GUIDE C-DRONE · 7 AOÛT 2026
Détection des campagnols en prairie par drone : cartographie multispectrale, dégâts, prix
Vingt-deux millions d'euros de pertes en une seule année, sur 60 000 hectares de prairies : c'est le bilan dressé en Franche-Comté lors d'un pic de pullulation du campagnol terrestre, un rongeur fouisseur capable de détruire jusqu'à 6 tonnes de foin sec à l'hectare quand l'infestation n'est pas maîtrisée à temps. Le campagnol terrestre (Arvicola terrestris) pullule par cycles de 5 à 7 ans dans les prairies de moyenne montagne, et l'efficacité de la lutte dépend presque entièrement de la précocité de la détection — avant que les galeries et monticules ne colonisent toute la parcelle. Des chambres d'agriculture et des FREDON régionales expérimentent depuis plusieurs années la cartographie par drone multispectral pour repérer ces foyers dès leur apparition, avec des résultats déjà appliqués sur le terrain. Voici la méthode, le cadre réglementaire de la lutte, et le prix d'une mission en 2026.
Publié le 7 août 2026, relu le 29 août 2026 — réglementation en vigueur en août 2026.
Un ravageur cyclique qui coûte cher aux éleveurs
Le campagnol terrestre est un rongeur fouisseur qui vit toute l'année sous la prairie, se nourrissant des racines et provoquant un affaissement caractéristique du sol repérable aux monticules de terre qu'il rejette en surface. Sa dynamique de population est cyclique : après une phase de basse densité, les effectifs explosent en 2 à 3 ans avant de s'effondrer, un cycle qui se répète tous les 5 à 7 ans dans les prairies de moyenne montagne — Massif central, Jura, Franche-Comté en tête. Une étude de référence publiée en 2000 dans Landscape Ecology par Fichet-Calvet, Pradier, Quéré, Giraudoux et Delattre, menée sur huit ans dans le Doubs, a établi que la composition du paysage agricole — part de prairies permanentes, taille et regroupement des parcelles — influence directement le risque et l'ampleur des pullulations (voir l'étude sur Google Scholar).
Sur le terrain, les pertes de récolte en herbe peuvent atteindre 30 à 80 % selon les parcelles et les années, jusqu'à 6 tonnes de foin sec à l'hectare dans les cas les plus sévères ; en Franche-Comté, un seul pic de pullulation a coûté près de 22 millions d'euros aux exploitations sur 60 000 hectares touchés. Le coût ne se limite pas au fourrage : un sol truffé de galeries se travaille mal, se ressème difficilement et présente un risque pour le bétail comme pour le matériel de fauche.
Ce que repère un vol de drone multispectral et thermique
Une infestation débutante se signale par des indices discrets : petits monticules de terre fraîchement remuée, jaunissement localisé de l'herbe au-dessus des galeries les plus actives, tassement en mosaïque du couvert végétal. À l'œil, en marchant la parcelle, ces signaux se noient facilement dans la variabilité naturelle de la prairie — c'est justement là que l'imagerie aérienne apporte une vue d'ensemble qu'un passage au sol ne peut pas offrir.
Une expérimentation menée par la Fredon de Franche-Comté et la chaire agroéquipements d'AgroSup Dijon, publiée en 2020 dans la revue Fourrages par Goulamoussène, Perrot, Toumazet, Michelin, Dureau et leurs collègues, a développé une méthode de cartographie combinant prise de vue multispectrale et traitement logiciel dédié : les indices de galeries et monticules y sont identifiés avec une précision annoncée supérieure à 96 %, chaque foyer étant restitué avec ses coordonnées GPS précises (voir l'étude sur Google Scholar). En pratique, un vol photogrammétrique classique en RVB permet déjà de repérer les monticules les plus visibles ; l'ajout d'une caméra multispectrale affine la détection des zones de stress végétal précoce, avant même que les monticules ne soient nombreux, la même logique d'indice de végétation que celle détaillée dans notre guide sur le stress hydrique des cultures par drone. Une passe thermique en fin de journée peut compléter l'analyse en révélant les entrées de galeries encore actives, plus fraîches que le sol environnant.
Le cadre réglementaire de la lutte : FREDON et arrêtés préfectoraux
Le campagnol terrestre figure sur la liste des organismes nuisibles fixée par l'arrêté du 16 avril 2020, pris en application du code rural et de la pêche maritime. Dans les régions les plus touchées — Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie —, un Plan d'Action Régional (PAR), animé et coordonné par la FREDON locale, organise la prévention, la surveillance et la lutte à l'échelle du territoire. Le préfet peut, sur cette base, rendre la lutte obligatoire par arrêté dans les communes classées à risque, imposant à tout exploitant ou propriétaire de prairie concerné la mise en œuvre de mesures définies : piégeage, favorisation de la prédation naturelle, modification des pratiques de fauche et de pâturage.
La cartographie par drone s'insère dans ce dispositif comme un outil de repérage précoce, avant que l'exploitant ne bascule en obligation de lutte renforcée : repérer un foyer naissant sur quelques ares permet une intervention ciblée par piégeage, nettement moins coûteuse et moins contraignante qu'un traitement de parcelle entière une fois l'infestation généralisée. Certaines FREDON régionales et chambres d'agriculture proposent déjà un accompagnement combinant vol de repérage et conseil technique ; un prestataire drone indépendant peut aussi intervenir en complément, notamment pour les exploitations de grande surface où le passage à pied de chaque parcelle est chronophage.
Organiser le vol : période, matériel, réglementation aérienne
La période la plus efficace se situe juste après une fauche ou en sortie d'hiver, quand le couvert végétal est ras : les monticules et les zones de stress se détachent plus nettement qu'en pleine pousse. Un suivi répété — un vol au printemps, un second en fin d'été — permet de suivre la progression d'un foyer d'une saison à l'autre et d'évaluer l'efficacité des mesures de lutte engagées entre les deux passages.
Les prairies se trouvant en général en zone rurale dégagée, la mission relève le plus souvent du cadre standard de la catégorie ouverte ; une vérification sur la carte Géoportail des zones réglementées reste toutefois systématique, en particulier en moyenne montagne où se superposent parfois des zones militaires basse altitude. Le prestataire doit disposer d'un enregistrement AlphaTango valide et d'une assurance responsabilité civile professionnelle, comme pour toute mission agricole ; le rapport livré doit être géoréférencé pour permettre de superposer les foyers détectés d'une campagne à l'autre et, le cas échéant, de les transmettre à la FREDON dans le cadre du plan d'action régional.
Prix d'une mission de cartographie en 2026
Le prix dépend de la surface à couvrir, du nombre de capteurs mobilisés (RVB seul ou combiné au multispectral et au thermique) et du nombre de passages sur la saison. Ordres de grandeur observés en France en 2026 (HT) :
| Prestation | Tarif constaté (HT) |
|---|---|
| Vol de repérage RVB, une prairie (jusqu'à 10 ha) | 150 à 350 € |
| Cartographie multispectrale avec traitement des indices de foyers | 300 à 700 € selon la surface |
| Passe thermique complémentaire en fin de journée | + 100 à 200 € |
| Suivi saisonnier (2 à 3 vols, printemps/été/automne) | sur devis, tarif dégressif |
La comparaison qui compte n'est pas le prix du vol seul, mais le coût d'un foyer détecté trop tard : quelques ares traités par piégeage précoce reviennent nettement moins cher qu'une parcelle entière à ressemer après un pic de pullulation. Notre guide sur l'estimation de la biomasse fourragère par drone détaille une mesure complémentaire utile pour objectiver la perte de rendement d'une prairie touchée. Demandez un devis en précisant la surface de prairie concernée, la région et l'état d'avancement de l'infestation.
Le drone remplace-t-il le repérage à pied par un technicien FREDON ? Non : il le complète en couvrant rapidement de grandes surfaces ; le technicien reste nécessaire pour confirmer l'espèce et conseiller la méthode de lutte.
Un seul vol suffit-il ? Pour une détection précoce, oui ; pour suivre l'efficacité de la lutte engagée, un second vol en fin de saison est recommandé.
La cartographie peut-elle être transmise à la FREDON ou à la chambre d'agriculture ? Oui, sous réserve d'un format géoréférencé standard ; certains plans d'action régionaux encouragent d'ailleurs ce type de signalement.
Cette méthode fonctionne-t-elle aussi contre le campagnol des champs ? Le campagnol des champs, ravageur des grandes cultures, laisse des indices de surface différents ; la méthode se transpose mais les seuils d'interprétation ne sont pas les mêmes que pour le campagnol terrestre des prairies.
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