GUIDE C-DRONE · 14 SEPTEMBRE 2026
Fraise et drone : vigueur en plein champ, verticilliose en pépinière, prix
La fraise française avance sur deux jambes bien séparées. D'un côté, environ 3 780 hectares de plein champ tournés vers le fruit — 77 200 tonnes en 2024, une estimation à 70 200 tonnes pour 2025 selon Agreste, portées par le bassin Sud-Ouest et l'IGP Fraise du Périgord. De l'autre, un métier presque invisible du grand public : la production de plants, concentrée sur les sables de Sologne, où des pépinières comme Angier International cultivent plus de 60 hectares de blocs de plants mères et commercialisent chaque année des dizaines de millions de plants vers toute l'Europe. Les deux filières redoutent le même adversaire silencieux — la verticilliose, une maladie du sol sans traitement curatif — mais n'utilisent pas le drone de la même façon : cartographie de vigueur et de gel de floraison en plein champ d'un côté, criblage variétal sur blocs de plants mères en pépinière de l'autre.
Publié le 14 septembre 2026, relu le 14 septembre 2026 — réglementation en vigueur en septembre 2026.
Deux filières bien distinctes : fruits du Sud-Ouest et plants de Sologne
Selon les notes de conjoncture d'Agreste, la production française de fraises s'est établie à 77 200 tonnes au 1er septembre 2024 — un niveau supérieur de 6 % à la moyenne quinquennale, porté par un bassin Sud-Ouest en hausse de 3 % sur un an — puis à 70 200 tonnes au 1er septembre 2025, en repli de 1 400 tonnes. La surface cultivée suit une lente érosion : 3 780 hectares en 2024, soit -2 % sur un an et -3 % sur cinq ans. Le Sud-Ouest reste le bassin de référence, porté notamment par l'IGP Fraise du Périgord, une bonne partie de la production précoce se faisant sous tunnel plastique pour avancer le calendrier de récolte — un point qui compte pour la suite, un tunnel opaque ne se cartographiant pas depuis le ciel.
Une filière beaucoup moins visible irrigue pourtant l'ensemble du marché européen : la production de plants de fraisiers, concentrée sur les sols sableux de Sologne. La pépinière Angier International, installée à Soings-en-Sologne, exploite ainsi plus de 60 hectares de blocs de plants mères et commercialise chaque année de l'ordre de 18,5 millions de plants racines nues frigo, auxquels s'ajoutent plants frais, plug plants et mini-plants — un quart de son chiffre d'affaires partant à l'export, notamment vers l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Ce maillon amont ne vend pas de fruits mais du matériel végétal certifié : sa valeur tient tout entière à l'état sanitaire et à l'homogénéité des blocs de plants mères, un enjeu très différent de celui d'un producteur de fruits.
En plein champ : cartographier la vigueur et le gel de floraison
Sur les parcelles en plein champ — hors tunnel, donc réellement visibles depuis un drone — une cartographie multispectrale régulière (NDVI, NDRE) objective la vigueur du couvert et repère les zones qui décrochent avant que le symptôme soit lisible au sol. Une étude américaine publiée en 2026 dans la revue Drones par Jon R. Detka, Forrest S. Melton et Frank N. Martin a suivi neuf campagnes de vol UAV multispectral, de décembre 2022 à juin 2023, sur trois parcelles commerciales de fraisier à Oxnard (Californie) — plus de 159 000 unités de suivi à l'échelle du plant. En combinant un indice de rougissement du feuillage, le NDRE et un modèle de survie statistique, l'équipe a pu classer les plants selon leur risque de dépérissement avec des indices de concordance de 0,88 à 0,95 — une méthode qui montre qu'un suivi drone répété dans le temps détecte un déclin de couvert avant qu'il ne soit visible à l'œil, et pas seulement sur un cliché isolé (voir l'étude sur Google Scholar).
La fraise partage aussi avec la vigne et l'arboriculture une vulnérabilité aiguë au gel de floraison : une nuit de gel pendant la floraison peut détruire une bonne partie du potentiel de récolte, ce qui pousse de nombreux producteurs à s'équiper d'une protection par aspersion. La logique de cartographie thermique du risque, déjà détaillée dans notre guide sur le gel de printemps en vigne et verger, s'applique directement à la fraise : un vol thermique de nuit identifie les zones les plus froides d'une parcelle pour cibler le déclenchement de l'aspersion secteur par secteur plutôt que sur l'ensemble de la surface.
En pépinière : cribler la résistance à la verticilliose sur les plants mères
Pour une pépinière, l'enjeu n'est pas un fruit à récolter mais un plant certifié sain à livrer. La verticilliose (Verticillium dahliae), champignon du sol sans traitement curatif homologué sur fraisier, est l'une des menaces les plus redoutées sur un bloc de plants mères : un foyer non détecté se propage par les stolons et compromet la certification sanitaire de tout le lot. Une équipe britannique menée par Helen M. Cockerton, Bo Li, Robert J. Vickerstaff et leurs collègues a publié en 2019 dans Frontiers in Plant Science une plateforme de phénotypage combinant un drone (GPS et caméra multispectrale) et l'indice NDVI pour noter automatiquement la sévérité de la verticilliose sur plusieurs populations de fraisier en essai variétal (voir l'étude sur Google Scholar).
Ce travail a été mené dans le cadre d'un programme britannique de sélection variétale — pas dans une pépinière commerciale française — et l'angle est ici volontairement élargi : rien ne prouve qu'un service équivalent existe aujourd'hui en Sologne. Mais la méthode est directement transposable au criblage de blocs de plants mères : un vol NDVI répété sur un bloc homogène révèle les foyers de perte de vigueur bien avant qu'un flétrissement soit visible en bout de rang, orientant précisément où prélever un échantillon pour analyse. Sur le même principe que le criblage variétal, une cartographie de vigueur en pépinière sert aussi à objectiver l'homogénéité d'un lot de plants avant sa certification et son expédition.
Ce qu'un drone ne fait jamais sur fraisier, et prix 2026
Le point d'honnêteté. Un drone ne voit rien sous un tunnel ou une serre plastique — l'essentiel de la production précoce française en est équipée, et c'est là que la caméra aérienne perd toute utilité pour le suivi de vigueur. La verticilliose et les autres pathogènes du sol ne se diagnostiquent jamais par imagerie aérienne seule : la carte de vigueur oriente le prélèvement, elle ne remplace jamais l'analyse en laboratoire (culture fongique ou PCR). Un drone ne mesure pas non plus le taux de sucre (°Brix), la fermeté ou le goût du fruit — seuls des critères que le producteur ou l'acheteur évalue en bouche ou en laboratoire. Enfin, le fraisier a un couvert bas et compact : obtenir une résolution suffisante pour distinguer des plants individuels impose de voler plus bas et avec un GSD plus fin que sur une culture haute, un arbitrage détaillé dans notre guide sur la résolution sol (GSD) en photogrammétrie drone.
Ordres de grandeur constatés en France en 2026, hors taxes :
| Prestation | Prix constaté (HT) |
|---|---|
| Cartographie de vigueur multispectrale, un passage (jusqu'à 5 ha) | 250 à 500 € |
| Vol thermique de nuit, risque de gel de floraison | 300 à 600 € par sortie |
| Criblage NDVI d'un bloc de plants mères en pépinière | 300 à 700 € |
| Suivi de vigueur répété sur une campagne (3 à 5 passages) | 800 à 1 600 € selon surface |
Ces missions s'appuient sur notre offre agriculture de précision par drone ; les informations réglementaires de cette page reflètent la réglementation en vigueur en septembre 2026. Si un gel de floraison ou un dépérissement font suite à un épisode climatique reconnu, le même relevé peut nourrir un dossier constitué selon notre guide sur l'assurance récolte et le dossier d'indemnisation après sinistre climatique. Demandez un devis en précisant la surface, plein champ ou pépinière, et l'objectif prioritaire — vigueur, gel ou criblage variétal.