GUIDE C-DRONE · 10 SEPTEMBRE 2026
Pomme de terre et drone : détecter le mildiou, cartographier le défanage, prix
En 2024, la France a récolté 7,6 millions de tonnes de pommes de terre de consommation, en hausse de 8 % sur un an — une filière en expansion continue, avec une sole nationale qui a franchi les 197 000 hectares en 2025. Les Hauts-de-France en concentrent à elles seules six hectares sur dix, entre grandes plaines du Vermandois, de l'Amiénois et du Santerre. Sur cette culture au feuillage dense et à la récolte mécanisée, deux usages du drone se distinguent : repérer les premiers foyers de mildiou, la maladie la plus redoutée de la filière, et cartographier l'hétérogénéité de la parcelle avant le défanage qui précède l'arrachage. Voici ce que documente la recherche, et ce qu'un vol n'apporte pas.
Publié le 10 septembre 2026, relu le 10 septembre 2026 — réglementation en vigueur en septembre 2026.
Une filière en expansion, portée par les Hauts-de-France
La pomme de terre occupe une place particulière parmi les grandes cultures françaises : contrairement au blé ou au colza, elle se plante en billons — de larges buttes de terre espacées d'environ 75 centimètres — et se récolte mécaniquement à l'arracheuse, la totalité du tubercule restant sous terre jusqu'au jour J. La filière traverse une phase d'expansion nette : 7,6 millions de tonnes de pommes de terre de consommation récoltées en 2024, en hausse de 8 % par rapport à 2023, pour un rendement brut national de 43,1 tonnes par hectare. La dynamique se poursuit en 2025, avec une sole qui franchit les 197 000 hectares au niveau national — soit environ 25 % de plus qu'en 2023 —, portée par la demande de l'industrie de transformation (frites, chips, flocons) et par l'export.
Les Hauts-de-France concentrent l'essentiel de cette expansion : la région occupe le premier rang national avec environ six hectares sur dix de la sole française, entre le Vermandois (Aisne), l'Amiénois et le Santerre (Somme) et le Cambrésis (Nord). Ce bassin s'organise largement autour de contrats avec les industriels de la transformation et les coopératives, avec des exigences de calibre et de qualité de peau qui rendent le pilotage fin de la parcelle — irrigation, protection phytosanitaire, date de défanage — directement lié à la valorisation du lot.
Le mildiou, menace n°1 : ce que documente la recherche par drone
Le mildiou (Phytophthora infestans) reste la maladie la plus redoutée de la pomme de terre : cet oomycète, responsable historique de la grande famine irlandaise du 19e siècle, peut détruire un feuillage entier en quelques jours dans des conditions humides et douces, avec un impact direct sur le rendement et sur la conservation des tubercules contaminés. Pour limiter le nombre de passages tout en sécurisant la production, la profession s'appuie largement sur des outils d'aide à la décision comme Mileos, développé par Arvalis : ce modèle calcule un risque de contamination à partir de la météo locale, de la variété et du stade de la culture, et ne déclenche une alerte de traitement qu'en cas de besoin réel — avec, selon les campagnes, une réduction moyenne de trois traitements fongicides par an par rapport à un calendrier systématique.
La détection aérienne du mildiou par drone est un axe de recherche actif. Une étude de Duarte-Carvajalino, Alzate, Ramirez, Santa-Sepulveda, Fajardo-Rojas et Soto-Suárez, publiée en 2018 dans Remote Sensing, a entraîné plusieurs modèles d'apprentissage automatique (perceptron multicouche, réseau de neurones convolutif, forêts aléatoires) sur des données multispectrales captées par drone au-dessus de parcelles de pomme de terre colombiennes, pour prédire quantitativement la sévérité de l'infection : l'erreur moyenne obtenue est de 11,72 %, jugée acceptable par les auteurs pour orienter un traitement ciblé (voir l'étude sur Google Scholar). Menée en conditions colombiennes, cette étude ne porte pas sur les variétés ni le climat des Hauts-de-France : le principe — un écart spectral mesurable avant que l'infection ne soit visible à l'œil depuis l'allée — reste néanmoins transposable, à valider localement.
Une seconde étude, conduite par Franceschini, Bartholomeus, Van Apeldoorn, Suomalainen et Kooistra à l'université de Wageningen, publiée en 2019 dans Remote Sensing, a suivi des parcelles néerlandaises à quatre reprises entre 37 et 78 jours après la plantation, avant et après l'apparition du mildiou sur le terrain, pour établir la faisabilité d'une détection précoce par imagerie optique embarquée sur drone (voir l'étude sur Google Scholar). Les auteurs concluent qu'un signal optique exploitable existe avant que la maladie ne soit repérable au sol — un résultat qui rejoint la logique des outils d'aide à la décision existants : gagner quelques jours sur le repérage d'un foyer, pas remplacer la surveillance au sol.
Cartographier l'hétérogénéité avant le défanage
Le défanage est l'opération qui détruit rapidement les fanes (tiges et feuillage) deux à trois semaines avant l'arrachage : broyage mécanique, écimage ou dessiccation chimique selon les exploitations. Il vise deux objectifs techniques précis — stopper la croissance du tubercule pour figer le calibre visé par le cahier des charges de l'acheteur, et laisser le temps à la peau de mûrir et d'adhérer à la chair, condition indispensable pour limiter les blessures et les « pelages » lors de l'arrachage mécanisé et pour une bonne conservation en stockage. Un défanage trop précoce pénalise le rendement ; un défanage trop tardif expose à un retard de récolte et à un risque météo accru.
Sur une grande parcelle de plaine, la maturité et la vigueur ne sont pas uniformes : différences de sol, de reliquat azoté, de stress hydrique ponctuel ou de pression maladie créent des zones qui arrivent à sénescence à des rythmes différents. Un vol multispectral avant la période de défanage donne une carte de l'hétérogénéité de la parcelle — utile pour arbitrer un passage en plusieurs temps sur les zones les plus disparates, ou pour confirmer qu'un seul passage suffit sur une parcelle homogène. Notre guide comparant la caméra multispectrale et la caméra RGB en agriculture détaille le choix du capteur selon l'indicateur recherché — vigueur du feuillage en multispectral, repérage de zones versées ou de foyers visibles en RGB haute résolution.
Un point de méthode à ne pas perdre de vue : contrairement au mildiou de la vigne (Plasmopara viticola), traité dans notre guide sur le mildiou et l'oïdium de la vigne, le mildiou de la pomme de terre est causé par une espèce distincte, Phytophthora infestans, avec sa propre dynamique de propagation et ses propres seuils de risque — les deux cultures partagent le nom français de la maladie, pas le pathogène ni le protocole de surveillance.
Où voler en Hauts-de-France, et prix constatés en 2026
Le bassin picard et le Vermandois offrent un relief plat, sans obstacle marqué : l'essentiel des vols isolés au-dessus d'une parcelle privée relève de la catégorie ouverte, sans démarche préalable. Le point à vérifier avant tout vol reste la présence d'un aérodrome à proximité — autour d'Amiens, l'aérodrome d'Amiens-Glisy impose une coordination simple mais réelle ; autour de Saint-Quentin, l'aérodrome de Saint-Quentin-Roupy (LFOW) joue le même rôle pour les parcelles du Vermandois. Une vérification systématique sur la carte Géoportail des zones drone reste le premier réflexe avant toute campagne ; notre guide régional sur les missions drone en Hauts-de-France détaille l'ensemble du dispositif aérien. Les missions de l'Amiénois se traitent depuis Amiens, celles du Vermandois depuis Saint-Quentin.
Ordres de grandeur observés en France en 2026, hors taxes :
| Prestation | Tarif constaté (HT) |
| Vol multispectral de repérage mildiou (jusqu'à 10 hectares) | 280 à 500 € |
| Passage complémentaire par tranche de 10 hectares supplémentaires | 80 à 140 € |
| Cartographie d'hétérogénéité avant défanage (jusqu'à 15 hectares) | 320 à 550 € |
| Suivi saisonnier combiné (2 à 3 passages, mildiou + défanage) | 650 à 1 050 € |
Ces montants couvrent le vol et la livraison d'une carte exploitable sous 24 à 48 heures ; ils ne comprennent ni le traitement phytosanitaire ni la décision de date de défanage, qui restent du ressort de l'exploitant, de sa coopérative ou de son conseiller Arvalis. Pour un groupement de producteurs travaillant sous contrat avec un même industriel, une campagne mutualisée sur plusieurs parcelles voisines réduit sensiblement le coût par hectare. Demandez un devis en précisant la surface, le nombre de parcelles et la période visée : en cours de campagne pour le repérage du mildiou, deux à trois semaines avant l'arrachage pour la cartographie de défanage.