GUIDE C-DRONE · 2 SEPTEMBRE 2026
Comptage des navires au mouillage et pression d'ancrage sur les herbiers de posidonie par drone : méthode, cadre juridique, prix
Une commune littorale des Alpes-Maritimes qui prépare un dossier de zone de mouillages et d'équipements légers, un parc naturel marin qui doit démontrer l'évolution de la pression d'ancrage sur son herbier, un bureau d'études chargé de l'état initial avant un arrêté de mouillage : tous se heurtent au même mur méthodologique. Les données AIS ne voient qu'une partie de la flotte, les comptages depuis un sémaphore ou une vedette coûtent cher et restent ponctuels, et la vérité terrain en plongée ne couvre que quelques dizaines de mètres carrés par journée. Le drone ne remplace aucun de ces outils, mais il comble précisément le trou entre eux : une image datée, géoréférencée et vérifiable de toute une baie, obtenue en une heure, répétable chaque semaine de la haute saison. Ce guide décrit ce qu'un vol restitue réellement, ce qu'il ne restitue pas, le cadre juridique qui rend cette donnée utile, et les prix constatés en 2026.
Publié le 2 septembre 2026, relu le 7 septembre 2026 — réglementation en vigueur en septembre 2026.
Ce que le drone voit d'un mouillage, et ce que l'AIS ne voit pas
La pression d'ancrage sur les fonds méditerranéens est aujourd'hui documentée à grande échelle par les données AIS des navires. Une étude de Deter, Lozupone, Inacio, Boissery et Holon publiée en 2017 dans Marine Pollution Bulletin a estimé cette pression sur 1 800 km de littoral méditerranéen français entre 2010 et 2015 : environ 30 % des habitats situés entre 0 et −80 m y présentaient une pression d'ancrage, et l'herbier de Posidonia oceanica ressortait comme l'habitat le plus touché en durée cumulée (consulter l'étude). Le titre même de l'article annonce la limite de la méthode : elle impose une estimation du biais, parce que l'AIS n'est embarqué que par une fraction des navires.
C'est exactement là que se situe l'apport du drone. Dans une anse d'août, la flotte au mouillage est majoritairement composée de bateaux de 6 à 15 mètres qui ne transpondent pas : ils sont invisibles de l'AIS, mais leur ancre laboure le même fond. Un vol nadir à haute altitude au-dessus de la baie restitue l'intégralité des embarcations présentes à l'instant du cliché, quelle que soit leur taille, avec pour chacune une position en Lambert-93 ou en WGS84, une longueur mesurée au décimètre près sur l'orthophoto, et une horodatation.
Concrètement, un tel vol produit trois catégories de données difficiles à obtenir autrement : un effectif (combien de navires, à quelle heure, quel jour), une distribution spatiale (où se concentrent-ils dans la baie, à quelle profondeur, sur quel type de fond) et une structure de flotte (répartition par classes de longueur, part des unités de plus de 24 mètres). Les trois alimentent des décisions concrètes : dimensionner le nombre de corps-morts d'une future zone de mouillages, justifier le périmètre d'une interdiction, ou mesurer l'effet d'un arrêté un an après sa signature.
Le protocole de vol : compter des objets qui bougent
Un mouillage n'est pas un chantier : les navires évitent sur leur ancre, entrent et sortent, et un bateau photographié au début d'une mosaïque peut avoir tourné de 90° à la fin. Cela impose un protocole différent de celui d'un levé topographique classique.
Pour le comptage, on privilégie la couverture la plus rapide possible : vol à hauteur maximale réglementaire, capteur grand angle, recouvrement réduit au strict nécessaire, de façon à figer la baie en quelques minutes plutôt qu'en une demi-heure. Sur une anse de moins d'un kilomètre carré, un seul cliché à haute altitude suffit parfois : on n'a alors aucune ambiguïté de double comptage. Sur une baie plus large, on découpe en blocs volés d'affilée et on note l'heure de chaque bloc : les rares navires en transit entre deux blocs sont tracés manuellement au dépouillement. La résolution au sol retenue n'a pas besoin d'être centimétrique : 4 à 8 cm par pixel suffisent à identifier une coque, à la mesurer et à distinguer un voilier d'un semi-rigide.
Pour la cartographie du fond, tout change : on descend en altitude, on augmente le recouvrement, on ajoute des points d'appui au sol positionnés au GPS différentiel sur les enrochements ou la plage, et on vole impérativement dans une fenêtre de conditions étroite. La répétabilité passe par la standardisation : même heure solaire, même axe de bandes, mêmes réglages d'exposition d'une campagne à l'autre. C'est cette discipline, plus que le matériel, qui permet de superposer deux campagnes séparées d'un an et d'affirmer qu'une tache a grandi.
Un point souvent négligé : la protection des données. À basse hauteur, les noms de navires, les numéros d'immatriculation et les personnes à bord deviennent lisibles. Le comptage n'a besoin d'aucune de ces informations. La minimisation s'impose dès la définition du plan de vol — hauteur suffisante, floutage à la livraison, durée de conservation bornée — dans les termes détaillés par notre guide sur le RGPD appliqué aux prises de vue par drone.
Lire l'herbier depuis le ciel : ce que la méthode permet, et ce qu'elle ne permet pas
Sur un fond méditerranéen sain, l'herbier de posidonie apparaît en vue aérienne comme une nappe sombre, presque brune, tranchant nettement sur le sable clair. Un mouillage répété y creuse des taches de sable au milieu de la matte, et une ancre qui dérape y laisse une cicatrice linéaire. Ces figures sont visibles de l'air, et c'est tout l'intérêt de la méthode : une orthophoto haute résolution d'une anse rend ces taches mesurables en surface, comptables et surtout comparables d'une année sur l'autre. Une étude de Ventura, Bonifazi, Gravina, Belluscio et Ardizzone publiée en 2018 dans Remote Sensing a démontré la cartographie et la classification automatisées d'habitats marins sensibles, dont l'herbier de posidonie, à partir d'imagerie de drone traitée par analyse orientée objet (voir l'article).
L'enjeu n'est pas cosmétique. Une étude d'Abadie, Lejeune, Pergent et Gobert publiée en 2016 dans Marine Pollution Bulletin a décrit le mécanisme par lequel la blessure mécanique d'une ancre évolue ensuite en dégradation chimique de la matte, ce qui explique la genèse et la persistance de ces taches anthropiques dans l'herbier (consulter l'étude). Autrement dit : une cicatrice ne se referme pas au rythme d'une saison, ce qui rend le suivi pluriannuel pertinent — et rend crédible un indicateur de surface dégradée cumulée.
Les limites doivent être annoncées avant la mission, pas découvertes après. La photogrammétrie aérienne ne traverse l'eau que dans des conditions étroites :
- Faible profondeur. L'exercice est fiable en très petits fonds. Au-delà, le contraste entre herbier et sable s'effondre et la lecture devient une interprétation, pas une mesure. La profondeur exploitable dépend de la turbidité du jour : elle se constate sur place, elle ne se promet pas au devis.
- Eau claire et mer plate. Un léger clapot suffit à briser la lecture du fond et à faire échouer l'appariement photogrammétrique sous la surface. Une houle résiduelle ou un vent thermique de fin de matinée annulent la fenêtre.
- Soleil haut, mais réflexion maîtrisée. Il faut de la lumière pour pénétrer l'eau, donc un soleil élevé, mais un soleil au zénith renvoie une tache spéculaire aveuglante au centre des clichés. On travaille donc dans un créneau de milieu de matinée ou de milieu d'après-midi, avec un filtre polarisant orienté pour atténuer la réflexion de surface.
- Pas de profondeur sans correction de réfraction. À travers l'interface air-eau, tout point du fond apparaît moins profond qu'il ne l'est. Un modèle 3D brut sous-estime systématiquement les profondeurs : il faut appliquer une correction de réfraction, méthode formalisée par J. T. Dietrich en 2017 dans Earth Surface Processes and Landforms (voir la publication). Sans cette correction, aucune valeur de profondeur issue d'un vol n'est utilisable.
En pratique, un prestataire sérieux vend donc une cartographie surfacique (contours, surfaces, positions des taches et cicatrices), pas une bathymétrie. Si une profondeur précise est nécessaire, elle relève d'un autre outil : sondeur embarqué, ou levé bathymétrique dédié. Et une vérité terrain en plongée ou à la caméra tractée reste indispensable pour caler l'interprétation sur quelques placettes de contrôle.
Le cadre juridique qui rend cette donnée utile (réglementation en vigueur en septembre 2026)
Une orthophoto n'a de valeur pour un gestionnaire que si elle s'accroche à un texte. Trois blocs juridiques structurent le sujet en Méditerranée.
La protection de l'espèce. Posidonia oceanica figure sur la liste de l'arrêté du 19 juillet 1988 relatif à la liste des espèces végétales marines protégées, sous les noms vernaculaires de « pelote de mer » et « chiendent marin ». Cette inscription interdit la destruction, le transport, la vente, l'achat et l'utilisation des spécimens. La sanction relève de l'article L. 415-3 du code de l'environnement, qui prévoit jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende, montant doublé lorsque les faits sont commis en cœur de parc national ou en réserve naturelle. C'est ce socle qui donne une portée juridique à la démonstration d'une dégradation d'herbier.
La police du mouillage. En Méditerranée, l'arrêté préfectoral n° 123/2019 du 3 juin 2019 du préfet maritime de la Méditerranée fixe le cadre général du mouillage et de l'arrêt des navires dans les eaux intérieures et territoriales françaises de Méditerranée. Il est décliné par une série d'arrêtés départementaux — les premiers ont été signés pour les Alpes-Maritimes en octobre 2020 — qui définissent des zones d'interdiction de mouillage pour les navires de 24 mètres et plus, avec un seuil localement abaissé à 20 mètres dans certaines baies. Ces arrêtés locaux évoluent régulièrement, y compris sur la durée maximale de stationnement : le périmètre exact applicable à une baie donnée doit être vérifié dans l'arrêté en vigueur publié par la préfecture maritime de la Méditerranée, jamais recopié d'une source secondaire.
L'organisation du mouillage par la collectivité. C'est le régime de la zone de mouillages et d'équipements légers (ZMEL). L'article L. 2124-5 du code général de la propriété des personnes publiques permet de délivrer des autorisations d'occupation temporaire du domaine public pour l'aménagement, l'organisation et la gestion de zones de mouillages, à la condition que les ouvrages et équipements ne soient pas de nature à entraîner l'affectation irréversible du site ; ces autorisations sont accordées par priorité aux communes ou à leurs groupements, ou après leur avis si elles renoncent à cette priorité. Les modalités figurent aux articles R. 2124-39 à R. 2124-55 du même code : convention d'une durée maximale de quinze ans, équipements exclusivement destinés à l'amarrage ou à la mise à l'eau, installations mobiles et démontables, démolition et remise en état des lieux à l'expiration aux frais du titulaire.
Pour une commune, l'articulation est directe : le comptage aérien documente le besoin (combien d'unités, de quelle taille, à quelle période), la cartographie de l'herbier justifie l'implantation des corps-morts hors matte, sur les taches de sable existantes, et les campagnes suivantes mesurent l'effet du dispositif. La même donnée sert de pièce d'état initial dans un dossier ZMEL et d'indicateur de suivi dans le plan de gestion d'une aire marine protégée.
Voler au-dessus d'une baie et d'une aire marine protégée
Le vol lui-même relève du cadre littoral ordinaire, que nous ne réécrivons pas ici : notre guide sur le vol de drone sur une plage et sur le littoral détaille les autorisations, les arrêtés municipaux de police et les usages de plage. Quand la baie est incluse dans un site Natura 2000 en mer, une réserve naturelle ou le cœur d'un parc national, les règles propres au gestionnaire s'ajoutent aux règles aériennes — c'est l'objet de notre guide sur le vol en site Natura 2000 et en réserve naturelle. Sur la Côte d'Azur, l'espace aérien lui-même est un facteur dimensionnant : les zones contrôlées de Nice et de Cannes-Mandelieu couvrent une bonne partie du littoral azuréen et imposent une coordination préalable dont le délai doit être intégré au planning de campagne.
Trois précautions propres au survol maritime méritent d'être ajoutées. La perte en mer est définitive : un incident au-dessus de l'eau signifie la perte de l'appareil et des cartes mémoire non déchargées, ce qui justifie des flotteurs, une marge de batterie plus large que sur terre et un déchargement des données à chaque retour. Le point de décollage est un choix opérationnel : une jetée, un môle ou une plage donnent une meilleure garde en vue directe qu'un poste reculé derrière la pinède. La coactivité nautique est réelle : navettes, scooters des mers, parachute ascensionnel et hélicoptères de liaison partagent la même baie en août, et le vol doit être annoncé aux gestionnaires du plan d'eau et aux postes de secours.
Ce que l'on livre à une commune, à un gestionnaire de ZMEL ou à un parc marin
Le livrable détermine l'utilité de la mission. Sur ce type de campagne, un dossier complet contient :
- Une orthophoto géoréférencée de la zone d'étude, datée et horodatée, dans le système de coordonnées attendu par le service SIG du commanditaire — les formats et leurs usages sont décrits dans notre guide sur les livrables de photogrammétrie par drone.
- Une couche vectorielle de points « navires », un point par unité, avec attributs : identifiant, longueur estimée, classe de longueur, type d'unité si identifiable, profondeur approximative, nature du fond sous l'ancre, date et heure du cliché.
- Une couche vectorielle de polygones « taches de sable » et de polylignes « cicatrices », avec la surface de chaque entité et l'écart mesuré par rapport à la campagne précédente.
- Une note de méthode qui documente sans ambiguïté les conditions du vol (heure, hauteur, GSD, état de la mer, turbidité constatée, filtre utilisé), les traitements appliqués et, surtout, les zones où la lecture du fond n'a pas été possible. Cette dernière rubrique est ce qui distingue un rapport recevable d'une jolie image.
- Une synthèse chiffrée par date de passage : effectif total, répartition par classes de longueur, taux d'occupation de la baie, surface d'herbier dégradée cumulée.
Le principe reste celui de tout levé photogrammétrique par drone : la donnée est produite pour être versée dans un SIG et rejouée l'année suivante, pas pour illustrer une présentation. Une campagne dont on ne peut pas reproduire les conditions de vol n'a aucune valeur de suivi.
Prix constatés en 2026
Le prix dépend surtout de la surface de plan d'eau à couvrir, du nombre de passages sur la saison, et de la présence ou non d'un volet cartographie du fond — nettement plus exigeant que le simple comptage, parce qu'il impose des points d'appui au sol, une fenêtre météo étroite et des reports possibles. Les fourchettes ci-dessous sont des ordres de grandeur constatés sur le marché français en 2026, à titre indicatif ; elles ne constituent pas un tarif ferme et un devis reste nécessaire.
| Prestation | Tarif constaté (HT) |
|---|---|
| Vol de comptage ponctuel sur une anse (moins de 1 km², orthophoto + points navires) | 500 à 900 € |
| Campagne de haute saison sur une baie : 6 à 10 passages datés, comptage géolocalisé, synthèse | 3 500 à 9 000 € |
| Cartographie photogrammétrique des taches de sable et cicatrices d'ancre (20 à 60 ha en très petits fonds) | 1 200 à 3 500 € |
| Suivi pluriannuel : 2 campagnes par an, comparaison inter-annuelle des surfaces dégradées | 2 500 à 6 000 € par campagne |
| Abonnement de passages hebdomadaires sur la saison estivale (juin à septembre) | 600 à 2 000 € / mois |
| Dossier d'état initial pour une demande de ZMEL (orthophoto, couches SIG, note de méthode) | 2 000 à 6 000 € |
| Vérité terrain associée (plongée ou caméra tractée sur placettes de contrôle, sous-traitée) | 700 à 1 800 € / jour |
Deux postes font la différence entre un devis bas et un devis élevé. Le nombre de reports météo acceptés : sur un volet cartographie du fond, la fenêtre utile est courte et un prestataire qui s'engage sur une qualité de lecture provisionne des journées annulées. Le niveau de traitement SIG : livrer des images brutes coûte peu ; livrer des couches vectorielles attribuées, contrôlées et comparées à l'année précédente représente souvent la moitié du budget. Pour une collectivité, la commande passe généralement par un marché public de prestations de services ; prévoir dans le cahier des charges les conditions de vol standardisées et la propriété des données garantit la comparabilité des campagnes successives.
Cadrer votre campagne
Un chiffrage sérieux se cale sur quatre éléments : le périmètre exact du plan d'eau à couvrir, la période et la fréquence des passages souhaités, la présence ou non d'un volet cartographie de l'herbier, et le format attendu par votre service SIG. Si le suivi doit également porter sur le trait de côte émergé de la même baie, il se mutualise avec une surveillance de l'érosion côtière par photogrammétrie lors des mêmes vols, ce qui réduit sensiblement le coût par campagne. Décrivez votre baie et vos échéances dans notre demande de devis : vous recevrez une proposition chiffrée, avec les fenêtres de vol réalistes et les conditions de report.