GUIDE C-DRONE · 1 SEPTEMBRE 2026
Détecter le mildiou et l'oïdium de la vigne par drone multispectral : ce que l'image montre vraiment
La vigne occupe environ 3 % de la surface agricole française et concentre près de 20 % de la consommation nationale de produits phytopharmaceutiques ; son indice de fréquence de traitement tourne autour de 13, contre 3,8 en grandes cultures (rapport du Sénat n° 42, 2012-2013). L'essentiel de cet écart tient à deux bioagresseurs : le mildiou et l'oïdium. D'où l'intérêt pour une exploitation ou un groupement de savoir où la pression monte, et pas seulement quand. Le drone multispectral est vendu depuis quelques années comme la réponse à cette question. Il apporte réellement quelque chose — mais pas ce que les plaquettes commerciales laissent entendre. Un capteur multispectral ne détecte pas un pathogène : il mesure une réflectance, donc une baisse d'activité photosynthétique et une modification du couvert. C'est un instrument de priorisation, pas de diagnostic. Voici, précisément, ce qu'il montre, ce qu'il confond, quand le faire voler, ce qu'il change dans un plan de protection raisonné, et ce qu'il coûte en 2026.
Publié le 1 septembre 2026, relu le 1 septembre 2026 — réglementation en vigueur en septembre 2026.
Ce que le multispectral détecte réellement : une plante qui décroche, pas un champignon
Une caméra multispectrale embarquée sur drone mesure la lumière réfléchie par le couvert dans quelques bandes spectrales étroites — typiquement le vert, le rouge, le red-edge (la zone de transition entre le rouge et l'infrarouge, autour de 720 nm) et le proche infrarouge. À partir de ces bandes, on compose des indices de végétation : NDVI, NDRE, GNDVI et quelques autres. Ces indices sont des rapports arithmétiques, rien de plus. Ils décrivent l'état d'un feuillage : teneur en chlorophylle, structure interne des tissus, densité du couvert, quantité de biomasse verte par pixel.
La conséquence est directe et trop rarement dite : le capteur ne voit ni Plasmopara viticola ni Erysiphe necator. Il voit une feuille qui photosynthétise moins, une surface foliaire qui régresse, un rameau dont la croissance s'arrête. La maladie n'apparaît dans l'image que par l'effet physiologique qu'elle produit sur la plante, et seulement à partir du moment où cet effet dépasse le bruit de fond agronomique de la parcelle. Entre l'infection et la lisibilité aérienne du symptôme, il s'écoule un délai que rien ne raccourcit.
Ce que ce délai recouvre a été mesuré finement. Une étude de F. Portela, J. J. Sousa, C. Araújo-Paredes, E. Peres, R. Morais et L. Pádua, publiée en 2025 dans Agronomy, a suivi une parcelle de la région portugaise du Vinho Verde où 84 ceps ont été instrumentés, la moitié recevant la protection fongicide habituelle et l'autre moitié étant délibérément laissée sans traitement pendant toute la saison ; sept vols multispectraux ont été réalisés à des stades phénologiques successifs (voir l'étude sur Google Scholar). Les auteurs décrivent une signature progressive et cohérente sur les ceps infectés : réflectance accrue dans le visible et dans le red-edge, accompagnée d'un déclin progressif du proche infrarouge, l'infection restreignant par ailleurs la croissance végétative mesurable en paramètres morphométriques. Autrement dit : le signal existe, il est reproductible, et il se construit dans le temps plutôt qu'il n'apparaît d'un coup.
Cette nuance — anomalie détectée versus maladie diagnostiquée — est la ligne de partage entre une prestation honnête et une promesse commerciale. Elle vaut d'ailleurs pour tous les suivis d'imagerie végétale ; nous la posons de la même façon dans notre guide sur le diagnostic phytosanitaire des arbres par drone, où le drone documente sans jamais se substituer à l'expertise. Sur les différences de fond entre un capteur multispectral et un simple appareil RGB, notre guide comparatif caméra multispectrale ou RGB sur un drone agricole détaille ce que chacun mesure ; et pour ceux qui se demandent si l'hyperspectral changerait la donne, notre guide sur la caméra hyperspectrale en drone explique ce que ce niveau de finesse spectrale apporte — et à quel prix.
Deux maladies, deux biologies, deux niveaux de détectabilité aérienne
On les cite toujours ensemble, mais le mildiou et l'oïdium n'ont ni la même nature, ni le même comportement, ni la même visibilité depuis le ciel. Premier point, souvent ignoré : le mildiou n'est pas un champignon. Plasmopara viticola est un oomycète, un organisme longtemps rangé parmi les « champignons inférieurs » mais que les analyses moléculaires rattachent aujourd'hui aux Chromista, du côté des algues et des diatomées ; il est arrivé en France vers 1878, importé d'Amérique du Nord (fiche Ephytia-INRAE). L'oïdium, lui, est bien un champignon vrai, l'ascomycète Erysiphe necator. Cette différence n'est pas une coquetterie de taxonomiste : elle explique pourquoi les deux maladies ne répondent ni aux mêmes conditions climatiques, ni aux mêmes familles de substances actives.
Le mildiou a besoin d'eau libre. Ses contaminations primaires démarrent au printemps, quand les œufs d'hiver germent : la règle empirique dite « des trois dix » — rameaux de 10 cm, 10 mm de pluie, 10 °C de moyenne — reste un repère de terrain commode, aujourd'hui croisé avec des modèles de simulation. Les symptômes classiques (tache d'huile sur la face supérieure, feutrage blanc sur la face inférieure) se traduisent, à l'échelle de la parcelle, par des foyers qui apparaissent d'abord là où l'eau stagne et où l'air circule mal : bas de parcelle, creux de talweg, tournières mal drainées, bordures ombragées. C'est exactement la géométrie qu'une carte d'indice sait mettre en évidence : une anomalie spatialement organisée, pas un bruit diffus.
L'oïdium fonctionne autrement. Il n'a pas besoin de pluie : un temps doux et couvert, une hygrométrie moyenne et un feuillage dense lui suffisent, et il progresse volontiers dans les années sèches où le mildiou est calme. Ses dégâts les plus coûteux se jouent sur la grappe — baies grisées, éclatées, puis porte d'entrée pour la pourriture — c'est-à-dire sur un organe que le drone ne voit pratiquement pas depuis le zénith, masqué par le feuillage. Il faut le dire nettement : la détectabilité aérienne de l'oïdium est nettement inférieure à celle du mildiou, et un prestataire qui promet une cartographie de l'oïdium au même niveau de fiabilité que celle du mildiou surpromet. Ce que l'image capte, dans le cas de l'oïdium, c'est un affaiblissement du couvert dans les secteurs les plus atteints, plus tardif et plus diffus.
Un troisième acteur brouille souvent les cartes : le black-rot, qui remonte en pression dans plusieurs vignobles français et dont les symptômes foliaires se confondent aisément avec ceux du mildiou pour un œil non exercé — et, a fortiori, pour un indice de végétation. Là encore, la carte localise ; l'identification se fait au rang.
Ce que dit la recherche, et ce qu'elle n'établit pas
La littérature sur le sujet est réelle et de bon niveau. Le travail le plus cité en France est celui de M. Kerkech, A. Hafiane et R. Canals (laboratoire PRISME, Orléans-Bourges), publié en 2020 dans Computers and Electronics in Agriculture. Les auteurs y proposent une chaîne complète de détection du mildiou à partir d'images drone : recalage optimisé entre les images visibles et infrarouges — un problème plus difficile qu'il n'y paraît, les deux capteurs n'ayant ni la même optique ni le même instant de déclenchement — puis segmentation par réseau de neurones convolutif classant chaque pixel en quatre catégories : sol, ombre, végétation saine, végétation symptomatique. Les performances rapportées sont de plus de 92 % de détection au niveau du cep et de 87 % au niveau de la feuille (voir l'étude sur Google Scholar). L'écart entre ces deux chiffres est instructif : repérer quel cep est atteint est nettement plus fiable que délimiter quelle feuille l'est.
Du côté proximal — c'est-à-dire au contact de la végétation, et non depuis le ciel — L. Ghiani, S. Serra, A. Sassu, A. Deidda, A. Deidda et F. Gambella ont publié en 2025 dans Smart Agricultural Technology une détection automatique conjointe des symptômes de mildiou et d'oïdium, construite sur un jeu d'images de terrain annotées par des experts sur deux années de collecte, avec un modèle de type YOLO atteignant une précision moyenne (mAP) de 0,730 (voir l'étude sur Google Scholar). Les auteurs insistent sur un point rarement mis en avant : la performance dépend fortement de la diversité du jeu de données et de la façon dont on le partitionne entre apprentissage et validation — un modèle entraîné sur un seul millésime, un seul cépage et une seule parcelle affiche des scores flatteurs qui s'effondrent ailleurs.
Ce que ces travaux autorisent à dire, prudemment : un vol multispectral bien positionné, traité avec les bons indices et des modèles correctement entraînés, permet de hiérarchiser une parcelle et de repérer des foyers organisés avant qu'ils ne soient évidents à l'échelle du rang. Ce qu'ils n'établissent pas : qu'une carte suffise à nommer la maladie, que les performances de laboratoire se transposent telles quelles sur un parcellaire commercial hétérogène, ou qu'un modèle entraîné dans le Vinho Verde ou en Sardaigne fonctionne sans réétalonnage sur un coteau bourguignon. Le dispositif de Portela et coauteurs, en particulier, repose sur une moitié de ceps volontairement non traités — une situation expérimentale légitime, mais qui n'a rien à voir avec la pression résiduelle d'un vignoble protégé.
Les limites : tout ce qui ressemble à un foyer sans en être un
C'est la section que la plupart des plaquettes commerciales omettent, et c'est pourtant celle qui détermine si une campagne sera utile ou coûteuse. Une carte d'indice de végétation ne montre pas « du mildiou » : elle montre une zone où le couvert est moins vigoureux que la moyenne de la parcelle. Or les causes possibles d'un tel décrochage sont nombreuses, et plusieurs sont plus fréquentes que la maladie elle-même :
- Hétérogénéité de sol : profondeur, réserve utile, taux de cailloux, zones de remblai. C'est de loin la première source de contraste sur une carte de vigueur, et elle est permanente — d'où l'intérêt du vol de référence en début de saison.
- Stress hydrique : un secteur qui souffre de la sécheresse produit une baisse d'activité photosynthétique de même nature. Seule l'imagerie thermique le distingue proprement — sujet traité dans notre guide sur le stress hydrique de la vigne par drone thermique et multispectral.
- Carences : magnésium, potassium, fer — les chloroses associées produisent des signatures spectrales qui recouvrent partiellement celles des maladies foliaires.
- Maladies du bois (esca, eutypiose, BDA) : elles provoquent des dépérissements de ceps entiers, spatialement dispersés, que l'image confond volontiers avec des foyers cryptogamiques.
- Jaunisses à phytoplasme : la flavescence dorée et le bois noir donnent des symptômes foliaires marqués en fin d'été. Ce sont des sujets réglementaires à part entière, traités dans notre guide sur la détection de la flavescence dorée par drone.
- Dégâts de gibier : sangliers, chevreuils, lapins — ils créent des trous de vigueur nets, souvent en bordure de bois, qui miment parfaitement un foyer débutant.
- Pieds manquants et défauts de palissage : un rang mal complanté, une zone de jeunes plants, un fil cassé produisent un déficit de biomasse pur, sans aucune pathologie. Notre guide sur le comptage des pieds manquants par drone montre comment isoler cette composante.
- Accidents climatiques : grêle et gel de printemps laissent des empreintes durables sur la vigueur — voir nos guides sur le gel printanier cartographié par drone thermique et sur l'expertise de dégâts agricoles après grêle.
Deux parades pratiques limitent ces confusions. La première est le vol de référence en début de saison, qui fixe la carte de vigueur « normale » de la parcelle : tout ce qui s'en écarte ensuite devient un signal, alors qu'une carte isolée ne se distingue pas d'une carte de sol. La seconde est le calage terrain : une vingtaine de placettes géolocalisées, notées à l'œil par le technicien le jour du vol ou le lendemain, permet de vérifier ce que raconte l'image et d'ajuster les seuils. Sans ces deux précautions, une campagne multispectrale produit de jolies cartes qui ne décident de rien. Sur le principe général de la cartographie de vigueur, notre guide drone en viticulture : cartographier la vigueur de ses vignes pose les bases.
Le calendrier des vols : stades phénologiques, pluviométrie, fenêtres météo
Le bon calendrier n'est pas un calendrier fixe. Il combine trois horloges : la phénologie de la vigne, la pluviométrie de la campagne, et les contraintes météo propres au vol.
La phénologie d'abord. Le vol de référence se place lorsque le feuillage est établi et avant toute pression significative, autour du stade 8 à 12 feuilles étalées. Vient ensuite la période critique, de la fin de la floraison à la fermeture de la grappe : c'est le moment où les baies sont les plus réceptives et où un foyer non maîtrisé se paie en récolte. Un ou deux passages y ont le meilleur rapport information/coût. Après la véraison, la sensibilité chute et l'intérêt d'un vol sanitaire s'estompe — la caméra multispectrale bascule alors vers un autre usage, celui de la cartographie de la maturité du raisin pour la vendange sélective.
La pluviométrie ensuite. Les passages intermédiaires se déclenchent sur événement : après un épisode pluvieux ayant rempli les conditions de contamination, il faut laisser courir la durée d'incubation — variable avec la température, de quelques jours à une dizaine — avant que le symptôme ne devienne assez marqué pour peser sur un indice de végétation. Voler le lendemain de l'orage ne sert à rien ; voler trois semaines après, c'est arriver quand le foyer est visible du chemin. Le pilotage se fait donc à deux voix, avec le conseiller ou le technicien qui suit les modèles de risque.
Les contraintes de vol enfin, qui ne sont pas des détails. Une campagne multispectrale exploitable exige des conditions d'éclairement stables : créneau autour du midi solaire pour limiter les ombres portées entre rangs — un point critique en vigne palissée, où l'ombre du rang voisin occupe une part importante du pixel —, ciel homogène (grand beau ou couverture uniforme, jamais un défilé de cumulus), vent modéré, et lecture du panneau de calibration radiométrique avant et après le vol pour rendre les passages comparables entre eux. Sans cette rigueur, deux cartes prises à quinze jours d'intervalle ne se comparent pas, et tout le raisonnement multi-temporel s'effondre. Sur les grandes surfaces — un groupement de plusieurs centaines d'hectares, une cave coopérative —, le choix de la plateforme devient structurant : notre guide voilure fixe ou multirotor pour une grande surface détaille le seuil à partir duquel le multirotor n'est plus tenable.
Ce que ça change dans un plan de protection : tours de plaine, modulation, traçabilité
L'apport principal du drone n'est pas de déclencher un traitement — la protection contre le mildiou et l'oïdium reste préventive, et une carte qui révèle un foyer révèle une protection déjà prise en défaut. L'apport est ailleurs, et il est très concret pour une structure qui gère de la surface.
Prioriser les tours de plaine. Sur un domaine de 80 hectares répartis sur douze îlots, un technicien ne peut pas tout parcourir chaque semaine à la même intensité. Une carte d'anomalies datée transforme un tour de plaine uniforme en tournée hiérarchisée : on va d'abord voir les cinq secteurs qui ont décroché, avec un point GPS dans la poche. Le gain se compte en heures de main-d'œuvre qualifiée et surtout en précocité du constat, dans un métier où quarante-huit heures changent l'issue d'une saison. C'est le même raisonnement que nous appliquons pour toute prospection sur grande surface, y compris réglementaire.
Moduler la dose sur la végétation réelle. Les approches de type dose adaptée au volume de végétation raisonnent sur la surface foliaire à protéger, et non sur l'hectare cadastral. Une carte de vigueur fournit précisément la variable d'entrée qui manque à ce raisonnement à l'échelle intra-parcellaire : une jeune plantation, un secteur maigre et un rang vigoureux n'appellent pas la même quantité de bouillie. Le passage à l'acte suppose un pulvérisateur capable de moduler, ce que tous les domaines n'ont pas ; mais même sans modulation automatique, découper une parcelle en deux ou trois zones de dose est à la portée de n'importe quel chantier.
Arbitrer le cuivre. Pour les exploitations en bio ou en conversion, la contrainte est chiffrée : le règlement d'exécution (UE) 2018/1981 du 13 décembre 2018, qui a renouvelé l'approbation des composés du cuivre pour sept ans, plafonne les usages à 4 kg/ha/an en moyenne, soit 28 kg/ha sur sept ans, avec la possibilité de lisser d'une année sur l'autre. Ce lissage est une décision de gestion pluriannuelle : savoir quels îlots consomment réellement le budget cuivre, et lesquels s'en sortent avec moins, a une valeur directe. Une carte annuelle archivée y contribue plus qu'un souvenir.
Documenter. Les cartes datées, géoréférencées et archivées constituent un historique parcellaire opposable : utile pour un audit de certification environnementale, pour un dossier d'assurance après un millésime difficile, pour la due diligence d'une acquisition de domaine, et simplement pour comparer deux stratégies d'une année sur l'autre. Sur les parcelles de coteau où le passage d'un engin est impossible, le drone peut également intervenir en application : c'est un cadre réglementaire distinct, détaillé dans notre guide sur la pulvérisation par drone en vigne de forte pente, et dans celui sur la dérogation d'urgence après une inondation. Sur les bioagresseurs animaux, la logique de biocontrôle par drone existe aussi — voir notre guide sur la confusion sexuelle par diffuseurs de phéromones.
Ce que le drone ne remplace pas : le BSV, le tour de plaine, le laboratoire
Trois dispositifs restent premiers, et une prestation drone ne se vend honnêtement qu'en complément d'eux.
Le Bulletin de santé du végétal (BSV). Produit dans le cadre de la surveillance biologique du territoire, il repose sur un réseau d'observateurs — chambres d'agriculture, coopératives, négoces, exploitations volontaires — appliquant des protocoles d'observation harmonisés, dont les remontées hebdomadaires alimentent une analyse de risque régionale croisant stades phénologiques, seuils de nuisibilité et conditions météorologiques. Les BSV sont diffusés gratuitement par les DRAAF et les chambres régionales d'agriculture, dans le cadre du plan Ecophyto. Un BSV régional dit quelle est la pression du secteur ; une carte drone dit où elle s'exprime chez vous. Les deux ne se substituent pas : le BSV informe le calendrier, la carte informe la géographie.
Le tour de plaine. Retourner la feuille pour chercher le feutrage blanc du mildiou sur la face inférieure, ouvrir la grappe, reconnaître une tache d'huile encore fraîche : aucun capteur aéroporté ne fait cela, parce que ces observations se font sous la feuille, à l'intérieur du couvert, et sur des lésions de quelques millimètres. C'est précisément pourquoi l'étude de Ghiani et coauteurs, citée plus haut, travaille sur des images proximales : à l'échelle du symptôme, il faut être au contact.
Le laboratoire. En cas de doute sur l'identité d'un agent — mildiou, black-rot, jaunisse, maladie du bois —, seule une analyse en clinique du végétal tranche. C'est particulièrement vrai des organismes réglementés, où la confirmation conditionne des obligations légales. Un rapport de vol ne vaut jamais un résultat d'analyse, et aucun prestataire drone sérieux ne présentera sa carte comme un diagnostic.
Formulé autrement : le drone déplace la contrainte, il ne la supprime pas. Il transforme une question impossible (« où regarder sur 200 hectares ? ») en une question traitable (« allons vérifier ces sept secteurs »). C'est un gain réel, mesurable en temps de technicien et en précocité de décision — et c'est déjà beaucoup dans un métier où la fenêtre d'action se compte en jours.
Méthode et prix 2026 (HT)
Une campagne se déroule en quatre temps. Cadrage : relevé des îlots, des cépages, des dates de plantation et des contraintes d'espace aérien (proximité d'aérodrome, zones réglementées), calage du calendrier avec le conseiller technique. Vol de référence : acquisition multispectrale au stade 8-12 feuilles, avec panneau de calibration radiométrique et plan de vol enregistré pour être rejoué à l'identique. Passages de suivi : déclenchés sur événement pluviométrique et sur stade phénologique, mêmes réglages, même heure solaire. Livrables : orthophoto, cartes d'indices (NDVI, NDRE, GNDVI), carte d'écart au vol de référence, couche de zones d'anomalie exportable en shapefile ou GeoJSON pour la console du tracteur ou le SIG de l'exploitation, et une note de lecture qui hiérarchise les secteurs à vérifier au sol — sans jamais nommer une maladie que l'image ne peut pas nommer.
Ordres de grandeur constatés en France en 2026 (HT) :
- Passage multispectral sur un parcellaire de 10 à 30 ha (vol, traitement, cartes d'indices, note de lecture) : 500 à 900 €.
- Tarif à l'hectare au-delà : 15 à 30 €/ha, dégressif à partir de 50 ha groupés ; 8 à 15 €/ha au-delà de 150 ha en acquisition voilure fixe, pour un groupement ou une cave coopérative.
- Forfait minimum d'intervention (déplacement, mise en œuvre, traitement) : 400 à 600 € — d'où l'intérêt, pour les petits domaines, de grouper les vols entre voisins ou via la coopérative.
- Abonnement saison (vol de référence + 3 à 4 passages de suivi, de la sortie des feuilles à la véraison, sur 10 à 30 ha) : 1 800 à 3 500 €, soit une remise de 15 à 25 % par rapport aux passages isolés.
- Calage terrain (20 à 30 placettes géolocalisées, notation à l'œil, ajustement des seuils) : + 200 à 400 € par campagne, en option ou réalisé en propre par le technicien du domaine.
- Couplage thermique (distinguer stress hydrique et pression sanitaire sur le même passage) : + 30 à 50 % du prix du vol, l'acquisition étant mutualisée.
Le calcul de rentabilité ne se fait pas sur le prix du vol mais sur ce qu'il permet d'éviter. Sur un vignoble où l'IFT tourne autour de 13, une demi-dose économisée sur les îlots les moins exposés, une intervention avancée de quarante-huit heures sur un foyer débutant, ou une heure de technicien mieux employée chaque semaine pèsent davantage que le budget d'imagerie. À l'inverse, sur un parcellaire homogène de quelques hectares que le vigneron parcourt lui-même deux fois par semaine, l'apport est marginal et nous le disons : la valeur du drone croît avec la surface et avec la distance entre les îlots. Nous intervenons dans l'ensemble des vignobles français — de Bordeaux au Languedoc autour de Béziers, en passant par la Champagne et la Bourgogne ; les particularités régionales des missions agricoles sont détaillées dans notre guide sur les prestations par drone en Nouvelle-Aquitaine. Pour chiffrer une campagne sur votre parcellaire, demandez un devis en précisant la surface, le nombre d'îlots, les cépages et le nombre de passages envisagés.
Questions fréquentes
Le drone permet-il de savoir si c'est du mildiou ou de l'oïdium ?
Non, pas à lui seul. Une caméra multispectrale mesure la lumière réfléchie dans quelques bandes larges (vert, rouge, red-edge, proche infrarouge) : elle traduit un état physiologique — une feuille qui photosynthétise moins, un couvert qui se dégrade — et non l'identité d'un agent pathogène. Deux maladies différentes peuvent produire des signatures proches, et une carence ou un stress hydrique peuvent produire une signature comparable. Ce que la carte fournit, c'est une hiérarchie spatiale : les secteurs de la parcelle où quelque chose ne va pas, classés par intensité. L'identification, elle, se fait au rang, à l'œil, et en cas de doute au laboratoire. En pratique, le contexte agronomique aide beaucoup : après un épisode pluvieux marqué, une anomalie apparue en tache dans un bas de parcelle oriente fortement vers le mildiou ; la même anomalie en année sèche et chaude, sur des rangs abrités, oriente plutôt vers l'oïdium. Mais c'est une inférence de terrain, pas une lecture directe de l'image.
À quel moment de la saison faut-il programmer les vols ?
Le premier vol est un vol de référence : il se place quand le feuillage est établi mais avant toute pression significative, typiquement au stade 8 à 12 feuilles étalées. Sans cette image de départ, une carte d'indice de vigueur ne se lit pas — impossible de distinguer un secteur naturellement moins vigoureux (sol maigre, jeune plantation, porte-greffe différent) d'un secteur qui vient de décrocher. Les passages suivants se déclenchent sur événement plutôt que sur calendrier fixe : après un épisode pluvieux qui a rempli les conditions de contamination, autour de la floraison et de la nouaison — la période où la grappe est la plus sensible —, puis à la fermeture de la grappe. Au-delà de la véraison, la sensibilité des baies décroît fortement et l'intérêt d'un vol sanitaire s'efface au profit du suivi de maturité. Trois à cinq passages sur une saison couvrent l'essentiel ; au-delà, le coût progresse plus vite que l'information.
Une campagne drone permet-elle vraiment de réduire l'IFT ?
Elle peut y contribuer, mais il faut être honnête sur le mécanisme. La protection contre le mildiou et l'oïdium reste très majoritairement préventive : on traite avant l'infection, sur la foi d'un risque annoncé, pas après avoir vu les symptômes. Une carte qui révèle un foyer révèle donc, par construction, une protection déjà prise en défaut. Le gain n'est pas dans le déclenchement du traitement, il est ailleurs : mieux répartir l'effort d'observation sur un grand parcellaire, adapter la dose au volume de végétation réel plutôt qu'à l'hectare cadastral, isoler les îlots à risque au lieu de raisonner sur l'exploitation entière, et documenter l'historique parcellaire pour ajuster la stratégie de la campagne suivante. Aucun prestataire sérieux ne promet un pourcentage de réduction d'IFT garanti par le seul fait de faire voler un drone : ce chiffre dépend du millésime, du cépage, de l'équipement de pulvérisation et des décisions du vigneron, bien davantage que du capteur.
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