C‑DRONE
Coteaux de vignes vus du ciel sous un ciel changeant

GUIDE C-DRONE · 1 SEPTEMBRE 2026

Incident ou accident de drone en mission : le signalement d'événement, ce que l'exploitant doit à la DSAC et au BEA

Le drone est tombé. Personne n'est blessé, le client a récupéré ses images, l'appareil part en réparation : pour beaucoup d'exploitants, l'affaire s'arrête là — un ticket SAV et une ligne dans le carnet de vol. C'est une erreur de lecture. Un vol qui tourne mal n'est pas seulement un dommage à réparer : c'est un événement de sécurité aérienne, au sens du règlement européen qui régit les comptes rendus dans toute l'aviation civile, drones compris. Cette obligation-là ne se règle ni avec l'assureur ni avec le client : elle se règle avec l'autorité, elle a ses propres délais — 72 heures, puis 30 jours, puis 3 mois —, elle protège juridiquement celui qui déclare, et elle survit à l'accord amiable trouvé avec le donneur d'ordre. Voici qui est concerné, ce qui est obligatoire et ce qui est volontaire, comment s'articulent la DSAC et le BEA, et ce qu'un industriel doit exiger d'un prestataire après un incident sur son site.

Publié le 1 septembre 2026, relu le 1 septembre 2026 — réglementation en vigueur en septembre 2026.

Un vol qui tourne mal est un événement de sécurité aérienne, pas seulement un dommage

Le réflexe d'un exploitant après un incident de vol est presque toujours contractuel et assurantiel : qui paie la réparation, le client a-t-il subi un préjudice, faut-il déclarer à l'assureur. Ces questions sont réelles, et notre guide sur la responsabilité en cas d'accident de drone en mission professionnelle les traite en détail. Mais elles ne recouvrent pas une troisième obligation, qui ne dépend ni du contrat ni du dommage subi : rendre compte de l'événement à l'autorité de l'aviation civile.

Cette obligation est posée par le règlement (UE) n° 376/2014 du 3 avril 2014 concernant les comptes rendus, l'analyse et le suivi d'événements dans l'aviation civile. Ce texte ne vise pas les compagnies aériennes seulement : il s'applique à toute personne exerçant une activité en aviation civile, aviation de loisir comprise, et il est explicitement étendu aux exploitants d'aéronefs sans équipage à bord. Le règlement d'exécution (UE) 2019/947, celui qui régit l'exploitation des drones en Europe, le rappelle sans détour à son article 19-2 : chaque exploitant d'UAS notifie à l'autorité compétente tout événement lié à la sécurité et échange des informations concernant son UAS, conformément au règlement 376/2014.

La logique n'a rien à voir avec celle de la responsabilité. L'article 15 du règlement 376/2014 impose que les informations tirées des comptes rendus ne soient utilisées qu'aux fins pour lesquelles elles ont été collectées ; l'objectif affiché est la prévention des accidents, pas l'imputation des fautes. Un compte rendu d'événement n'est donc pas un aveu, et il ne se substitue pas davantage à une déclaration de sinistre : ce sont deux circuits parallèles, avec deux destinataires, deux délais et deux finalités distinctes.

Ce que l'on déclare, en pratique, ressemble peu à l'imaginaire du « crash ». Le guide publié par la DSAC pour les exploitants de drones range les événements en quelques familles très concrètes : perte de contrôle en vol, rapprochement ou collision avec un aéronef, perte de la liaison avec la télécommande, passage en BVLOS inattendu — c'est-à-dire perte du contact visuel avec l'appareil sans que ce soit prévu. Les exemples cités sont ceux que tout exploitant reconnaîtra : sortie de la zone d'opération, pénétration involontaire du périmètre interdit autour d'un aérodrome, destruction à l'atterrissage à la suite d'un comportement inattendu de l'appareil, crash au sol sans fonctionnement du dispositif failsafe requis, ou encore pénétration d'un aéronef habité dans l'espace réservé pour l'opération.

Cette répartition est cohérente avec ce que montre la littérature. Une étude de G. Wild, J. Murray et G. Baxter, publiée en 2016 dans la revue Aerospace, a analysé 152 événements impliquant des aéronefs télépilotés civils sur la période 2006-2015 et les a comparés à la distribution des événements du transport aérien commercial (voir l'étude sur Google Scholar). Résultat : la distribution diffère significativement, avec une nette surreprésentation de la perte de contrôle en vol et des problèmes d'équipement — et, contrairement à ce que l'on observe en aviation habitée, ce sont les défaillances techniques, plus que les facteurs humains, qui contribuent le plus aux événements drone. Autrement dit : l'événement typique d'un exploitant professionnel n'est pas une faute de pilotage, c'est une panne — exactement le type d'information que le partage d'expérience permet de faire circuler avant qu'elle ne se répète ailleurs.

Obligatoire ou volontaire : la ligne exacte, et pourquoi elle se déplace en catégorie spécifique

Le règlement 376/2014 distingue deux régimes. Le compte rendu obligatoire (article 4) vise les événements susceptibles de présenter un risque important pour la sécurité aérienne, dont la liste détaillée figure dans le règlement d'exécution (UE) 2015/1018. Le compte rendu volontaire (article 5) couvre tout le reste : chaque organisation doit mettre en place un système permettant de recueillir les événements qui ne relèvent pas de l'obligation mais qui portent un enseignement de sécurité.

Pour les drones, la DGAC est claire : les événements soumis à notification obligatoire sont rares. Le socle réglementaire en retient trois familles — les événements entraînant des blessures graves ou mortelles, les événements impliquant un drone certifié, et les événements impliquant un aéronef habité. Cette dernière famille est la plus fréquente en pratique professionnelle : la quasi-collision avec un hélicoptère sanitaire, un aéronef en approche ou un avion de travail agricole est un événement à déclarer, même sans dommage, même si l'autre pilote n'a rien remarqué. Il en va de même, dans l'autre sens, lorsqu'un aéronef habité pénètre dans une zone réservée temporaire obtenue pour votre opération.

La ligne se déplace nettement dès que l'on quitte la catégorie ouverte. En catégorie spécifique sous autorisation d'exploitation, le guide de la DSAC indique que l'autorisation elle-même comporte une liste d'événements — sa section 4.8 — à notifier obligatoirement à la DSAC, liste qui s'ajoute aux exigences du règlement de base et que l'autorité définit au vu du risque de l'opération autorisée. Autrement dit : un exploitant sous autorisation ne peut pas se contenter de connaître le socle européen, il doit relire sa propre autorisation. La distinction entre les deux cadres est développée dans notre guide catégorie ouverte ou catégorie spécifique, et les opérations les plus exposées — vol hors vue, scénarios standard, analyse SORA — dans celui consacré au vol BVLOS et aux scénarios STS. Les exploitants titulaires d'un certificat LUC, eux, sont d'emblée dans une logique de système de gestion de la sécurité, où le traitement interne des événements est le cœur du dispositif et non une formalité annexe.

Le vrai risque, pour la profession, n'est pas le sur-signalement : c'est l'inverse. A. Konert et P. Kasprzyk, dans un article publié en 2021 dans le Journal of Intelligent & Robotic Systems, ont examiné les procédures européennes et nationales de signalement des incidents d'UAS et documenté une sous-déclaration chronique, alimentée par deux difficultés pratiques : l'identification des exploitants concernés et l'absence de définition précise de ce qui constitue un « incident » pour un aéronef sans équipage à bord (voir l'étude sur Google Scholar). Leurs recommandations sont directes : clarifier les définitions et sensibiliser activement les exploitants au besoin de déclarer. C'est exactement la position tenue par la DSAC, qui considère comme une bonne pratique de notifier tout événement jugé significatif : un tel compte rendu est alors traité comme volontaire, mais analysé et classé avec le même soin qu'un compte rendu obligatoire.

72 heures, puis 72 heures : la chaîne de transmission, du télépilote à la base européenne

Le calendrier du règlement 376/2014 est double, et c'est là que la plupart des exploitants se trompent. L'article 4-7 impose aux personnes physiques concernées de notifier l'événement dans les 72 heures suivant le moment où elles en ont eu connaissance. L'article 4-8 impose ensuite à l'organisation de notifier à l'autorité compétente dès que possible et, en tout état de cause, dans un délai n'excédant pas 72 heures. La DGAC résume la règle d'un raccourci parlant : « 72h+72h ». Il ne doit pas s'écouler plus de 72 heures entre la survenue ou le constat de l'événement et le moment où l'exploitant en est informé par son télépilote ; puis l'exploitant dispose de 72 heures pour transmettre, accompagné d'une information sur les mesures correctives immédiates éventuellement prises.

Le délai n'est pas le seul jalon. Une première analyse doit être transmise sous 30 jours à compter du moment où l'événement a été porté à la connaissance de l'exploitant, présentant les mesures correctives ou préventives adoptées ; l'analyse définitive est attendue sous 3 mois, des délais plus longs pouvant être acceptés pour les événements qui le justifient. Le compte rendu doit en outre porter un classement au regard du risque : la méthode reste libre, mais le champ est obligatoire, et le règlement délégué (UE) 2020/2034 du 6 octobre 2020 a introduit le mécanisme européen commun de classification, l'ERCS, que l'exploitant peut adopter s'il le souhaite.

Côté destinataire, le mot « Autorité » recouvre en France la DSAC (ou l'OSAC selon le domaine). Pour les exploitants de drones, la DSAC met à disposition un formulaire dédié, le CRESUS — compte rendu d'événement de sécurité pour les unmanned aircraft systems —, publié sous l'intitulé « exploitation drone », accompagné d'un guide de remplissage. La responsabilité de l'envoi appartient à l'exploitant d'UAS, pas au télépilote : un télépilote salarié remplit le formulaire et le transmet à son employeur, avec lequel il complète la partie Analyse — c'est aussi ce qui permet à l'employeur de prendre les mesures utiles au niveau de l'ensemble de l'exploitation. Une copie va à la DSAC interrégionale de rattachement, indiquée sur le compte AlphaTango pour les exploitants déclarés selon les scénarios nationaux. Les organisations transmettent aujourd'hui via la plateforme européenne ECCAIRS 2 (« E2 »), soit par formulaire électronique, soit au format standard E5X depuis leur propre logiciel de gestion de la sécurité — l'article 7 du règlement exige en effet un format compatible avec ECCAIRS et la taxonomie ADREP. Point souvent oublié : les comptes rendus transmis doivent être désidentifiés, c'est-à-dire ne comporter aucun élément permettant d'identifier les personnes impliquées.

Rien de tout cela n'est tenable sans traçabilité interne. L'heure exacte du décollage, la version de firmware, le niveau de batterie, la météo constatée, le nom du télépilote désigné, l'état de la maintenance : ces informations sont demandées par le formulaire et se retrouvent, si l'exploitation est correctement tenue, dans les documents décrits par notre guide MANEX, dossier de vol et carnet de maintenance. Un exploitant qui découvre après coup qu'il ne sait pas reconstituer sa journée de vol n'a pas un problème de signalement : il a un problème de documentation.

Le BEA : une enquête de sécurité, distincte de tout le reste

Le compte rendu d'événement va à la DSAC. Il existe, au-dessus, un second étage réservé aux cas les plus lourds : l'enquête de sécurité, conduite par une autorité indépendante — en France le BEA, bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile. Elle relève du règlement (UE) n° 996/2010 sur les enquêtes et la prévention des accidents et incidents dans l'aviation civile, dont le premier article pose sans ambiguïté que l'enquête a pour unique objectif la prévention des accidents et incidents, sans détermination des fautes ou des responsabilités. Ce n'est ni une enquête judiciaire, ni un audit de conformité : le BEA cherche des causes, pas des coupables, et ses conclusions ne sont pas destinées à fonder une action en justice.

L'obligation de notification est distincte de celle du règlement 376/2014. L'article 9-1 du règlement 996/2010 dispose que toute personne impliquée qui est informée qu'un accident ou un incident grave s'est produit le notifie sans délai à l'autorité responsable des enquêtes de sécurité. Concrètement, la DGAC indique que si l'événement rapporté est un accident ou un incident grave, une copie du compte rendu doit également être transmise au BEA, à son adresse de permanence. Deux envois, donc, pour un même fait : l'un à la DSAC dans le cadre du retour d'expérience, l'autre au BEA au titre de l'enquête de sécurité.

Faut-il s'attendre à une enquête après chaque incident de drone ? Non, et le texte le dit. L'article 5 du règlement 996/2010, dans sa rédaction issue du règlement (UE) 2018/1139, permet à l'autorité d'enquête de décider de ne pas ouvrir d'enquête de sécurité dans une série de cas — dont celui d'un aéronef sans équipage à bord pour lequel un certificat ou une déclaration n'est pas requis en vertu de l'article 56 du règlement 2018/1139 — à condition que personne n'ait été mortellement ou grièvement blessé. Autrement dit : pour l'immense majorité des drones professionnels de moins de 25 kg exploités en catégorie ouverte ou spécifique, l'ouverture d'une enquête reste une décision d'opportunité du BEA, fondée sur les enseignements attendus pour la sécurité — pas un automatisme. Ce qui ne veut pas dire « jamais » : la base des événements notifiés du BEA recense bien des enquêtes sur drones, dont celle ouverte après un événement du 14 juillet 2019 au Barcarès impliquant un DJI Inspire 2 — collision avec un obstacle, descente incontrôlée, heurt de personnes au sol.

Une précision utile pour les exploitants qui travaillent près des aéroports : une incursion involontaire dans un espace contrôlé ou dans le périmètre d'un aérodrome relève du compte rendu d'événement, et non de l'enquête de sécurité, tant qu'elle n'a pas dégénéré en accident ou en incident grave. Elle se prévient d'abord par le protocole : notre guide sur la mission drone dans la CTR d'un aéroport détaille qui autorise quoi et dans quels délais, ce qui reste le meilleur moyen de n'avoir jamais à déclarer ce type d'événement.

Culture juste : ce que l'exploitant doit garantir par écrit à son télépilote

Un système de signalement ne fonctionne que si déclarer ne coûte rien à celui qui déclare. C'est tout l'enjeu de la culture juste, définie par le règlement 376/2014 comme « une culture dans laquelle les agents de première ligne ou d'autres personnes ne sont pas punis pour leurs actions, omissions ou décisions lorsqu'elles sont proportionnées à leur expérience et à leur formation, mais dans laquelle les négligences graves, les manquements délibérés et les dégradations ne sont pas tolérés ».

La protection est juridique, pas seulement morale. L'article 16 du règlement protège la source d'information et interdit qu'un employé subisse un préjudice du fait d'un compte rendu, sauf manquement délibéré ou méconnaissance caractérisée, sérieuse et grave d'un risque évident. Le droit français va dans le même sens avec l'article L. 6223-2 du code des transports : « Aucune sanction administrative, disciplinaire ou professionnelle ne peut être infligée à la personne qui a rendu compte d'un évènement […], qu'elle ait été ou non impliquée dans cet évènement, sauf si elle s'est elle-même rendue coupable d'un manquement délibéré ou répété aux règles de sécurité. » Le règlement va plus loin encore : son article 16-11 impose à chaque organisation d'adopter des règles internes écrites décrivant comment ces principes sont garantis. Pour un exploitant de drone employant un ou plusieurs télépilotes, ce n'est pas une clause de style : c'est un document à rédiger, à diffuser et à tenir. La DGAC a par ailleurs mis en place un observatoire de la culture juste, que peut saisir toute personne s'estimant lésée par le non-respect de ces principes.

Reste la question difficile, celle que la réglementation ne tranche pas complètement : où passe exactement la frontière entre l'erreur excusable et la faute sanctionnable ? S. W. A. Dekker, dans un article devenu une référence publié en 2009 dans Cognition, Technology & Work sous le titre « Just culture: who gets to draw the line? », soutient que cette frontière n'est jamais donnée à l'avance : elle est tracée par quelqu'un, et la vraie question de gouvernance est donc de savoir qui la trace, selon quelle procédure et avec quelle légitimité aux yeux de ceux qui devront déclarer (voir l'étude sur Google Scholar). La leçon pratique pour une petite structure drone est simple : si c'est le dirigeant qui, seul et après coup, décide au cas par cas de ce qui relève de la faute, aucun télépilote ne déclarera spontanément le vol où il a failli percuter une ligne électrique. Écrire la règle avant l'incident vaut mieux que de l'improviser après.

Cette obligation aérienne rencontre par ailleurs le droit du travail, avec lequel elle ne se confond pas : la protection du déclarant ne dispense pas l'employeur de ses obligations de prévention et d'évaluation des risques professionnels, que nous détaillons dans notre guide sur les obligations de sécurité au travail d'un télépilote salarié. Un même événement peut ainsi nourrir à la fois un compte rendu à la DSAC et une mise à jour du document unique d'évaluation des risques.

L'assureur : un second circuit, avec son propre délai et sa propre sanction

La déclaration à l'assureur obéit à une logique inverse de celle du compte rendu d'événement : elle est contractuelle, nominative, et son objet est bien l'indemnisation. Son délai est fixé par le contrat, mais l'article L. 113-2 du code des assurances lui impose un plancher : cinq jours ouvrés au minimum à compter du moment où l'assuré a connaissance du sinistre (deux jours ouvrés en cas de vol). Beaucoup de contrats professionnels reprennent ce plancher tel quel, ce qui donne en pratique un délai plus court que celui du signalement de sécurité — d'où l'intérêt de ne pas les traiter l'un après l'autre mais en parallèle, le jour même.

La sanction du retard n'est pas automatique. Le même article précise que la déchéance pour déclaration tardive, quand elle est prévue par une clause du contrat, ne peut être opposée à l'assuré que si l'assureur établit que le retard lui a causé un préjudice. C'est une protection réelle, mais mieux vaut ne pas avoir à s'en prévaloir : un dossier déclaré hors délai part avec un handicap dans toute négociation. Les garanties elles-mêmes, l'obligation d'assurance et les ordres de grandeur de prime sont détaillés dans notre guide sur l'assurance responsabilité civile du drone professionnel.

Attention à la tentation inverse : régler à l'amiable avec le client pour éviter d'ouvrir un sinistre ne dispense pas du compte rendu d'événement. Les deux obligations n'ont ni le même fondement, ni le même destinataire, ni la même finalité — l'une répare un dommage privé, l'autre alimente la sécurité collective. À l'inverse, un exploitant qui déclare correctement à l'autorité mais néglige son assureur s'expose à supporter seul le coût d'un dommage ; et si le désaccord porte sur la prestation elle-même — livrables perdus, mission à refaire, retard —, la voie est encore différente, celle que décrit notre guide sur le litige avec un prestataire drone.

Sur un site industriel : arrêt de mission, coactivité, et ce que le donneur d'ordre doit recevoir

Pour un exploitant seul, un incident se solde par un appareil à réparer et un formulaire à remplir. Sur un site industriel en exploitation, il déclenche une mécanique bien plus large. Un drone qui tombe dans une zone ATEX, sur un poste de travail occupé, dans un bassin de rétention ou sur une voie de circulation d'engins n'est plus un problème d'exploitant : c'est un événement de site, qui touche la coactivité, le plan de prévention et parfois l'analyse d'accident du travail de l'entreprise utilisatrice.

La bonne pratique, sur ce type de site, est d'avoir décidé avant la mission ce qui provoque un arrêt immédiat des vols et qui prononce cet arrêt — le responsable du site ou l'exploitant. Un plan de prévention correctement construit contient déjà ce point, au même titre que les zones d'exclusion des tiers et les moyens d'alerte ; notre guide sur la manière d'accueillir une mission drone sur un site industriel détaille cette préparation, coactivité comprise. Un incident survenu sans ce cadre laisse toujours la même scène : deux entreprises qui discutent au pied du drone pendant que la production continue autour.

Ce que le donneur d'ordre doit ensuite recevoir tient en quatre pièces : la preuve du signalement (copie désidentifiée et date), l'analyse et son classement au regard du risque, les mesures correctives écrites, et les conditions de reprise de la mission. Ces pièces existent de toute façon, puisque la réglementation les impose à l'exploitant sous 30 jours puis 3 mois : la seule question est de savoir si votre contrat prévoit qu'elles vous soient communiquées. Pour un acheteur public, la place naturelle de cette exigence est le cahier des charges — notre guide sur l'achat d'une prestation drone en marché public montre où l'insérer parmi les autres pièces techniques.

Un dernier point, plus stratégique : la manière dont un prestataire raconte ses incidents passés est l'un des meilleurs indicateurs de sa maturité. Un exploitant qui n'a « jamais eu le moindre problème » en plusieurs centaines d'heures de vol dit surtout qu'il ne tient pas de registre — les données de sinistralité de la profession ne rendent pas ce discours crédible. À l'inverse, un exploitant qui décrit un incident, la mesure corrective adoptée et ce qui a changé dans sa procédure vous montre son système de sécurité en fonctionnement. C'est un critère de sélection à part entière, à ajouter à ceux que liste notre guide pour choisir son télépilote professionnel.

Méthode et prix : mettre en place un dispositif de signalement qui tienne

La méthode tient en cinq gestes, à préparer une fois pour toutes plutôt qu'à improviser sous le choc. Un : sécuriser les personnes et le site, puis figer les preuves — photos de la position finale, journaux de vol de l'appareil et de la radiocommande, relevé météo, témoignages écrits le jour même. Deux : qualifier l'événement — blessure, drone certifié, aéronef habité impliqué ? Liste d'événements de l'autorisation d'exploitation, le cas échéant ? Dans le doute, la DGAC est explicite : il ne faut pas hésiter à transmettre, la non-transmission d'un événement dont la gravité n'aurait pas été perçue étant plus préjudiciable que l'inverse. Trois : déclencher les deux circuits le même jour — compte rendu vers la DSAC (avec copie au BEA si accident ou incident grave), déclaration de sinistre vers l'assureur. Quatre : analyser et classer au regard du risque, sous 30 jours pour la première version. Cinq : écrire la mesure corrective et la reporter dans le manuel d'exploitation, la procédure ou le programme de formation — un événement qui ne modifie rien n'a produit aucun retour d'expérience.

Les ordres de grandeur 2026, hors taxes, pour un exploitant qui structure ce volet plutôt que de le découvrir en situation : la rédaction des règles internes de culture juste et de la procédure de notification, articulées avec le manuel d'exploitation existant, se situe entre 600 et 1 500 € HT selon la taille de l'équipe et l'existence ou non d'un système de gestion de la sécurité. Un audit du dispositif documentaire d'un exploitant (manuel d'exploitation, dossiers de vol, carnets de maintenance, traçabilité utile au signalement) va de 800 à 2 000 € HT. L'accompagnement au traitement d'un événement réellement survenu — qualification, rédaction du compte rendu, analyse et mesures correctives, échanges avec l'autorité — se chiffre plutôt entre 900 et 1 800 € HT, l'analyse définitive à trois mois comprise. Enfin, la reprise d'une mission interrompue après incident, avec révision du plan de vol, des zones d'exclusion et du plan de prévention, représente en général 400 à 900 € HT de préparation en sus du coût de la journée de vol elle-même.

Rapportés au coût d'un chantier arrêté, d'une assurance qui conteste ou d'une autorisation d'exploitation renouvelée sous conditions, ces montants sont marginaux. Le vrai coût d'un dispositif absent n'est pas financier : c'est le temps perdu à reconstituer, dans l'urgence et sous la pression du client, une journée de vol dont personne n'a gardé la trace. Pour une mission sur site sensible, une reprise après incident ou la mise à niveau de votre documentation d'exploitation, demandez un devis en précisant la catégorie d'exploitation, le type de site et l'échéance visée.

Questions fréquentes

Un exploitant de drone doit-il vraiment déclarer un incident, ou est-ce réservé à l'aviation habitée ?

Le règlement (UE) n° 376/2014 sur les comptes rendus d'événements s'applique bien à l'exploitation d'aéronefs sans équipage à bord — la DGAC le dit explicitement — et l'article 19-2 du règlement (UE) 2019/947 le rappelle : chaque exploitant d'UAS notifie à l'autorité compétente tout événement lié à la sécurité. En pratique, la liste des événements à notification obligatoire reste étroite pour les catégories ouverte et spécifique : blessures graves ou mortelles, événement impliquant un drone certifié, événement impliquant un aéronef habité. Deux réserves importantes : une autorisation d'exploitation en catégorie spécifique comporte sa propre liste d'événements à déclarer, qui s'ajoute au socle réglementaire ; et la DSAC encourage fortement la notification volontaire de tout événement significatif, traité avec le même soin qu'un compte rendu obligatoire.

Déclarer un incident expose-t-il l'exploitant ou le télépilote à une sanction ?

C'est précisément ce que le dispositif cherche à écarter. L'article 16 du règlement 376/2014 protège la source d'information, et l'article L. 6223-2 du code des transports énonce qu'aucune sanction administrative, disciplinaire ou professionnelle ne peut être infligée à la personne qui a rendu compte d'un événement, qu'elle ait été ou non impliquée — sauf si elle s'est elle-même rendue coupable d'un manquement délibéré ou répété aux règles de sécurité. C'est le principe de culture juste : l'erreur proportionnée à l'expérience et à la formation ne se sanctionne pas, la négligence grave et le manquement délibéré restent sanctionnables. La protection n'est ni une amnistie ni un blanc-seing, et elle ne couvre pas l'action pénale ou civile d'un tiers lésé, qui relève d'un tout autre circuit.

Après un incident sur mon site industriel, que dois-je exiger du prestataire drone ?

Quatre choses, dans cet ordre. D'abord la preuve du signalement : la copie désidentifiée du compte rendu transmis à l'autorité, avec sa date — elle atteste que l'exploitant a traité l'événement comme un fait de sécurité et non comme un incident matériel. Ensuite l'analyse et son classement au regard du risque, que la réglementation exige de toute façon sous 30 jours puis 3 mois. Ensuite les mesures correctives écrites : modification de procédure, de zone d'exclusion des tiers, de matériel ou de formation — pas une promesse de vigilance. Enfin les conditions de reprise de la mission : ce qui a changé dans le plan de vol, dans le plan de prévention et dans la coactivité avant qu'un nouveau vol soit autorisé sur votre site. Ces quatre livrables se contractualisent ; sans clause, vous n'en obtiendrez qu'un récit oral.

Demander un devis gratuit

À lire aussi