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GUIDE C-DRONE · 10 AOÛT 2026

Cartographie de la sévérité d'un incendie de forêt par drone : méthode multispectrale, prioriser le reboisement, prix

Une fois les moyens de lutte repartis et le feu déclaré éteint, une question reste ouverte pour le propriétaire forestier, la commune ou l'ONF : quelles parcelles sont totalement calcinées, lesquelles n'ont brûlé qu'en sous-bois avec des houppiers encore verts, et où commence la lisière indemne ? Une carte satellite donne une réponse à l'échelle du massif, avec un pixel de dix à trente mètres qui gomme les nuances à l'intérieur d'une même parcelle. Le drone, volant à basse altitude avec une caméra multispectrale, restitue cette sévérité arbre par arbre : de quoi cibler les zones à reboiser en priorité, distinguer le bois encore valorisable du bois perdu, et documenter un sinistre pour l'assureur. Voici la méthode, ses apports face à l'image satellite, le cadre de vol applicable et les prix constatés en 2026.

Publié le 10 août 2026, relu le 11 août 2026 — réglementation en vigueur en août 2026.

Ce que le satellite ne montre pas à l'échelle de la parcelle

Les cartographies de référence de la sévérité des incendies s'appuient sur l'indice NBR (Normalized Burn Ratio) et sa version différenciée, le dNBR, calculés à partir d'images satellites Landsat ou Sentinel prises avant et après le feu : une méthode éprouvée à l'échelle d'un massif entier, développée et utilisée notamment par les équipes de l'Inrae pour le suivi des grands incendies méditerranéens. Mais la résolution de ces satellites — dix mètres pour Sentinel-2, trente pour Landsat — mélange dans un même pixel un arbre entièrement calciné et son voisin resté vert, dès que la mosaïque de dommages devient fine, ce qui est la règle plutôt que l'exception sur un feu qui a couru en sous-bois par endroits et grimpé aux houppiers ailleurs.

Pour un propriétaire ou une commune qui doit décider parcelle par parcelle où couper, où laisser recoloniser naturellement et où replanter, cette résolution grossière ne suffit pas : elle situe le sinistre, elle ne le détaille pas. C'est exactement l'écart que comble un vol drone à basse altitude, avec un pixel au sol de quelques centimètres au lieu de plusieurs mètres.

La méthode : imagerie multispectrale et classification de la sévérité

Le drone survole la zone brûlée avec une caméra multispectrale, captant en plus du visible les bandes proche infrarouge et rouge-bordure qui traduisent l'état de la végétation : un feuillage vert et hydraté réfléchit fortement le proche infrarouge, tandis qu'une cime calcinée ou un sol nu couvert de cendres ne réfléchit presque rien dans cette bande. À partir de ces images, un indice de type NBR calculé localement, ou une simple classification supervisée par apprentissage automatique, distingue plusieurs classes de sévérité : sol calciné et végétation totalement détruite, brûlure de sous-bois avec houppier vert préservé, roussissement partiel du feuillage, et zone indemne.

Une étude de Shin, Seo, Kim, Park et Woo publiée en 2019 dans la revue Forests (MDPI) a testé cette approche sur l'incendie de forêt de Gangneung, en Corée du Sud, qui avait détruit 700 hectares en avril 2019 : à partir d'images multispectrales drone, les auteurs ont comparé trois classificateurs (maximum de vraisemblance, spectral angle mapper, seuillage du NDVI) et obtenu dans les trois cas une précision globale élevée pour distinguer les classes de sévérité, avec toutefois une confusion résiduelle entre pins et feuillus non brûlés spectralement proches (voir l'étude sur Google Scholar). Le principe rejoint celui détaillé dans notre guide sur le stress hydrique par drone multispectral : même logique d'indice de végétation, appliquée ici à un diagnostic de dommage plutôt qu'à un suivi cultural.

Prioriser le reboisement, sécuriser l'exploitation, documenter le sinistre

La carte de sévérité livrée au propriétaire ou au gestionnaire sert trois usages concrets. D'abord, la priorisation du reboisement : les zones à sévérité totale, sans capital ligneux ni semencier survivant à proximité, justifient une replantation active, tandis qu'une brûlure de sous-bois à houppier vert peut souvent se régénérer naturellement — une distinction qui évite de replanter là où la forêt repart seule et de laisser sans intervention les secteurs qui en ont vraiment besoin. Ensuite, la sécurisation de l'exploitation : un arbre resté debout mais fragilisé par le feu (houppier roussi, écorce fendue à la base) présente un risque de chute pour les équipes de bûcheronnage, que la carte de sévérité aide à repérer avant l'intervention au sol — un enjeu qui rejoint celui traité dans notre guide sur la cartographie des chablis après tempête, avec cette différence que le bois brûlé se déprécie très vite et impose un calendrier d'exploitation serré.

Enfin, la carte constitue une pièce documentaire pour l'expert d'assurance ou pour une demande d'aide publique au reboisement : elle objective la surface réellement détruite, classe par classe de sévérité, plutôt qu'une estimation visuelle globale du sinistre. Sur un massif déjà suivi par ailleurs, cette cartographie post-incendie complète l'inventaire courant du peuplement décrit dans notre guide sur la gestion forestière par drone, et peut aussi être comparée dans le temps à un inventaire carbone forestier par LiDAR antérieur pour chiffrer la perte de biomasse.

Cadre de vol et prix en 2026

Un point de sécurité s'impose avant tout : tant que la lutte active se poursuit, aucun drone privé ne doit voler à proximité d'un incendie de forêt — les moyens aériens de lutte (Canadair, hélicoptères bombardiers d'eau) opèrent à très basse altitude et un drone non coordonné peut contraindre ces appareils à interrompre leurs largages, avec un risque de collision et des sanctions pénales lourdes. La cartographie par drone n'intervient qu'après extinction officielle et réouverture de la zone, une fois le feu déclaré maîtrisé par le SDIS. Le vol se déroule ensuite le plus souvent en catégorie ouverte, sous-catégorie A3 pour un massif éloigné de tout tiers, après vérification des zones réglementées sur la carte Géoportail — une zone temporaire liée à l'incendie peut encore être active dans les jours suivant l'extinction, à vérifier avant tout décollage.

Fourchettes constatées en France en 2026 (HT) :

PrestationTarif constaté (HT)
Cartographie multispectrale jusqu'à 20 ha (vol, traitement, carte de sévérité classée)800 à 1 800 €
Massif de 20 à 100 ha1 800 à 5 000 € selon accès et relief
Au-delà de 100 hatarif dégressif à l'hectare, sur devis
Rapport d'expertise pour assureur (surface détruite chiffrée par classe)400 à 900 € en complément du vol

Notre guide combien coûte une prestation drone détaille les paramètres qui font varier ces montants. Cette prestation relève de notre offre topographie et photogrammétrie par drone ; demandez un devis en précisant la surface brûlée, la date d'extinction et l'objectif du relevé (reboisement, exploitation, assurance).

Questions fréquentes

Peut-on faire voler un drone pendant que l'incendie est encore actif ?

Non, en aucun cas. Tant que les moyens aériens de lutte contre l'incendie opèrent, tout drone privé dans la zone représente un danger de collision qui peut contraindre les Canadair et hélicoptères à interrompre leurs largages, et expose l'opérateur à des sanctions pénales. La cartographie par drone n'a lieu qu'après extinction officielle et réouverture de la zone.

La cartographie drone remplace-t-elle l'expertise d'un forestier ?

Non, elle l'objective. Le drone produit une carte de sévérité classée, mesurable et comparable dans le temps ; c'est le forestier ou l'expert ONF qui interprète cette carte pour décider où replanter, où laisser la régénération naturelle et quels arbres exploiter en priorité avant dépréciation.

Combien de temps après l'incendie faut-il voler pour un résultat fiable ?

Idéalement dans les semaines qui suivent l'extinction, avant que la pluie ne lessive les cendres et que la végétation pionnière ne commence à recoloniser le sol, ce qui brouillerait la lecture spectrale de la sévérité. Un second passage plusieurs mois plus tard permet de suivre la reprise de la végétation, spontanée ou après reboisement.

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