GUIDE C-DRONE · 12 SEPTEMBRE 2026
Oignon et drone : détecter le mildiou avant qu'il ne détruise la parcelle, méthode et prix
Face au blé ou à la betterave, l'oignon reste une culture discrète sur la carte agricole française — mais une culture à forte valeur ajoutée, où un foyer de maladie mal repéré peut ruiner une campagne entière en quelques semaines. Sa menace n°1 porte un nom : le mildiou, causé par l'oomycète Peronospora destructor, capable de détruire tout le feuillage d'une parcelle en un mois sans intervention. Le sujet reste suffisamment ouvert pour que le CTIFL, l'institut technique des fruits et légumes, y consacre un programme de recherche dédié. Deux études internationales, menées sur d'autres maladies foliaires de l'oignon, documentent ce qu'apporte un drone pour repérer et cartographier un foyer : en voici le détail, les limites à connaître, et les prix constatés en France en 2026.
Publié le 12 septembre 2026, relu le 12 septembre 2026 — réglementation en vigueur en septembre 2026.
L'oignon en France, une culture exigeante face à un mildiou capable de tout détruire en un mois
Le Centre-Val de Loire, en particulier le bassin de l'Eure-et-Loir et de la Beauce, concentre une large part de la production française d'oignons de couleur destinés à la consommation et à la transformation. En Bretagne, l'AOC Oignon de Roscoff — obtenue en 2009 — protège une variété rose cultivée sur un peu plus de 100 hectares autour de Saint-Pol-de-Léon, pour plus de 3 000 tonnes récoltées chaque année entre le 20 juillet et la mi-août selon la date de plantation ; selon la tradition locale, la variété aurait été rapportée du Portugal au 17e siècle par un moine, qui en aurait enseigné la culture aux habitants du secteur.
Sur cette culture, la menace n°1 porte un nom précis : le mildiou de l'oignon, causé par l'oomycète Peronospora destructor. En début de végétation, les plants atteints restent nains, avec des feuilles chlorotiques et déformées couvertes d'un mycélium gris velouté ; plus tard, des taches allongées jaunâtres se couvrent de spores secondaires en vieillissant. Le champignon sporule dans des conditions d'humidité proche de la saturation (plus de 95 % d'hygrométrie) et de température fraîche (optimum autour de 16°C), avec un cycle complet de seulement 10 à 16 jours : sans traitement, quatre cycles suffisent à détruire tout le feuillage, et la maladie peut gagner l'ensemble d'une parcelle en un mois. Une attaque précoce peut faire chuter le rendement de 70 %, avec un risque de perte qui atteint fréquemment 30 % même en année plus clémente ; les repousses spontanées et les débris d'une récolte précédente restent la principale source d'inoculum en début de saison.
Le sujet est loin d'être secondaire pour la filière : le CTIFL, l'institut technique interprofessionnel des fruits et légumes, y consacre un programme de recherche dédié (ORION) et organise des ateliers professionnels réguliers sur la gestion du mildiou de l'oignon — signe qu'aucune solution de repérage simple et fiable n'est encore stabilisée sur le terrain, en particulier depuis le retrait des fongicides à base de mancozèbe qui compliquait déjà le calendrier de traitement.
Une étude sur l'oignon : la caméra proche infrarouge embarquée face à l'œil humain
Sur le terrain, la référence reste l'œil du technicien qui note, parcelle par parcelle, le pourcentage de feuillage touché — une méthode fiable mais lente, sujette à la fatigue et à la variabilité d'un observateur à l'autre, et peu compatible avec un suivi répété sur de grandes surfaces. Une étude de McDonald, Tayviah et Gossen, publiée en 2022 dans Remote Sensing, a directement testé cette limite sur l'oignon : dans des essais variétaux conduits à Holland Marsh, en Ontario (Canada), les auteurs ont comparé des notations visuelles de la stemphyliose (Stemphylium vesicarium, une brûlure foliaire proche du mildiou dans ses symptômes) réalisées par des observateurs expérimentés à une analyse automatisée de photographies aériennes prises par un octocoptère équipé d'un appareil photo à filtre proche infrarouge (voir l'étude sur Google Scholar).
Résultat : l'analyse d'image issue du drone est parvenue à distinguer les niveaux de sévérité de la maladie avec une cohérence comparable à celle obtenue entre deux observateurs humains différents notant les mêmes parcelles — sans la fatigue ni la variabilité inhérentes à une notation visuelle répétée sur des dizaines de placettes. Point d'honnêteté : cette étude documente la stemphyliose, une maladie surtout rapportée en Amérique du Nord à ce jour et non encore établie comme un enjeu majeur sur les parcelles françaises ; elle ne porte donc pas directement sur le mildiou Peronospora destructor. Seule la démonstration de méthode — un capteur proche infrarouge embarqué par drone permet de quantifier une maladie foliaire de l'oignon aussi finement qu'un œil expérimenté — est présentée ici comme transposable, sous réserve d'une validation propre à ce pathogène, encore à mener.
Cartographier l'étendue d'un foyer à l'échelle de la parcelle
Repérer un foyer tôt est une chose ; en mesurer l'étendue exacte à l'échelle d'une parcelle de plusieurs hectares en est une autre, indispensable pour arbitrer entre un traitement localisé et un passage généralisé. Une étude d'Alberto, Rivera, Biagtan et coauteurs, publiée en 2020 dans Spatial Information Research, a développé une méthode de classification automatique (analyse d'image orientée objet combinée à une machine à vecteurs de support) appliquée à des images aériennes captées par drone au-dessus de parcelles d'oignon aux Philippines, pour délimiter les zones atteintes par la maladie anthracnose-twister (voir l'étude sur Google Scholar). Sur 30,26 hectares survolés dans trois municipalités de la province de Nueva Ecija, la méthode a chiffré la part de surface infectée commune par commune — de 19 % à près de 58 % de la surface d'un même site — avec une précision suffisante pour orienter une intervention ciblée plutôt qu'un traitement uniforme.
Là encore, l'anthracnose-twister (Colletotrichum gloeosporioides) n'est pas le mildiou de nos parcelles ; seule la méthode — cartographier automatiquement, à l'hectare près, l'étendue réelle d'une maladie foliaire de l'oignon à partir d'images de drone — reste transposable. Sur le terrain français, la contrainte propre au mildiou est le calendrier : avec un cycle de 10 à 16 jours et une propagation à toute la parcelle en un mois, un passage isolé en début de saison ne suffit pas — seul un suivi répété, à intervalle rapproché pendant les périodes humides, permet de repérer un foyer avant qu'il ne gagne l'ensemble de la culture. Ces vols relèvent en pratique de la catégorie ouverte européenne (sous-catégorie A3, loin des tiers, sous 120 m de hauteur), sans démarche spécifique au-delà de celles déjà requises pour tout vol agricole ; notre guide comparant la caméra multispectrale et la caméra RGB en agriculture détaille le choix du capteur selon l'objectif — repérage précoce en proche infrarouge, cartographie visuelle de l'étendue en RGB haute résolution.
Qui commande ce type de mission, et prix constatés en 2026
Ce type de suivi est commandé par les exploitants en grande culture de la Beauce et du bassin d'Eure-et-Loir, par les producteurs sous cahier des charges de l'AOC Oignon de Roscoff en Bretagne, par les coopératives de conditionnement qui contractualisent des volumes avec la distribution, et par des groupements de producteurs souhaitant mutualiser une surveillance rapprochée sur plusieurs parcelles voisines pendant les semaines les plus à risque. Ordres de grandeur observés en France en 2026, hors taxes :
| Prestation | Tarif constaté (HT) |
| Vol multispectral de repérage précoce (jusqu'à 10 hectares) | 280 à 500 € |
| Passage complémentaire par tranche de 10 hectares supplémentaires | 80 à 140 € |
| Suivi rapproché en période humide à risque (3 à 5 passages sur 3 semaines) | 700 à 1 200 € |
| Cartographie dédiée de l'étendue d'un foyer déclaré (vol RGB + rapport) | 250 à 450 € |
Ces montants couvrent le vol et la livraison d'une carte ou d'un rapport exploitable sous 24 à 48 heures ; ils ne comprennent ni le traitement fongicide ni la décision de calendrier de pulvérisation, qui restent du ressort de l'exploitant ou de son conseiller technique. Ce suivi du mildiou de l'oignon est à distinguer de celui de la pomme de terre (Phytophthora infestans, détaillé dans notre guide dédié) et de celui de la vigne (Plasmopara viticola, dans notre guide sur le mildiou et l'oïdium de la vigne) : trois maladies partageant un nom d'usage français, sans être ni le même pathogène ni le même protocole de surveillance. Pour un exploitant, une coopérative ou un groupement de producteurs, demandez un devis en précisant la surface, le bassin de production et la période visée — en pleine période humide pour le repérage précoce, avant récolte pour un bilan de campagne. Notre guide sur le comptage de levée et la densité de semis complète le suivi dès le stade précoce de la culture.