GUIDE C-DRONE · 26 AOÛT 2026
Marée verte : la surveillance des échouages d'algues par drone sur le littoral breton, méthode et prix
Chaque été, dans les baies de Saint-Brieuc, de la Lieue-de-Grève ou de Douarnenez, la marée dépose sur le sable des tonnes d'ulves — ces algues vertes qui prolifèrent depuis un demi-siècle sur certaines portions du littoral breton. Le tas qui verdit la plage n'est pas qu'une nuisance esthétique : en se décomposant, il dégage de l'hydrogène sulfuré, un gaz dont la toxicité a déjà valu des fermetures de plage et des incidents documentés. Pour la commune ou l'intercommunalité qui organise le ramassage, savoir où l'algue s'est échouée, sur quelle étendue et avec quelle évolution d'un passage à l'autre, avant d'y envoyer un engin ou un agent, change l'organisation de la saison. Voici ce qu'apporte un survol par drone, ce qu'il ne remplace jamais — les capteurs fixes d'H2S en tête —, et les prix constatés en 2026.
Publié le 26 août 2026, relu le 29 août 2026 — réglementation en vigueur en août 2026.
Marée verte en Bretagne : un phénomène connu, pas une fatalité
Les ulves — des algues vertes filamenteuses ou en lame, parfois appelées « laitue de mer » — prolifèrent chaque année sur une poignée de baies bretonnes peu profondes et peu renouvelées : Saint-Brieuc, la Lieue-de-Grève à Saint-Michel-en-Grève, la Fresnaye, Douarnenez, Concarneau, entre autres. Le mécanisme est documenté depuis longtemps : une étude de référence d'Alain Ménesguen et Jean-Yves Piriou, publiée en 1995 dans la revue Ophelia, a établi la relation entre les apports de nitrates issus des bassins versants agricoles bretons et l'accumulation massive d'ulves sur le littoral, et montré que la réduction de ces apports est le seul levier durable pour faire reculer le phénomène (voir l'étude sur Google Scholar). Trois décennies plus tard, le plan de lutte contre les algues vertes structure toujours l'action publique : de nouveaux arrêtés préfectoraux doivent fixer, au 1er septembre 2026, les mesures imposées aux exploitations agricoles des bassins versants prioritaires encore hors des objectifs de réduction fixés.
L'ampleur du phénomène reste, elle, bien réelle et suivie de près : une étude de Louis et ses coauteurs, publiée en 2023 dans Marine Pollution Bulletin, a analysé dix-huit ans de suivi des échouages sur neuf sites sableux bretons et mesuré une surface annuelle cumulée moyenne d'ulves échouées de 2,4 hectares, avec plus de la moitié des échouages concentrés dans la seule baie de Saint-Brieuc (voir l'étude sur Google Scholar). C'est cette variabilité d'une baie à l'autre, et d'une année sur l'autre, qui rend un suivi localisé et répété plus utile qu'un chiffre national.
Le risque sanitaire : l'hydrogène sulfuré, invisible et parfois grave
Une algue échouée qui sèche est inoffensive ; une algue échouée qui pourrit sous une croûte de sable ou de vase, en anaérobiose, dégage de l'hydrogène sulfuré (H2S) — le gaz à l'odeur d'œuf pourri, détectable par le nez à très faible dose mais dont l'odorat cesse justement de percevoir la présence à mesure que la concentration grimpe, ce qui en fait un danger insidieux pour quiconque s'attarde au-dessus d'un dépôt épais. Le Haut Conseil de la santé publique a fixé un seuil d'alerte à 1 ppm : au-delà, l'accès sans équipement de protection individuelle doit être interdit ; en deçà, dès qu'une détection a lieu, l'accès reste déconseillé. C'est ce seuil qui encadre les consignes données aux ramasseurs et au public sur les plages concernées.
Pour objectiver ce risque en continu, un réseau de capteurs fixes de mesure de l'H2S est déployé chaque année, du 15 mai au 15 octobre, sur les baies bretonnes les plus exposées, avec publication régulière des résultats. C'est cette surveillance réglementaire, et elle seule, qui fonde une décision de restriction d'accès à une plage — jamais une image aérienne, aussi précise soit-elle. Le drone n'a ici aucune vocation à mesurer un gaz ; sa place est en amont : repérer où un dépôt épais s'est formé pour que les équipes de ramassage — et les capteurs eux-mêmes, dont l'implantation peut être ajustée — soient positionnés au bon endroit, sans qu'un agent n'ait à s'aventurer à pied dans une zone à risque pour la localiser.
Ce qu'un survol cartographie : étendue, densité, évolution d'un passage à l'autre
Un vol le long de l'estran, à marée basse, produit une orthophoto géoréférencée du linéaire de plage concerné, sur laquelle le dépôt d'algues se détoure nettement du sable nu. Un capteur multispectral affine la lecture : les bandes proche-infrarouge et rouge font ressortir la biomasse végétale même sous un léger recouvrement de sable, et distinguent un dépôt frais d'une croûte déjà en décomposition. Cette approche s'appuie sur une méthode déjà validée sur des macrophytes marins : une étude de Ana Román, Antonio Tovar-Sánchez, Isabel Olivé et Gabriel Navarro, publiée en 2021 dans Frontiers in Marine Science, a montré qu'une caméra multispectrale embarquée sur drone classe efficacement les formations de macrophytes intertidaux et permet d'en cartographier l'étendue avec une précision inaccessible à l'imagerie satellite sur ce type de site restreint (voir l'étude sur Google Scholar).
Répété selon un plan de vol identique — idéalement à chaque marée basse significative en pleine saison —, ce survol produit une série comparable : la commune ou le syndicat gestionnaire visualise si le dépôt s'étend, se déplace vers un autre secteur de la baie ou régresse après un ramassage. C'est une aide directe à la priorisation : sur un linéaire de plusieurs kilomètres, envoyer les engins de ramassage en premier sur les zones les plus chargées, plutôt que de parcourir la plage dans l'ordre, réduit le nombre de jours pendant lesquels un dépôt reste en décomposition sous le soleil. Cette logique de suivi périodique rejoint celle que nous détaillons pour d'autres enjeux du littoral dans nos guides sur la surveillance de l'érosion côtière et, pour les plans d'eau intérieurs, sur la surveillance des cyanobactéries et algues sur un plan d'eau — un phénomène biologiquement distinct, mais dont la logique de cartographie répétée est la même.
Domaine public maritime, Natura 2000 et plage fréquentée : le cadre de vol
Une plage relève du domaine public maritime, dont la gestion est le plus souvent déléguée à la commune : une autorisation ou, a minima, une information préalable du service gestionnaire précède toute mission, au même titre que pour un ramassage mécanisé. Beaucoup des baies concernées par les échouages massifs sont, de surcroît, classées Natura 2000 ou intégrées à une réserve naturelle au titre de leurs habitats intertidaux : une vérification systématique des zones sur Géoportail avant tout devis permet d'anticiper une éventuelle contrainte du gestionnaire de la réserve, en particulier en période de nidification des oiseaux du littoral.
Le vol lui-même suit les règles générales détaillées dans notre guide sur le drone et la réglementation des plages du littoral : catégorie ouverte, sous-catégorie A2 ou A3 selon la proximité des baigneurs et promeneurs, avec un créneau matinal ou une marée basse hors heures d'affluence qui simplifie l'organisation. Une plage très fréquentée en pleine saison capte forcément des personnes dans le champ de la caméra : un cadrage large sur le linéaire de sable, sans zoom sur les usagers, suffit dans l'immense majorité des cas à rester dans le cadre que nous détaillons pour tout exploitant professionnel dans notre guide RGPD et drone professionnel. Une assurance responsabilité civile professionnelle à jour reste, comme pour toute mission, un prérequis non négociable du prestataire.
Méthode de mission et prix
La mission s'organise en lien avec les services techniques de la commune, de l'intercommunalité ou du syndicat mixte en charge du ramassage : calage sur l'horaire de marée basse, secteurs prioritaires du linéaire à couvrir, point de décollage à l'écart des zones de baignade surveillée. Le vol enchaîne un passage photogrammétrique pour l'orthophoto — complété d'un passage multispectral si la prestation l'inclut — et se conclut par un rapport localisant les zones d'échouage, leur étendue estimée et, pour un suivi de saison, leur évolution par rapport au passage précédent. Le livrable s'articule avec la surveillance réglementaire de l'H2S plutôt que de s'y substituer : la commune conserve, transmet ou croise ces données avec les résultats du réseau de capteurs et, le cas échéant, avec le CEVA.
Prix 2026 (HT) : 350 à 700 € pour un vol ponctuel de constat sur un secteur de plage (orthophoto, zones d'échouage détourées) ; 600 à 1 200 € pour un vol avec capteur multispectral (carte d'indice de biomasse, estimation d'épaisseur) ; 250 à 500 € par passage pour un suivi saisonnier régulier sur le même plan de vol, de mai à octobre ; couverture de plusieurs baies à l'échelle d'une intercommunalité : sur devis selon le linéaire et la fréquence. Le forfait de déplacement s'ajoute au-delà d'un rayon de 30 à 50 km. Cette prestation relève de notre offre topographie et photogrammétrie par drone ; demandez un devis en précisant le linéaire de plage concerné, la fréquence de suivi souhaitée et l'articulation attendue avec le réseau de capteurs H2S existant.
Questions fréquentes
Le drone remplace-t-il les capteurs fixes de mesure de l'hydrogène sulfuré ?
Non, jamais. Le drone produit une image : l'étendue et la densité visibles d'un dépôt d'algues sur l'estran. Il ne mesure aucune concentration de gaz dans l'air. Seuls les capteurs fixes du réseau de surveillance, déployés chaque année sur les baies les plus concernées, quantifient l'hydrogène sulfuré et déclenchent les mesures de restriction d'accès au-delà du seuil d'alerte du Haut Conseil de la santé publique.
Peut-on faire voler un drone au-dessus d'une plage fréquentée en été ?
Oui, sous conditions. Le vol relève le plus souvent de la catégorie ouverte, sous-catégorie A2 ou A3 selon la proximité des personnes présentes, avec une autorisation du gestionnaire du domaine public maritime — le plus souvent la commune — et une vérification préalable des zones sur Géoportail, en particulier lorsque la baie est classée Natura 2000. Un passage programmé tôt le matin, hors heures de forte affluence, simplifie l'organisation et limite les prises de vue de tiers.
Le levé par drone donne-t-il le tonnage d'algues à ramasser ?
Il donne un ordre de grandeur utile au pilotage, pas un chiffre contractuel : la surface couverte et une épaisseur estimée par comparaison visuelle permettent d'approcher un volume, converti en tonnage grâce à une densité moyenne connue du CEVA. La pesée réelle des bennes au moment du ramassage reste la seule donnée qui compte pour le bilan de campagne et les déclarations qui en découlent.
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