C‑DRONE
Vagues sur une plage de sable vues du ciel

GUIDE C-DRONE · 1 SEPTEMBRE 2026

Mesurer un stock en vrac par drone pour l'inventaire annuel : clôture comptable, commissaire aux comptes, prix

Dans une carrière, un port, une plateforme de compostage ou une cour de ferrailleur, le stock de fin d'exercice est souvent la ligne la plus lourde de l'actif circulant — et la plus mal justifiée. Personne ne compte un tas de granulats : on l'estime. Le chef de site annonce « autour de 12 000 tonnes », le comptable l'inscrit, l'expert-comptable l'accepte faute de mieux, et le commissaire aux comptes, lui, demande sur quoi repose ce chiffre. C'est exactement là que la mesure par drone change de nature : elle cesse d'être un outil d'exploitation pour devenir un élément probant daté, traçable et reproductible. Ce guide ne traite pas de la technique de la cubature — nous la détaillons ailleurs — mais de ce que le chiffre devient une fois entré au bilan : l'obligation d'inventaire du code de commerce, ce qu'attend un auditeur, la chaîne fragile qui va du volume au tonnage puis à la valeur, la tolérance à écrire dans un protocole, et la répétabilité d'un exercice sur l'autre.

Publié le 1 septembre 2026, relu le 11 septembre 2026 — réglementation en vigueur en septembre 2026.

Un tas n'est pas une palette : pourquoi le vrac résiste à l'inventaire

L'obligation est simple et ancienne. L'article L. 123-12 du code de commerce impose à toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant de « contrôler par inventaire, au moins une fois tous les douze mois, l'existence et la valeur des éléments actifs et passifs du patrimoine de l'entreprise », puis d'établir les comptes annuels à la clôture « au vu des enregistrements comptables et de l'inventaire ». L'article R. 123-177, dans sa rédaction issue du décret n° 2015-903 du 23 juillet 2015, précise que l'inventaire est « le contrôle annuel de l'existence et de la valeur de tous les éléments d'actif et de passif à la date de clôture », et que les données d'inventaire doivent être conservées et « organisées de manière à justifier le contenu et le mode d'évaluation de chacun des postes du bilan ». Le même décret a supprimé l'obligation formelle du livre d'inventaire : ce n'est pas un allègement de fond, c'est un déplacement de la charge de la preuve vers la qualité du dossier de justification.

Pour un stock d'entrepôt, cette justification est mécanique : on compte des palettes, on scanne des codes-barres, on rapproche des quantités unitaires. C'est le sujet de notre guide sur l'inventaire de stock en entrepôt par drone, où le drone remplace le cariste et la nacelle pour lire des étiquettes en hauteur. Le vrac ne fonctionne pas ainsi. Un tas de granulats, de compost, de sel de déneigement, de céréales, de plaquettes forestières ou de ferraille ne se compte pas : il n'a ni unité, ni identifiant, ni contenant. On ne peut que le mesurer — et, historiquement, on ne le mesurait pas vraiment.

La pratique courante reste l'estimation experte : le chef de carrière regarde le tas, le compare à ce qu'il connaît, croise avec les tonnages produits et expédiés depuis le dernier inventaire, et annonce un chiffre. Cette estimation n'est pas absurde — elle intègre une connaissance du site que personne d'autre n'a — mais elle est invérifiable et non reproductible. Deux chefs de site donneront deux chiffres. Le même chef de site, sur deux tas de forme voisine mais de hauteur différente, se trompera dans un sens sur l'un et dans l'autre sur le second, sans qu'aucun élément du dossier ne permette de le détecter. Et l'erreur ne se compense pas : sur un tas conique, une sous-estimation de la hauteur d'un mètre sur dix se traduit par une erreur de volume bien supérieure à 10 %, puisque le volume varie avec le carré du rayon et la hauteur.

L'enjeu financier suit directement. Une variation de stock final se répercute intégralement au compte de résultat via la variation des stocks, donc sur le résultat imposable et sur les capitaux propres. Sur un site qui porte 50 000 tonnes de granulats valorisées à quelques euros la tonne, une erreur d'appréciation de 10 % déplace plusieurs dizaines de milliers d'euros de résultat d'un exercice à l'autre. C'est précisément le genre d'écart qu'un auditeur cherche à borner — et qu'un chiffre « au jugé » ne permet pas de borner.

Ce qu'attend un commissaire aux comptes : la NEP 501 et l'assistance à la prise d'inventaire

Le texte de référence, côté audit légal français, est la NEP 501, « Caractère probant des éléments collectés (applications spécifiques) », homologuée par l'arrêté du 22 décembre 2006. Elle pose que, lorsque les stocks sont significatifs, le commissaire aux comptes assiste à la prise d'inventaire physique afin de collecter des éléments suffisants et appropriés sur leur existence et sur leur état physique. Sa présence a un second objet, souvent oublié par les entreprises : vérifier que les procédures définies par la direction pour l'enregistrement et le contrôle des résultats des comptages sont effectivement appliquées, et en apprécier la fiabilité. Autrement dit, l'auditeur ne vient pas seulement constater un tas : il vient auditer votre méthode.

C'est un point décisif pour qui envisage une mesure par drone. Si l'entreprise n'a pas de procédure écrite, le vol du prestataire reste une prestation technique isolée, difficile à raccrocher au dossier d'audit. Si l'entreprise a formalisé un protocole d'inventaire des stocks en vrac — qui mesure, quand, avec quel matériel, sur quelle emprise, avec quels contrôles, qui valide — le levé devient l'exécution documentée d'une procédure que l'auditeur peut observer, tester et, le cas échéant, valider pour les exercices suivants. La NEP 501 prévoit d'ailleurs que, lorsque les stocks sont répartis sur plusieurs sites, le commissaire aux comptes détermine les lieux où sa présence est nécessaire en fonction du risque d'anomalies significatives par site : un protocole homogène appliqué à tous les sites d'un groupe multiplie la portée d'une seule visite.

La norme prévoit également deux voies de repli qui intéressent directement le sujet. Lorsque l'auditeur ne peut assister à la prise d'inventaire à la date prévue mais que l'entité tient un inventaire permanent, il peut intervenir à une autre date en procédant à des comptages ou en les assistant, avec des contrôles sur les mouvements intercalaires. Et lorsque sa présence est impossible, notamment en raison de la nature ou de la localisation de l'inventaire, il détermine s'il peut mettre en œuvre des procédures d'audit alternatives apportant des éléments d'un caractère probant équivalent. Un levé par drone daté, horodaté, accompagné d'un rapport de traitement et de points de contrôle relevés au sol s'inscrit naturellement dans ces deux configurations — c'est aussi ce qui le rend utile sur les sites où marcher sur un tas est purement et simplement interdit pour des raisons de sécurité.

Une précision utile pour éviter une confusion fréquente : cet élément probant relève de l'audit, pas du constat judiciaire. Si l'enjeu n'est pas la certification des comptes mais un litige, une expertise d'assurance ou un différend commercial sur une quantité livrée, la question du support de preuve change de nature et relève du constat par drone avec un commissaire de justice, que nous traitons séparément. Les deux démarches partagent la même exigence de traçabilité, mais pas le même destinataire ni le même formalisme.

Volume, tonnage, valeur : la densité décide de la fiabilité du résultat

Il faut le dire franchement, parce que c'est le point que la communication commerciale du secteur passe systématiquement sous silence : un drone mesure un volume, et rien d'autre. Or un stock ne s'inscrit pas au bilan en mètres cubes. Il s'inscrit en tonnes, valorisées à un coût de revient. La chaîne complète comporte donc trois maillons — volume, densité, coût unitaire — et le maillon que le drone traite est celui qui pose le moins de problèmes.

La conversion se fait par la masse volumique apparente du matériau en tas, exprimée en tonnes par mètre cube. Elle n'a rien d'une constante. Elle dépend de la granulométrie et de la forme des grains, du compactage — un tas déversé par convoyeur, un tas repris et rechargé au chargeur et un tas tassé par le roulage des engins n'ont pas la même densité —, du foisonnement, et surtout de l'humidité. La norme d'essai américaine ASTM C29/C29M, « Standard Test Method for Bulk Density (Unit Weight) and Voids in Aggregate », est explicite sur ces limites et vaut d'être citée à toute personne qui vous proposera un chiffre de densité tiré d'un tableau : elle avertit que la relation entre le degré de compactage des granulats dans une unité de transport ou dans un stock et celui obtenu dans l'essai normalisé est inconnue, et que les granulats en stock contiennent une humidité absorbée et de surface — cette dernière étant précisément ce qui provoque le foisonnement — alors que l'essai détermine la masse volumique sur base sèche.

Les conséquences pratiques sont considérables et rarement chiffrées dans les dossiers d'inventaire. Un sable sec et un sable saturé d'eau, à volume identique, ne pèsent pas la même chose ; un stock de plaquettes forestières mesuré après trois semaines de pluie a gagné de la masse sans gagner de matière sèche ; un tas de compost en cours de fermentation se tasse tout seul. Sur un tas de 20 000 m³, une hésitation de 0,1 t/m³ sur la densité retenue — ce qui n'a rien d'extravagant entre une valeur de catalogue et une valeur mesurée — déplace 2 000 tonnes. Aucune amélioration de la précision du levé, si spectaculaire soit-elle, ne compense cet écart : on peut mesurer le volume à 1 % près et se tromper de 10 % sur le tonnage.

La conclusion opérationnelle est nette : la densité doit être mesurée, pas supposée, et sa mesure doit être datée et documentée au même titre que le levé. Les voies usuelles sont l'essai de laboratoire sur échantillon prélevé au moment du vol, ou — souvent plus convaincant pour un auditeur parce qu'il porte sur le matériau réel — la pesée d'un lot de référence : on charge et on pèse au pont-bascule un volume connu, prélevé sur le tas concerné le jour de la mesure. Cette valeur devient l'hypothèse de conversion de l'exercice, opposable et reconductible. Sur les matériaux hétérogènes et sensibles à l'humidité — bois énergie, compost, ferraille —, il est légitime de retenir une densité par type de produit plutôt qu'une densité de site ; notre guide sur le cubage de grumes par drone décrit la même logique appliquée à un coefficient d'empilement calibré par essence.

Enfin, mesurer le volume ne dit rien de la qualité du produit stocké, donc rien de sa valeur unitaire. Un tas de granulats pollué par des fines, un lot de céréales déclassé, un stock de ferraille dont la composition a changé conservent leur volume et perdent leur valeur. La dépréciation éventuelle reste une décision de l'exploitant, appuyée sur des analyses et sur la connaissance du marché : le levé ne s'y substitue jamais.

Traçabilité du calcul : emprise, base du tas, MNT de référence, points de contrôle

Un volume n'existe pas dans l'absolu : c'est toujours la différence entre deux surfaces. C'est pourquoi la question la plus importante d'un rapport de cubature n'est pas « combien ? » mais « par rapport à quoi ? ». Le modèle numérique de terrain qui sert de plancher — le fond de référence — peut être défini de trois manières, qui ne donnent pas le même résultat : un plan horizontal à une altitude fixée, une surface interpolée à partir du contour du pied de tas (la « méthode de la base du tas »), ou un MNT levé antérieurement, quand la plateforme était vide. Sur un sol en pente, sur une aire qui a été décaissée ou remblayée entre deux exercices, ou sur un tas adossé à un merlon, l'écart entre ces trois définitions se compte facilement en centaines de mètres cubes. Un rapport qui ne dit pas laquelle a été employée n'est pas auditable.

Le second paramètre est l'emprise retenue : le contour exact à l'intérieur duquel le volume est calculé. Sur un stock à talus continu, sur des tas mitoyens qui se touchent par la base, ou sur un stock partiellement engagé sous un auvent ou contre un mur de séparation, le tracé du polygone est une décision d'opérateur, et cette décision doit être reconduite à l'identique d'un exercice sur l'autre. La bonne pratique consiste à figer les polygones d'emprise dans un fichier de référence, versionné, annexé au protocole, plutôt qu'à les redessiner chaque année : c'est ce qui rend la comparaison inter-annuelle honnête.

Le troisième paramètre est le logiciel de calcul lui-même, et c'est un point que la recherche documente. L'étude de G. Tucci, A. Gebbia, A. Conti, L. Fiorini et C. Lubello publiée en 2019 dans Remote Sensing a mesuré des tas de matériaux issus de la collecte sélective par photogrammétrie par drone, en comparant deux configurations de prise de vue — verticale et oblique — avec un scanner laser terrestre servant à la fois à relever les points d'appui et de vérité terrain, puis a recalculé les volumes avec deux logiciels différents et comparé les résultats entre configurations et entre logiciels (voir l'étude sur Google Scholar). L'enseignement pour un dossier d'inventaire est direct : la chaîne de traitement fait partie de la méthode, et changer de logiciel ou de configuration de vol entre deux exercices introduit une variation qui n'a rien à voir avec le stock réel.

Reste la précision proprement dite, qui se contrôle exactement comme sur n'importe quel levé topographique : par des points de contrôle indépendants, exclus du calcul de calage, relevés au sol par une méthode plus exacte que le produit testé. Notre guide sur le contrôle qualité d'un livrable photogrammétrique détaille cette lecture — et explique pourquoi le « RMS » affiché en première page d'un rapport de traitement ne prouve rien à lui seul. Le géoréférencement joue également : sur un site sans réseau de repères permanents, un drone RTK ou PPK supprime une partie de la logistique de cibles au sol, mais ne dispense jamais de quelques points de contrôle indépendants. Enfin, ce sont bien les livrables décrits dans notre guide sur les livrables d'une mission de photogrammétrie — nuage de points, MNT, MNS, orthophoto — qui doivent être remis et archivés avec le rapport : sans eux, aucun recalcul ultérieur n'est possible, et l'article R. 123-177 impose de conserver des données d'inventaire organisées pour justifier le mode d'évaluation.

Écrire le protocole : tolérance, seuil de signification, traitement des écarts

Un protocole d'inventaire des stocks en vrac tient en trois ou quatre pages et vaut, dans un dossier d'audit, bien davantage qu'un rapport de cubature isolé. Il énonce : la liste des stocks concernés et leurs polygones d'emprise de référence ; la méthode de mesure (photogrammétrie ou LiDAR, hauteur de vol et résolution sol visée, recouvrement, prises de vue obliques, mode de géoréférencement) ; le fond de référence retenu, tas par tas ; le dispositif de contrôle (nombre et répartition des points de contrôle indépendants, méthode de relevé au sol) ; la règle de conversion volume-tonnage avec l'origine et la date de la densité employée ; la tolérance admise ; enfin la procédure de traitement des écarts et les signataires.

Sur la tolérance, il faut résister à deux tentations symétriques. La première est de ne rien écrire, ce qui renvoie toute discussion ultérieure à une appréciation subjective. La seconde est d'écrire un chiffre irréaliste pour se rassurer. Les ordres de grandeur documentés donnent un cadre honnête : une étude de H. He, T. Chen, H. Zeng et S. Huang publiée en 2019 dans Sensors, portant sur l'estimation du volume de chargements en vrac transportés par barges par photogrammétrie par drone sans point d'appui au sol, relève un écart d'environ ±2 % par rapport à la mesure manuelle traditionnelle, avec des erreurs de positionnement altimétrique inférieures à 8 cm (voir l'étude sur Google Scholar). De leur côté, P. L. Raeva, S. L. Filipova et D. G. Filipov, dans une comparaison entre mesures GNSS et photogrammétrie par drone sur un tas de carrière à ciel ouvert publiée en 2016 dans les International Archives of the Photogrammetry, Remote Sensing and Spatial Information Sciences, rappellent que les réglementations applicables à l'exploitation minière exigent couramment une exactitude de 3 % sur le volume total, et soulignent que le GNSS terrestre, très exact, devient rapidement inexploitable en temps de terrain sur de grandes emprises (voir l'étude sur Google Scholar).

Ces valeurs concernent le volume géométrique et rien d'autre. Le protocole doit donc porter deux tolérances distinctes : l'une sur le volume, contrôlable par points de contrôle indépendants ou par recoupement avec une seconde méthode ; l'autre sur le tonnage, plus large, qui absorbe l'incertitude de la densité. Le rapprochement de fin d'exercice se fait ensuite entre le tonnage mesuré et le tonnage théorique reconstitué à partir de la comptabilité matière (stock d'ouverture + production ou réceptions − expéditions). L'écart obtenu n'est jamais nul, et c'est normal : il agrège les pertes de manutention, l'envol des fines, la reprise d'humidité, les erreurs de bascule et l'incertitude de mesure elle-même. Ce qui compte est de le situer par rapport au seuil de signification retenu pour l'exercice, et de le documenter : en deçà, on ajuste le stock comptable sur la mesure et on l'explique ; au-delà, on investigue avant d'ajuster, parce qu'un écart important signale souvent autre chose qu'une imprécision de levé — une densité mal choisie, une emprise modifiée, ou un problème réel de comptabilité matière.

Ce cadre se raccorde à des obligations déclaratives voisines quand le site est une installation classée. Les exploitants de carrières produisent chaque année une déclaration de production dont la logique de mesure et de traçabilité est très proche ; notre guide sur la modélisation 3D de carrière pour la déclaration de production annuelle décrit ce volet réglementaire, qu'il est économiquement rationnel de traiter dans le même vol que l'inventaire comptable.

Répétabilité : comparer un exercice à l'autre sans comparer des méthodes

La valeur d'un inventaire par drone ne se révèle pas au premier exercice : elle se révèle au deuxième. La première campagne produit un chiffre ; la deuxième produit une variation mesurée, et c'est cette variation qui alimente la comptabilité, l'analyse de gestion et la confiance de l'auditeur. Encore faut-il que la différence observée reflète le stock, et non un changement de protocole.

La règle est donc simple à formuler et exigeante à tenir : même emprise, même fond de référence, même chaîne de traitement, même conversion, même prestataire si possible. Chaque paramètre modifié doit être signalé et, dans l'idéal, quantifié : si l'on passe d'un fond horizontal à une base interpolée, ou d'un logiciel à un autre, la bonne pratique consiste à recalculer une fois le stock de l'exercice précédent avec la nouvelle méthode, à publier les deux valeurs et à documenter l'écart de méthode. C'est peu coûteux, cela se fait à partir des données archivées, et cela évite qu'une variation purement technique soit interprétée comme une perte ou un gain de matière.

Cette continuité a un corollaire contractuel : les données brutes appartiennent au client. Un contrat qui ne prévoit que la remise d'un PDF de volume enferme l'entreprise dans une dépendance au prestataire et rend tout recalcul impossible. Il faut exiger la livraison et l'archivage des photographies géoréférencées, du nuage de points, du MNT, des coordonnées des points d'appui et de contrôle, et du rapport de traitement — c'est aussi ce que suppose l'obligation de conservation des données d'inventaire. Les principes généraux de commande d'un levé, du choix de la précision à celui des livrables, sont détaillés dans notre guide drone géomètre : prix d'un relevé topographique.

Enfin, la fréquence mérite d'être posée en termes économiques plutôt que réglementaires. Le code de commerce n'impose qu'un inventaire par exercice. Mais sur un site à forte rotation, une mesure trimestrielle coûte peu par rapport à la première campagne — le plan de vol et les polygones d'emprise étant déjà établis — et transforme l'inventaire d'obligation subie en outil de pilotage : détection précoce des dérives de comptabilité matière, arbitrage sur les niveaux de stock, préparation sereine de la clôture. C'est la même logique que celle décrite dans notre guide sur le calcul de cubatures et de stocks par drone en carrière et en TP, côté exploitation.

Limites honnêtes : ce que le drone ne mesure pas

Trois limites méritent d'être posées noir sur blanc dans un protocole, parce qu'elles conditionnent la crédibilité de l'ensemble.

La première est géométrique. Le drone ne voit que ce qui est visible du ciel. Un stock sous auvent, en silo, en case couverte ou en bâtiment fermé échappe à la photogrammétrie aérienne classique ; il relève d'un levé au scanner, d'un vol en intérieur ou de méthodes de jaugeage propres au contenant. De même, un tas dont le pied est masqué par des engins, des big-bags ou de la végétation verra son contour mal reconstruit, et la reprise manuelle du polygone de base devient une source d'écart qu'il faut assumer et documenter. Enfin, une surface très sombre, très réfléchissante ou très homogène — charbon frais, sel, sable fin sec sous soleil rasant — dégrade la corrélation photogrammétrique : sur ces matériaux, un LiDAR aéroporté ou une acquisition en lumière diffuse donne un meilleur résultat.

La deuxième est physique : le drone mesure un volume apparent, pas une masse. Nous l'avons développé plus haut ; il faut simplement en tirer la conséquence dans la répartition des responsabilités. Le prestataire drone est responsable du volume, de sa méthode et de sa traçabilité. La densité, la qualité, le classement du produit et sa valorisation relèvent de l'exploitant, appuyé le cas échéant par un laboratoire. Un rapport qui annonce directement un tonnage sans expliciter la densité utilisée et son origine mélange deux responsabilités et fragilise les deux.

La troisième est thermique et sécuritaire : certains stocks en vrac s'échauffent spontanément — charbon, plaquettes forestières, compost, certains déchets — et cet auto-échauffement fait l'objet d'un suivi distinct de l'inventaire, avec une caméra thermique. Nos guides sur les stocks de charbon et de minerai en terminal portuaire et sur le stockage de bois énergie traitent ce volet. Cette mesure ne remplace pas la cubature, mais elle se combine très bien avec elle dans un même passage : même plan de vol, deux capteurs, deux rapports.

Méthode et prix en 2026

Le déroulé d'une campagne d'inventaire est stable : cadrage avec le service comptable et, si possible, avec le commissaire aux comptes (liste des stocks, date cible, tolérances, livrables attendus) ; rédaction ou mise à jour du protocole et gel des polygones d'emprise ; mise en place et relevé au sol des points d'appui et des points de contrôle ; vol, en évitant les journées de pluie, de vent fort et de manutention intense sur le site ; prélèvement ou pesée pour la densité, le jour même ; traitement, calcul des volumes par tas et rapport de contrôle ; conversion en tonnage, rapprochement avec la comptabilité matière et note d'écart. Comptez une demi-journée à une journée sur site pour un parc de taille courante, et trois à dix jours ouvrés pour les livrables complets.

Ordres de grandeur constatés en France en 2026 (HT) :

Notre guide combien coûte une prestation drone détaille les paramètres qui font varier ces montants. Cette prestation relève de notre offre topographie et photogrammétrie par drone ; demandez un devis en précisant la nature des matériaux, le nombre et la surface approximative des tas, la date de clôture de votre exercice et le nom du commissaire aux comptes s'il doit être associé à la démarche.

Questions fréquentes

Une cubature par drone suffit-elle à justifier un stock en vrac au bilan ?

Elle en constitue le meilleur socle disponible, mais elle ne suffit pas seule. Le drone produit un volume géométrique daté et reproductible : c'est la partie de la chaîne qui se contrôle le mieux. Pour arriver à une valeur au bilan, il faut ensuite convertir ce volume en tonnage — donc disposer d'une masse volumique apparente mesurée sur le matériau réel, dans son état d'humidité et de compactage du jour — puis appliquer un coût de revient. Un dossier d'inventaire solide comporte donc trois pièces distinctes : le rapport de levé (volume, méthode, points de contrôle, emprise), la justification de la densité retenue (essai de laboratoire ou pesée d'un lot de référence, avec sa date), et la note de valorisation. Présenter le seul volume et laisser la densité à l'appréciation du chef de site revient à documenter précisément le maillon le plus fiable et à laisser le plus fragile sans preuve.

À quelle date faut-il voler par rapport à la clôture de l'exercice ?

Le plus près possible de la date de clôture, et de préférence en accord préalable avec le commissaire aux comptes. L'article R. 123-177 du code de commerce définit l'inventaire comme le contrôle de l'existence et de la valeur des éléments d'actif « à la date de clôture » : un levé réalisé deux mois avant ne mesure pas le stock de clôture, il mesure un stock antérieur qu'il faudra rapprocher des mouvements intercalaires (entrées de production, sorties de vente) pour être exploitable. La NEP 501 admet expressément ce raisonnement lorsque l'auditeur ne peut être présent à la date prévue et qu'un inventaire permanent existe : il intervient à une autre date en contrôlant les mouvements de la période. En pratique, on cale le vol sur une fenêtre de quelques jours autour de la clôture, en évitant les journées de pluie battante et de vent fort, et on prévoit une date de repli — une météo dégradée le 31 décembre ne doit pas faire perdre l'exercice.

Quelle tolérance peut-on raisonnablement inscrire dans un protocole d'inventaire ?

Il faut distinguer deux tolérances, et c'est la source de la plupart des malentendus. La première porte sur le volume géométrique : sur un tas dégagé, correctement volé et calé sur des points de contrôle indépendants, un écart de l'ordre de quelques pour cent par rapport à une méthode de référence est un ordre de grandeur documenté dans la littérature — l'étude de He et al. publiée en 2019 dans Sensors relève environ ±2 % entre photogrammétrie par drone et mesure manuelle sur des chargements de barges, et Raeva et al. rappellent en 2016 que les réglementations minières exigent couramment 3 % sur le volume total. La seconde porte sur le tonnage, et elle est nécessairement plus large, parce qu'elle cumule l'incertitude du volume et celle de la densité. Écrire « tolérance 2 % » sans préciser si l'on parle de mètres cubes ou de tonnes ne fixe rien d'exploitable : le protocole doit énoncer les deux séparément, avec la méthode de contrôle associée.

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