C‑DRONE
Drone agricole en vol au-dessus d'un champ

GUIDE C-DRONE · 31 AOÛT 2026

Pulvériser par drone après une inondation : la dérogation d'urgence pour vignes et vergers

Le 24 mars 2026, un arrêté préfectoral a fait ce que la loi française interdit en principe depuis 2009 : autoriser, du ciel, l'application de produits phytopharmaceutiques sur des vignes et des vergers fruitiers. Pas au titre de l'expérimentation sur les fortes pentes qui occupe l'essentiel des débats sur la pulvérisation par drone — un tout autre mécanisme, activé en urgence dans l'Aude, le Gard, l'Hérault et les Pyrénées-Orientales après des pluies exceptionnelles qui rendaient tout passage d'engin impossible sans enliser le sol, pendant que le mildiou progressait sans attendre. Un deuxième arrêté, le 9 mai 2026, a reconduit le dispositif sur un périmètre resserré. Voici comment fonctionne cette dérogation d'urgence méconnue, en quoi elle diffère du régime pente que nous détaillons par ailleurs, ses conditions techniques précises, et ce qu'elle coûte.

Publié le 31 août 2026, relu le 1 septembre 2026 — réglementation en vigueur en septembre 2026.

Deux régimes, un seul principe : la pulvérisation aérienne reste interdite

L'article L. 253-8 du code rural et de la pêche maritime pose la règle : la pulvérisation aérienne de produits phytopharmaceutiques est interdite en France, drone compris, en application de la directive européenne de 2009 sur l'utilisation durable des pesticides. Notre guide sur la pulvérisation et l'épandage par drone agricole détaille l'ouverture pérenne posée par la loi n° 2025-365 du 23 avril 2025 : sur les parcelles en forte pente, les bananeraies et certaines vignes mères, un drone peut traiter avec des produits de biocontrôle, bio ou à faible risque, dans un cadre déclaré à l'avance. Ce régime — celui que la plupart des viticulteurs de coteaux ont en tête — n'est pas le seul.

Le même arrêté du 15 septembre 2014 qui encadre les conditions d'épandage par voie aérienne prévoit, à son article 19, une seconde porte : une dérogation d'urgence, ouverte « en cas d'urgence dûment justifiée, à caractère imprévisible ou exceptionnel, notamment climatique », ou lorsqu'un organisme nuisible ne peut être maîtrisé par aucun autre moyen que l'épandage aérien. Le donneur d'ordre — souvent une chambre d'agriculture ou un syndicat agricole, parfois un exploitant seul — dépose une demande auprès du préfet du département, accompagnée d'une déclaration préalable de traitement. Si elle est accordée, l'arrêté est affiché dans les mairies des communes concernées et publié au recueil des actes administratifs ; un registre des demandes et des dérogations reste consultable en préfecture pendant deux ans.

Ce mécanisme n'a rien de nouveau : dès juin 2022, un arrêté avait déjà autorisé à titre temporaire la pulvérisation par voie aérienne sur certaines vignes de Côte-d'Or. Ce qui change en 2026, c'est l'ampleur et la médiatisation de son usage : quatre départements, deux arrêtés successifs, une véritable actualité agricole plutôt qu'un cas isolé.

Mars-mai 2026 en Occitanie : anatomie d'une dérogation

Fin mars 2026, l'Aude, le Gard, l'Hérault et les Pyrénées-Orientales sortent de plusieurs semaines de pluies exceptionnelles. Les parcelles de vigne et de vergers fruitiers sont détrempées : tout passage de tracteur ou d'atomiseur porté y risque l'enlisement et, pire, un tassement durable des sols qui pénalise la vigne pour des années. Le problème est que le mildiou et les autres maladies cryptogamiques n'attendent pas que les sols ressuient : l'humidité stagnante est justement leur meilleur allié. Le préfet accorde la dérogation par un arrêté du 24 mars 2026, publié au Journal officiel le 26 mars et entré en vigueur le lendemain : application par aéronef sans personne à bord autorisée jusqu'au 30 avril 2026, sur les seules parcelles de vigne et de verger fruitier rendues inaccessibles ou impraticables par voie terrestre du fait des inondations.

L'arrêté encadre strictement le geste. Un seul produit est autorisé, listé en annexe : la bouillie bordelaise RSR DISPERSS (AMM n° 9500452), fongicide classique à base de cuivre. Les conditions de vol sont chiffrées : hauteur de vol limitée à 3 mètres au-dessus de la végétation, vitesse inférieure ou égale à 18 km/h, masse au décollage inférieure ou égale à 200 kg, appareil équipé d'accessoires anti-dérive relevant des meilleures techniques disponibles. Une distance de sécurité de 50 mètres doit être respectée vis-à-vis des habitations, des lieux ouverts au public, des jardins et des points d'eau. Chaque exploitant doit transmettre une déclaration préalable au moins 48 heures avant le chantier — et ne peut y recourir que s'il démontre qu'aucun moyen terrestre n'est mobilisable, condition de subsidiarité qui figure dans tous les textes de ce type.

Le dispositif n'est pas figé : un second arrêté du 9 mai 2026 a reconduit une dérogation, mais sur un périmètre resserré — les seules vignes des Bouches-du-Rhône, du Gard et de l'Hérault, vergers exclus cette fois. Chaque arrêté est une décision ponctuelle, réévaluée département par département et campagne par campagne : il n'existe à ce jour aucun décret général qui sécuriserait par avance la pulvérisation par drone en cas d'inondation. Un exploitant concerné doit donc suivre les bulletins de sa DRAAF ou de sa chambre d'agriculture plutôt que de supposer qu'un précédent vaut autorisation permanente.

Pourquoi le drone plutôt que l'avion — ce que montre la recherche

La pulvérisation aérienne par avion ou hélicoptère avec pilote, qui a longtemps traité les vignobles en coteaux, a quasiment disparu du paysage réglementaire français : dérive incontrôlable sur de larges bandes, nuisance sonore, coût de mobilisation d'un aéronef habité pour quelques hectares. Le drone change l'équation parce qu'il vole bas, lent et près de la cible — exactement les paramètres que l'arrêté du 24 mars 2026 fige en dur (3 m, 18 km/h). Une étude d'A. Biglia et ses coauteurs, publiée en 2022 dans Science of the Total Environment, a comparé en vignoble différents modes de vol et réglages de pulvérisateur embarqué sur drone : le passage en bande localisée sur le rang plutôt qu'en diffusion large a multiplié par quatre le dépôt sur le feuillage tout en réduisant de 54 % les pertes au sol, par rapport à une pulvérisation en nappe homogène (voir l'étude sur Google Scholar). C'est exactement le geste qu'exige un chantier d'urgence : traiter le rang de vigne touché sans gaspiller de produit sur l'inter-rang inondé.

Une seconde étude, menée par V. Psiroukis et ses coauteurs et publiée en 2025-2026, a comparé directement la dérive d'un drone de pulvérisation et celle d'un pulvérisateur pneumatique classique en conditions réelles de vignoble : sous des réglages optimisés, le drone a réduit la dérive de 65 à 70 % au point de mesure le plus proche, avec un écart qui se creuse encore au-delà de dix mètres (voir l'étude sur Google Scholar). Sur des parcelles bordées d'habitations ou de points d'eau — précisément ce que vise la distance de sécurité de 50 m de l'arrêté — cet écart conditionne directement la faisabilité du chantier.

Reste que le drone d'épandage n'a rien d'un jouet : à 200 kg au décollage, il relève de la catégorie spécifique et suppose une autorisation d'exploitation DSAC préalable, indépendante de la dérogation phytosanitaire — l'une porte sur le produit et son usage agricole, l'autre sur le vol lui-même. Notre guide BVLOS, STS et SORA détaille ce second volet, indispensable même pour un chantier d'urgence de quelques jours.

Si votre parcelle est concernée : démarche et prix

Une dérogation d'urgence ne se déclenche pas à la demande d'un seul exploitant isolé : dans les cas de mars et mai 2026, ce sont les chambres d'agriculture de l'Aude, du Gard, de l'Hérault et des Pyrénées-Orientales qui ont porté la demande collective auprès des préfectures, sur la base d'un diagnostic partagé de la situation sanitaire et de l'impraticabilité des sols. Un viticulteur ou un arboriculteur confronté à une situation similaire a donc intérêt à alerter sa chambre d'agriculture ou son syndicat dès les premiers signes — sols détrempés, pression mildiou en hausse — plutôt que d'attendre un arrêté qui n'arrivera que si la démarche collective est engagée. Les bulletins de la DRAAF de la région concernée et les pages « actualités réglementaires phytosanitaires » du ministère de l'agriculture publient ces arrêtés au fil de l'eau.

Une fois la dérogation publiée, l'exécution revient presque toujours à un prestataire spécialisé déjà détenteur de l'autorisation DSAC pour drone d'épandage : peu d'exploitations possèdent en propre une machine de cette catégorie, et le délai de mise en œuvre (souvent quelques semaines) ne laisse pas le temps de s'équiper. Les tarifs observés sur des chantiers d'urgence de ce type se situent entre 200 et 400 €/ha hors taxes, une fourchette plus élevée que celle de l'épandage expérimental sur fortes pentes hors urgence (150 à 300 €/ha) — la mobilisation rapide sur un périmètre restreint et daté pèse davantage que la surface traitée. Pour un chantier d'urgence, la réactivité du prestataire compte souvent plus que le tarif au hectare : la fenêtre entre l'arrêté et la date limite se compte en semaines, pas en mois. Notre page drone agricole présente l'ensemble de nos prestations ; pour une demande liée à une dérogation d'urgence, demandez un devis en précisant la référence de l'arrêté préfectoral, la culture et la surface concernées.

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