GUIDE C-DRONE · 2 SEPTEMBRE 2026
EVLOS et scénario STS-02 : voler hors vue avec une chaîne d'observateurs sur un corridor linéaire
Une ligne électrique de douze kilomètres, une voie ferrée qui traverse trois communes, une canalisation de gaz enterrée sous des dizaines de kilomètres de campagne : pour ce genre de tracé, voler en vue directe impose des dizaines de décollages successifs. Le scénario standard STS-02 offre une autre voie : une chaîne d'observateurs postés le long du trajet relaie la vigilance visuelle du télépilote, et le drone avance hors de sa vue directe sans jamais échapper à un œil humain. Les exploitants appellent ça l'« EVLOS », un mot que le règlement n'emploie pourtant pas. Depuis le 1er janvier 2026, cette voie n'est plus une option parmi d'autres : c'est la seule qui reste, l'ancien scénario national qui la précédait ayant cessé d'exister au réveillon. Voici comment elle fonctionne, ses limites, et son prix en 2026.
Publié le 2 septembre 2026, relu le 5 septembre 2026 — réglementation en vigueur en septembre 2026.
EVLOS, un mot que le règlement n'emploie pas mais qui décrit bien le STS-02
Le règlement européen 2019/947 ne connaît que deux régimes de vue : la vue directe (VLOS) et le hors vue (BVLOS). Le mot « EVLOS », pour extended visual line of sight, n'apparaît dans aucun texte français ni européen — c'est un terme de métier, utilisé par les exploitants pour décrire un hors-vue qui reste piloté à l'œil humain plutôt que confié à un capteur de détection et évitement. Sur le terrain, c'est exactement ce que permet le scénario standard STS-02 : un drone de classe C6 vole hors de la vue directe du télépilote, mais reste sous la surveillance continue d'une chaîne d'observateurs positionnés le long du trajet, chacun relayant au suivant la vigilance visuelle sur l'espace aérien.
Le cadre est précis : hauteur maximale de 120 mètres au-dessus du sol, zone faiblement peuplée sans survol de rassemblement, et une distance totale au télépilote plafonnée à 2 kilomètres — atteinte en espaçant les observateurs d'au plus 1 kilomètre les uns des autres, chacun capable de communiquer en temps réel avec le pilote. Chaque observateur doit détenir le certificat théorique commun aux scénarios standards et l'attestation pratique propre au STS-02 ; une simple déclaration d'exploitation sur AlphaTango suffit ensuite, sans attendre d'autorisation individuelle de la DGAC — voir notre guide sur la catégorie ouverte ou spécifique pour la place du STS-02 dans l'ensemble du cadre réglementaire.
1er janvier 2026 : la fin des scénarios nationaux referme une voie plus souple
Jusqu'à fin 2025, un exploitant qui voulait suivre un linéaire hors vue pouvait s'appuyer sur le scénario national S2, plus souple d'écriture qu'un STS. Cette voie a disparu : les scénarios nationaux S1, S2 et S3 ont cessé d'être valides le 31 décembre 2025 à minuit, au terme de la période de transition ouverte par l'entrée en application des scénarios standards européens le 1er janvier 2024. Depuis le 1er janvier 2026, toute déclaration d'exploitation encore rattachée à l'un de ces scénarios est automatiquement passée au statut « non renouvelé » par la DGAC sur AlphaTango — elle ne couvre plus aucun vol.
Pour une mission hors vue sur corridor linéaire, la conséquence est concrète : un exploitant qui travaillait encore sous l'ancien S2 doit avoir redéclaré sa flotte et son manuel d'exploitation sous STS-02, avec ses contraintes propres — classe C6, chaîne d'observateurs, zone faiblement peuplée — plus strictement codifiées que ne l'était le S2. Pour un donneur d'ordre, la vérification est simple : demander au prestataire le scénario exact couvrant sa déclaration AlphaTango pour le site concerné, et se méfier d'une référence encore écrite « S2 » sur un devis daté de 2026, signe d'un dossier qui n'a pas été mis à jour.
Les limites de la chaîne d'observateurs : quand il faut basculer vers une autorisation SORA
Le STS-02 s'arrête net à 2 kilomètres et à une zone faiblement peuplée : un corridor qui traverse un bourg, longe une voie fréquentée ou dépasse cette distance sort du cadre de la simple déclaration. Il faut alors une autorisation d'exploitation fondée sur une analyse de risque SORA ou sur une évaluation prédéfinie (PDRA), instruite par la DGAC en plusieurs semaines à plusieurs mois — une voie plus lente et plus coûteuse, à anticiper dès le cahier des charges plutôt qu'au moment de programmer le vol.
Cette limite n'est pas qu'administrative : une étude de Maximilian Peukert et Christoph G. Santel, publiée en 2024 dans le CEAS Aeronautical Journal, montre qu'un observateur humain, même attentif, ne restitue pas toujours au télépilote une image complète et fiable du trafic aérien environnant — d'où le développement, en parallèle des scénarios à observateurs, de dispositifs de détection et évitement embarqués destinés aux missions qui dépassent ce que la vigilance humaine peut raisonnablement couvrir (voir l'étude sur Google Scholar). Pour l'instant, en France, ces dispositifs restent surtout mobilisés dans le cadre d'une autorisation SORA : le STS-02, lui, reste borné à ce qu'une chaîne d'yeux humains peut couvrir avec fiabilité.
Sur quels linéaires l'EVLOS change concrètement la donne
Le cas d'usage le plus net reste l'inspection de ligne électrique et l'élagage de la végétation sous corridor à haute tension : un tronçon entre deux postes source dépasse rarement les deux kilomètres couverts par une chaîne de deux ou trois observateurs, alors qu'un relevé au sol mobiliserait une équipe pendant des heures. Une revue de Van Nhat Nguyen, Robert Jenssen et Davide Roverso, publiée en 2018 dans l'International Journal of Electrical Power & Energy Systems, dresse un constat qui reste vrai aujourd'hui : l'inspection aérienne des réseaux électriques progresse plus vite que l'automatisation de l'analyse d'image qui en découle, l'essentiel du tri des défauts restant un travail humain sur les clichés rapportés (voir l'étude sur Google Scholar).
La voie ferrée et la canalisation de transport de gaz partagent la même géométrie : un tracé long, souvent en dehors des agglomérations, où positionner un observateur tous les kilomètres coûte moins cher qu'un survol répété en plusieurs vols courts VLOS. Le facteur qui reste hors du contrôle du scénario, en revanche, c'est le vent : sur un linéaire découvert, une rafale locale peut interrompre la chaîne d'observateurs avant même l'interruption du vol lui-même.
Déroulé et prix d'une mission EVLOS en 2026
Une mission STS-02 se prépare en trois temps. D'abord, la vérification du linéaire sur toute sa longueur : densité de population, présence de rassemblements ponctuels (marché, événement), et repérage des points d'accès pour positionner chaque observateur en bord de trajet. Ensuite, le jour du vol : déploiement de l'équipe, essai radio entre chaque maillon de la chaîne avant décollage, puis progression du drone maillon par maillon jusqu'au bout du tracé. Enfin, le traitement des images ou du passage thermique, et la restitution au gestionnaire de l'ouvrage. Les informations réglementaires de cette page reflètent la réglementation en vigueur en septembre 2026.
Ordres de grandeur constatés en 2026 (HT) :
| Prestation | Prix constaté (HT) |
|---|---|
| Mission STS-02 avec deux observateurs (jusqu'à 2 km) | 900 à 1 600 € |
| Observateur supplémentaire (linéaire découpé en plusieurs tronçons) | 200 à 350 € par jour |
| Constitution du dossier d'autorisation SORA/PDRA (au-delà du cadre STS-02) | 1 500 à 6 000 €, plusieurs semaines de délai |
| Reprise en vols courts VLOS classiques (alternative sur linéaire court) | 500 à 900 € |
Pour un linéaire à couvrir hors vue, qu'il s'agisse d'un gestionnaire de réseau, d'une collectivité ou d'un exploitant industriel, demandez un devis en précisant la longueur exacte du tracé et la densité de population traversée : ce sont ces deux données qui déterminent si le STS-02 suffit ou s'il faut engager une autorisation SORA.
Questions fréquentes
EVLOS est-il un terme officiel de la réglementation française ou européenne ?
Non. Le règlement (UE) 2019/947 ne définit que la vue directe (VLOS) et le hors vue (BVLOS). « EVLOS » est un terme de métier qui désigne, dans ce hors-vue, la variante pilotée par une chaîne d'observateurs humains — c'est ce que le scénario standard STS-02 encadre concrètement.
L'ancien scénario national S2 permet-il encore de voler hors vue en 2026 ?
Non. Les scénarios nationaux S1, S2 et S3 ont cessé d'être valides le 31 décembre 2025 à minuit ; toute déclaration encore fondée sur eux est passée au statut « non renouvelé » sur AlphaTango depuis le 1er janvier 2026.
Combien d'observateurs faut-il pour couvrir un linéaire de 6 kilomètres ?
Le STS-02 plafonne la distance totale à 2 kilomètres du télépilote via une chaîne d'observateurs espacés d'au plus 1 kilomètre : au-delà, un linéaire de 6 km se découpe en plusieurs tronçons distincts, chacun redéclaré et volé séparément, ou nécessite une autorisation SORA couvrant l'ensemble du tracé.
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