C‑DRONE
Vagues sur une plage de sable vues du ciel

GUIDE C-DRONE · 20 SEPTEMBRE 2026

Moutarde de Bourgogne et drone : détecter altises et pucerons, cartographier la levée, prix

La graine de moutarde de Bourgogne est l'une des rares filières agricoles françaises en pleine reconquête : partie de 60 tonnes en 1993, la production a atteint 12 500 tonnes en 2025, et la récolte 2026 s'annonce précoce et prometteuse avec 14 000 à 15 000 tonnes attendues sur 8 500 hectares. Cette reconquête reste fragile : la graine de moutarde brune essuie deux vagues de pression bien identifiées par les producteurs, les altises à la levée et les pucerons en cours de végétation, sur une culture où chaque foyer non repéré à temps pèse directement sur un rendement qui conditionne le respect du cahier des charges de l'IGP. Une cartographie aérienne par drone documente ce qu'une simple visite de parcelle ne montre pas à temps : voici ce qu'elle apporte, et ce qu'un vol ne remplace jamais.

Publié le 20 septembre 2026, relu le 20 septembre 2026 — réglementation en vigueur en septembre 2026.

Une filière en reconquête : la graine de moutarde de Bourgogne en 2026

La moutarde de Dijon exige une graine bourguignonne, un vin blanc d'appellation bourguignonne et une transformation en Bourgogne : c'est le cahier des charges de l'IGP « Moutarde de Bourgogne », reconnue depuis 2009. Or pendant des décennies, la graine elle-même venait presque exclusivement du Canada, premier producteur mondial, la culture française ayant quasiment disparu du paysage bourguignon. Depuis les années 1990, une relance portée par l'Association des producteurs de graines de moutarde en Bourgogne (APGMB), avec l'appui de la recherche agronomique régionale, a reconstruit une filière : environ 560 producteurs, dont 380 en Côte-d'Or — berceau de cette reconquête —, cultivent aujourd'hui près de 8 500 hectares répartis entre la Côte-d'Or, la Saône-et-Loire, l'Yonne et la Nièvre, presque exclusivement en moutarde brune (Brassica juncea), l'espèce imposée par le cahier des charges de la moutarde de Dijon.

La progression est spectaculaire sur le temps long : de 60 tonnes en 1993 à 12 500 tonnes en 2025. La récolte 2026, précoce, s'annonce comme l'une des meilleures de la décennie avec un rendement estimé entre 14 et 15 quintaux par hectare, pour un total de 14 000 à 15 000 tonnes. Cette dynamique reste néanmoins tributaire d'une culture exigeante : la graine de moutarde brune, semée sur une fenêtre courte, traverse deux pics de vulnérabilité aux ravageurs qui peuvent, en une saison, compromettre le travail de reconstruction d'une filière entière.

Ce qu'une cartographie multispectrale documente, de la levée à la floraison

Le premier pic de vulnérabilité se joue à la levée : les altises attaquent les cotylédons et les jeunes feuilles, provoquant un « criblage » caractéristique qui peut suffire à détruire un semis entier si l'attaque n'est pas repérée à temps — c'est pourquoi les producteurs posent des pièges dès septembre pour suivre les vols. Un vol multispectral sur la parcelle à ce stade restitue un indice de vigueur qui fait ressortir les zones de levée hétérogène ou de vigueur dégradée avant qu'elles ne soient visibles à l'œil depuis le chemin d'accès : notre guide sur la caméra multispectrale face à une caméra RGB classique détaille les capteurs et les indices concernés.

Le second pic se joue en cours de végétation, avec les pucerons, qui colonisent les tiges florales. Le principe de détection par signature spectrale est documenté : une étude de spectroscopie de terrain publiée en 2024 dans Remote Sensing par Shukla, Nigam, Birah, Kanojia, Kumar, Bhattacharya et Chander a mesuré la réflectance de parcelles de moutarde saines et infestées de pucerons dans le district de Bharatpur (Rajasthan, Inde) : les bandes spectrales à 679 nm, 746 nm et 979 nm se sont révélées les plus sensibles pour séparer les deux populations, en cohérence avec un indice de sévérité d'infestation noté au sol par un entomologiste (voir l'étude sur Google Scholar). Le principe — une signature spectrale propre à l'infestation, distincte du reste de la culture — transpose à l'imagerie multispectrale embarquée sur drone, à l'échelle d'une parcelle entière plutôt qu'à la mesure ponctuelle au sol. Sur des cultures voisines de la même famille des Brassicacées, notre guide sur la modulation de l'azote par drone sur blé et colza détaille un usage complémentaire de la même technologie, orienté fertilisation plutôt que ravageurs.

Le point d'honnêteté : une anomalie spectrale ne dit pas ce qui l'a causée

Le point d'honnêteté. L'étude de Shukla et ses coauteurs corrèle des bandes spectrales précises à un indice de sévérité d'infestation noté au sol par un entomologiste, sur des parcelles suivies dans la durée en spectroscopie hyperspectrale de contact : elle démontre qu'une séparation statistique est possible dans ces conditions contrôlées, pas qu'un survol multispectral isolé livre un diagnostic entomologique. Sur le terrain, une baisse de vigueur à la levée ou une anomalie en cours de végétation indique une zone à vérifier, jamais une cause identifiée. Le criblage d'un début d'attaque d'altises peut se confondre, à distance, avec une levée simplement hétérogène (battance, profondeur de semis irrégulière), une carence, ou l'effet d'un excès d'eau sur un sol argilo-calcaire typique de la Côte-d'Or. Plus tard dans la saison, une signature d'infestation de pucerons peut se rapprocher de celle d'une maladie fongique — alternariose ou sclérotiniose, deux pathogènes documentés sur les Brassicacées — ou d'un simple stress hydrique en fin de cycle.

Or la réponse diffère radicalement selon la cause : une attaque d'altises confirmée en début de levée impose une intervention rapide, éventuellement le recours au piégeage déjà en place et au compagnonnage avec de la féverole qui brouille le repérage de l'insecte ; une simple hétérogénéité de germination ne demande souvent aucune action ; une maladie fongique relève d'un traitement fongicide ciblé, sans rapport avec un insecticide. Cette distinction reste entièrement du ressort d'une vérification au sol par l'exploitant, sa coopérative ou son technicien de l'APGMB — le drone accélère la découverte de aller vérifier en priorité sur une parcelle de plusieurs hectares, jamais la détermination de ce qui s'y trouve.

Qui commande cette prestation, et prix constatés en 2026

La demande vient des coopératives et de l'APGMB pour un suivi mutualisé de plusieurs exploitations, des exploitants sous IGP cultivant en direct pour un fabricant, et des chambres d'agriculture de Côte-d'Or et de Bourgogne-Franche-Comté qui accompagnent la filière. Le relief des plaines et plateaux de la Côte-d'Or ne présente guère d'obstacle ; le point à vérifier avant tout vol reste la proximité d'un aérodrome — à Dijon, l'ancien trafic commercial de Dijon-Longvic a cessé, mais un trafic militaire résiduel subsiste au sud-est de la ville. Une vérification systématique sur la carte Géoportail des zones drone reste le premier réflexe avant toute campagne ; notre guide départemental sur le drone en Côte-d'Or et notre panorama régional Bourgogne-Franche-Comté détaillent l'ensemble des contraintes aériennes. Les missions du bassin dijonnais se traitent depuis Dijon.

Ordres de grandeur observés en France en 2026, hors taxes :

PrestationTarif constaté (HT)
Vol multispectral de repérage à la levée, altises (jusqu'à 10 hectares)300 à 500 €
Passage complémentaire par tranche de 10 hectares supplémentaires90 à 140 €
Vol de suivi mi-saison, vigueur et pucerons (jusqu'à 15 hectares)350 à 600 €
Suivi combiné (2 passages, levée + mi-saison)600 à 1 000 €

Ces montants couvrent le vol et la livraison d'une carte exploitable sous 24 à 48 heures ; ils ne comprennent ni le traitement phytosanitaire ni l'identification précise du ravageur ou de la maladie en cause, qui restent du ressort de l'exploitant, de sa coopérative ou de son technicien. Pour un groupement de producteurs de l'APGMB travaillant sur des parcelles voisines, une campagne mutualisée réduit sensiblement le coût par hectare. Demandez un devis en précisant la surface, le nombre de parcelles et la période visée : début septembre pour la levée et le repérage des altises, en cours de floraison pour le suivi des pucerons.

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