ; la comptabilité, la déclaration et la facturation raisonnent en tonnes. La conversion se fait par la densité apparente en vrac, qui doit être mesurée par coupure et pas supposée. Elle varie avec la granulométrie, la forme des grains, la nature de la roche, le degré de compaction du tas et surtout son humidité — un sable ressuyé après une semaine de pluie ne pèse pas ce que pèse le même sable en août. La mesure se fait soit par un essai normalisé (NF EN 1097-3, masse volumique en vrac et porosité intergranulaire), soit, plus simplement sur site, en pesant au pont-bascule un chargement dont le volume est connu, coupure par coupure, et en refaisant l'exercice quand les conditions changent. L'ordre de grandeur pour des granulats courants tourne autour de 1,4 à 1,8 t/m³ selon le matériau et l'état : une densité retenue au jugé à 10 % près introduit mécaniquement 10 % d'erreur sur le tonnage, ce qui ruine un levé pourtant précis à 2 %. La densité est la première source d'erreur d'un inventaire par drone, très loin devant la photogrammétrie.

Côté usages, l'intérêt est d'abord comptable. Un levé de fin d'exercice donne un inventaire du parc à stocks daté, opposable en interne, tas par tas et coupure par coupure. Répété trimestriellement sur le même plan de vol, il permet la réconciliation entre production déclarée, ventes pesées au pont-bascule et stock physique : un écart persistant signale soit une dérive de densité, soit un problème de comptage, soit une coupure qui part en fines non valorisées. Il alimente utilement le dossier annuel de production, sans jamais s'y substituer — le pont-bascule reste la seule donnée réglementaire opposable, comme rappelé dans notre guide sur le calcul de cubatures et de stocks par drone. Sur les plateformes de recyclage d'inertes, le même levé sert à suivre les stocks de matériaux recyclés en attente d'écoulement, une donnée que peu d'exploitants tiennent avec précision alors qu'elle conditionne la place disponible sur la plateforme.

Qui commande ce type de mission, limites, méthode et prix en 2026

Ces vols sont commandés par des carriers et exploitants de sites de traitement de matériaux, des loueurs et exploitants de groupes mobiles de concassage intervenant en campagne courte sur chantier, des plateformes de recyclage de déchets inertes du BTP, des services QSE et maintenance de groupes de matériaux, et des bureaux de contrôle qui cherchent une vue d'ensemble datée avant une visite. Les centrales à béton implantées sur le même site ou à proximité relèvent d'une autre rubrique et d'un autre exercice de cubage, traité dans notre guide sur l'inspection de centrale à béton (BPE). Quand le levé doit produire un document opposable à un tiers — bornage, plan de récolement, litige —, l'acquisition se sous-traite dans le cadre décrit par notre guide drone et géomètre-expert, le professionnel du chiffre restant celui qui signe.

Les limites de terrain sont réelles et il vaut mieux les poser d'entrée. La poussière abrasive attaque les moteurs et les optiques : on ne vole pas au ras d'un point de rejet en pleine production, et un vol de cubage se programme de préférence à l'arrêt de l'installation ou en début de poste. Les vibrations et le bruit compliquent la communication au sol et imposent des consignes claires entre le télépilote et le chef de site. Surtout, les engins en mouvement — dumpers, chargeuses, camions clients en circulation dans le parc — imposent une coordination réelle : interdiction de survol des cabines occupées, arrêt de la zone concernée pendant le passage sur les tas, point de décollage à l'écart des pistes. Un parc à stocks se cube bien mieux en une heure de zone neutralisée qu'en trois heures de slalom. Comme pour toute mission en site industriel, le plan de prévention se règle avant le vol. Enfin, redisons-le : le drone ne remplace ni les vérifications générales périodiques des équipements de travail prévues par le code du travail (articles R. 4323-23 et R. 4323-24, réalisées par des personnes qualifiées), ni le contrôle des organes de sécurité — arrêts d'urgence, protecteurs, consignation —, ni la mesure réglementaire des retombées de poussières.

Ordres de grandeur constatés en France en 2026, hors taxes :

PrestationOrdre de grandeur (HT, 2026)
Cubage ponctuel d'un parc à stocks (une quinzaine de tas, rapport par coupure)450 à 900 €
Inventaire trimestriel sur plan de vol répété, avec comparatif inter-campagnes350 à 700 € par passage
Inspection photogrammétrique du groupe de concassage-criblage (orthophoto, modèle 3D, rapport photo)600 à 1 200 €
Campagne complète : inspection de l'installation, cubage du parc et orthophoto du site1 200 à 2 500 €

Le forfait de déplacement s'ajoute au-delà d'un rayon de 30 à 50 km, et un groupe mobile installé pour quelques semaines seulement suppose une réactivité de planning qu'il faut annoncer. Ces montants couvrent le vol, le traitement et la livraison des volumes et des livrables ; ils n'incluent ni la mesure de densité apparente, ni les jauges de retombées, ni aucune vérification réglementaire de machine. Pour un site de traitement, une plateforme de recyclage ou une campagne de groupe mobile, demandez un devis en précisant le nombre de tas et de coupures, la puissance installée et le régime ICPE de l'installation, et l'objectif visé (inventaire comptable, état des lieux de maintenance ou dossier réglementaire).

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