C‑DRONE
Paris et la tour Eiffel au coucher du soleil, vus du ciel

GUIDE C-DRONE · 7 SEPTEMBRE 2026

La canne à sucre vue par drone : vigueur, repousses et biomasse à La Réunion et aux Antilles

À La Réunion, la canne à sucre occupait 21 393 hectares au recensement agricole de 2020, soit 55 % de la surface agricole utile du département, cultivés par 2 718 exploitations dont plus de 70 % font moins de huit hectares. En Guadeloupe, 3 087 exploitations pour 12 417 hectares. En Martinique, la canne reste la deuxième culture derrière la banane. Ces surfaces sont pourtant parmi les plus difficiles à observer de l'agriculture française : une canne adulte monte de 2 à 5 mètres, ce qui rend impossible toute lecture de l'intérieur d'une parcelle depuis ses bords, et les blocs sont morcelés, pentus, souvent perchés jusqu'à 800 mètres d'altitude sur les pentes réunionnaises. Après trois campagnes catastrophiques — 1,139 million de tonnes à La Réunion en 2024, soit 30 % sous la moyenne décennale, puis le cyclone Garance en 2025 — savoir précisément où la parcelle décroche n'est plus un confort. Voici ce qu'un vol de drone montre, et ce qu'il ne montrera jamais.

Publié le 7 septembre 2026, relu le 7 septembre 2026 — réglementation en vigueur en septembre 2026.

Une filière sous pression, sur des parcelles qu'on ne voit pas

Les chiffres publics des trois départements canniers racontent la même trajectoire. À La Réunion, la production est tombée à 1,139 million de tonnes en 2024, soit 30 % de moins que la moyenne décennale, pour une richesse saccharimétrique de 13,0 % (Insee, bilan économique 2024). En Guadeloupe, la campagne 2024 s'est soldée par 264 000 tonnes de canne broyées et 14 600 tonnes de sucre, le plus mauvais résultat jamais enregistré. En Martinique, 206 431 tonnes broyées, une richesse en saccharose tombée à 10,1 % contre 12,1 % l'année précédente — son plus bas niveau depuis dix ans — 660 tonnes de sucre et 91 600 hectolitres d'alcool pur de rhum, après une sécheresse de début d'année puis le passage de l'ouragan Beryl fin juin.

Le climat n'explique pas tout, mais il frappe fort : le cyclone Garance, le 28 février 2025, avec des vents dépassant 200 km/h, a causé selon la chambre d'agriculture de La Réunion 151,6 millions d'euros de pertes agricoles, dont environ 80 millions pour la seule filière canne, qui représente 52,9 % de la surface agricole de l'île. Dans ce contexte, chaque tonne compte et chaque hectare improductif se paie. Or la canne est l'une des rares grandes cultures qu'un technicien ne peut pas parcourir : à 3 mètres de haut, dans un champ dense, on ne voit littéralement rien au-delà du premier rang. Les visites se font en bordure, en bout de rang, ou en montant sur le godet d'un chargeur. Le cœur des blocs reste une zone aveugle — et c'est souvent là que se logent les décrochages. Le cadre réglementaire du vol outre-mer est identique à celui de l'Hexagone, avec ses spécificités de terrain : notre guide sur le drone en Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion et Mayotte détaille ce point.

Ce que le vol révèle : hétérogénéité, repousses, manques, verse

Un vol cartographique produit deux livrables complémentaires : une orthophoto haute résolution, où l'on distingue chaque rang, et une carte d'indices de végétation issue d'un capteur multispectral, qui traduit en gradient de couleurs la vigueur du couvert. Sur une sole cannière, cela sert à quatre décisions concrètes.

Deux travaux publiés dans la revue Agronomy encadrent bien ces usages. Une équipe menée par Marcelo Rodrigues Barbosa Júnior a publié en 2021 une étude sur la cartographie des manques dans les champs de canne par imagerie RGB de drone, en faisant varier la taille du pixel (3,5, 6,0 et 8,2 cm) et la hauteur des plantes (de 0,5 à 1,7 m) : la meilleure performance, avec une erreur de l'ordre du centimètre et demi, s'obtient à 3,5 cm de pixel sur une canne encore basse — d'où le titre, plus le vol est bas et précoce, plus il est juste (voir l'étude sur Google Scholar). L'année suivante, une équipe menée par Romário Porto de Oliveira a publié une méthode de prédiction des paramètres biométriques de la canne — nombre de talles, hauteur des plants, diamètre des tiges — à partir d'images multispectrales drone acquises tous les 40 jours sur cinq variétés, par régression linéaire multiple et forêt aléatoire, les bandes bleu, vert et proche infrarouge se révélant les plus prédictives (voir l'étude sur Google Scholar). Ce sont précisément les variables qui entrent dans une estimation de biomasse avant récolte.

Le cycle de la canne dicte le calendrier de vol — et les limites de l'outil

La canne est une culture pluriannuelle : on plante des boutures, on récolte, la souche repart, et l'on récolte de nouveau. La replantation n'est généralement envisagée qu'après cinq à huit cycles de récolte, selon la vigueur des repousses, le rendement déclinant coupe après coupe. C'est cet arbitrage — encore une repousse, ou replanter ? — que le drone éclaire le mieux, parce qu'il est le seul moyen économique de chiffrer le taux de manques sur l'ensemble du parcellaire d'un planteur plutôt que sur une ligne d'échantillonnage de 100 mètres. Le calendrier utile se cale donc sur trois fenêtres : après la coupe, canne basse, pour compter les manques et juger la reprise ; en pleine croissance, pour la carte de vigueur et le rattrapage azoté ; avant récolte, pour l'estimation de biomasse qui aide à ordonnancer les livraisons en balance pendant la campagne sucrière — de juillet à décembre à La Réunion, où le coup d'envoi 2025 a été donné le 22 juillet à Bois-Rouge pour le Nord et l'Est, et le 28 juillet au Gol pour le Sud et l'Ouest.

Il faut être clair sur ce que le drone ne fait pas. Il ne mesure pas la richesse en sucre : celle-ci est déterminée en laboratoire sur échantillon prélevé à la livraison, mission historique du CTICS à La Réunion depuis 1952 et des CTCS de Guadeloupe et de Martinique, et c'est elle qui fixe le prix payé au planteur. Il ne remplace pas la pesée en usine : une estimation de biomasse est un ordre de grandeur pour organiser la logistique, jamais un chiffre commercial. Il ne pose pas seul un diagnostic sanitaire : une anomalie spectrale signale une zone à visiter, pas une maladie nommée — l'identification reste au technicien, échantillon en main. Enfin, le relief, les alizés et les CTR des aéroports (Roland-Garros et Pierrefonds à La Réunion, Pôle Caraïbes en Guadeloupe, Aimé-Césaire en Martinique) contraignent réellement les créneaux de vol : sur ces terrains, la planification pèse autant que le matériel. Pour le choix du capteur, notre comparatif caméra multispectrale ou RGB sur un drone agricole pose les arbitrages, et la logique d'estimation de biomasse et de hauteur par drone développée pour les prairies s'applique, moyennant recalage terrain, à une canne de plusieurs mètres.

Qui commande ce type de mission, méthode et prix en 2026

Les commanditaires sont d'abord les planteurs de taille moyenne à grande et les groupements de planteurs, qui mutualisent un vol sur plusieurs exploitations voisines pour amortir le déplacement. Viennent ensuite les sucreries et distilleries de rhum, intéressées par l'estimation de biomasse à l'échelle d'un bassin d'approvisionnement et par la régularité des livraisons pendant la campagne ; les coopératives et organismes de développement agricole, pour cibler les programmes de replantation et les conseils de fertilisation ; et les assureurs et experts, pour les constats de verse après cyclone. Sur ce dernier point, la méthode est la même que celle décrite dans notre guide sur l'assurance récolte et le dossier d'indemnisation après sinistre climatique : orthophoto datée et géoréférencée, surfaces couchées mesurées et non estimées, comparaison avec un état antérieur si un vol de référence existe. Ce type de mission est distinct de l'épandage par drone en bananeraie contre la cercosporiose noire, qui relève d'un cadre réglementaire de pulvérisation bien plus lourd : ici, on observe et on mesure, on n'applique rien.

Ordres de grandeur constatés en 2026, hors taxes, pour une prestation réalisée par un télépilote basé sur place :

PrestationOrdre de grandeur (HT, 2026)
Vol multispectral de cartographie de vigueur, parcellaire groupé jusqu'à 50 ha500 à 1 200 €
Diagnostic de repousses et comptage des manques après coupe, par bloc de 20 ha350 à 800 €
Constat de verse après cyclone, orthophoto datée et surfaces couchées mesurées600 à 1 500 € par exploitation
Suivi de campagne, 3 à 4 passages avec estimation de biomassesur devis, selon surface et éclatement du parcellaire

Ces montants couvrent le vol, le traitement photogrammétrique, le calcul des indices et la livraison des cartes géoréférencées. Ils n'incluent ni les analyses de richesse, ni les prélèvements de sol, ni les mesures de recalage au sol nécessaires pour convertir un indice en tonnage — un travail agronomique à mener avec le technicien de la filière. Le morcellement du parcellaire pèse davantage sur le prix que la surface totale : dix blocs de deux hectares dispersés coûtent plus cher que vingt hectares d'un tenant. Pour un planteur, un groupement, une sucrerie ou une distillerie, demandez un devis en précisant l'île, la surface, le nombre de blocs, leur altitude et l'objectif recherché (vigueur, manques, biomasse ou constat de sinistre).

Demander un devis gratuit

À lire aussi