GUIDE C-DRONE · 1 SEPTEMBRE 2026
Préparer une inspection DREAL sur un site ICPE : ce qu'un relevé par drone documente et date
Un matin, un inspecteur de l'environnement se présente à l'accueil de votre site. La visite peut être inopinée : aucun texte n'impose de délai de prévenance à l'inspection des installations classées. En 2025, elle a réalisé 25 920 visites, environ 6 % de plus qu'en 2024, sur un parc de 18 370 sites autorisés, 22 530 enregistrés et près de 450 000 installations déclarées. La question n'est donc pas de savoir si votre site sera contrôlé, mais dans quel état sera votre dossier le jour où il le sera. Ce guide n'est pas un guide sectoriel de plus : c'est le guide transversal de la préparation. Il décrit ce que l'inspecteur regarde, ce que le code de l'environnement l'autorise à déclencher ensuite, et surtout quels points concrets — rétentions, distances d'éloignement, voies engins, exutoires de désenfumage, séparation des stockages, volumes de stockage extérieur, clôture, propreté — un relevé aérien permet de documenter et de dater avant, pendant ou après le contrôle. Avec, en fin de guide, ce que le drone ne fait pas — et la méthode et les prix HT 2026.
Publié le 1 septembre 2026, relu le 11 septembre 2026 — réglementation en vigueur en septembre 2026.
Ce qu'est une visite d'inspection, et ce qui peut en découler
Les agents qui contrôlent un site classé sont, pour l'essentiel, des inspecteurs de l'environnement au sens de l'article L. 172-1 du code de l'environnement : fonctionnaires et agents affectés aux services de l'État chargés de la mise en œuvre du droit de l'environnement, commissionnés par l'autorité administrative et assermentés pour rechercher et constater les infractions. Selon la nature du site, ils relèvent de la DREAL (ou de la DRIEAT en Île-de-France, de la DEAL outre-mer), des directions départementales de la protection des populations pour les élevages et les activités agroalimentaires, ou d'un service dédié pour Paris et la petite couronne. L'article L. 171-1 leur ouvre l'accès aux lieux où s'exerce l'activité, à l'exclusion des domiciles ; en cas de refus, l'accès peut être autorisé par le juge des libertés et de la détention, dont l'ordonnance précise l'adresse des lieux, le nom des agents habilités et les heures d'accès.
La visite peut être annoncée ou inopinée : contrairement à une idée répandue, aucun délai de prévenance de 48 heures n'existe dans les textes applicables aux installations classées. Elle se conclut par un rapport. L'article L. 514-5 impose que l'inspecteur transmette ce rapport au préfet et en fasse copie simultanément à l'exploitant, lequel peut faire part au préfet de ses observations ; l'article L. 171-6 pose la même règle en termes généraux pour tout rapport constatant des faits contraires aux prescriptions applicables. Cette phase contradictoire est le moment décisif : c'est là, et pas plus tard, qu'un exploitant peut produire des éléments factuels — photos datées, mesures, plans à jour — susceptibles de nuancer un constat ou de démontrer qu'une action corrective était déjà engagée.
Les suites administratives sont graduées et distinctes selon le manquement. L'article L. 171-7 vise l'exploitation sans l'autorisation, l'enregistrement, l'agrément ou la déclaration requis : le préfet met en demeure de régulariser dans un délai qui ne peut excéder un an, peut ordonner le paiement d'une amende administrative au plus égale à 45 000 € et suspendre le fonctionnement jusqu'à décision sur la demande de régularisation ; faute de régularisation dans le délai, il ordonne la fermeture ou la cessation définitive de l'activité. L'article L. 171-8 vise le cas bien plus fréquent du non-respect des prescriptions applicables : mise en demeure de se conformer dans un délai déterminé, puis, si elle reste sans effet à l'expiration de ce délai, une ou plusieurs sanctions — consignation d'une somme entre les mains d'un comptable public, exécution d'office des mesures prescrites aux frais de l'intéressé, suspension du fonctionnement, amende administrative au plus égale à 45 000 € assortie d'une astreinte journalière au plus égale à 4 500 €. Ces montants ont été portés à leur niveau actuel par la loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023.
Le point à retenir : entre le constat et la sanction, il y a toujours un délai, et ce délai se joue sur des preuves. Un exploitant qui peut montrer, pièces datées à l'appui, qu'il a exécuté ce qui lui était demandé dans le temps imparti échappe à la seconde phase. Le bilan 2025 de l'inspection donne l'échelle du dispositif : 25 920 visites, 2 687 arrêtés complémentaires venant actualiser les prescriptions de sites existants, et 1 534 incidents ou accidents recensés (+ 23,3 % sur un an, hausse que la direction générale de la prévention des risques attribue pour partie à l'amélioration du signalement). Les priorités affichées pour 2026 — PFAS, installations de combustion, lutte contre les trafics illégaux de déchets — indiquent où les visites thématiques se concentreront.
Les points que l'inspecteur regarde et qu'un relevé aérien documente
Un inspecteur ne contrôle pas « le site » : il contrôle des prescriptions écrites, article par article. Ces prescriptions viennent de l'arrêté préfectoral d'autorisation, de l'arrêté d'enregistrement, ou d'un arrêté ministériel de prescriptions générales pour les régimes d'enregistrement et de déclaration. Or une large part de ces articles porte sur des réalités géométriques et visibles depuis le ciel. Prenons un arrêté représentatif, celui du 14 décembre 2013 applicable aux installations enregistrées au titre de la rubrique 2220 (préparation ou conservation de produits alimentaires d'origine végétale, par cuisson, appertisation, surgélation, congélation, lyophilisation, déshydratation, torréfaction, fermentation…). Son article 5 fixe une implantation à 10 mètres au moins des limites de propriété. Son article 12 décrit la voie « engins » : largeur utile minimale de 3 mètres, hauteur libre de 3,5 mètres, pente inférieure à 15 %, force portante calculée pour un véhicule de 160 kN avec un maximum de 90 kN par essieu, et chaque point du périmètre de l'installation situé à 60 mètres au plus de cette voie. Son article 13 organise le désenfumage par cantons de 1 600 m² au plus et de 60 mètres de longueur maximale, avec des exutoires représentant au moins 2 % de la superficie de chaque canton. Son article 20 impose une capacité de rétention au moins égale à la plus grande des deux valeurs : 100 % de la capacité du plus grand réservoir, ou 50 % de la capacité totale des réservoirs associés.
Chacune de ces phrases décrit quelque chose qu'une orthophoto géoréférencée mesure ou qu'un reportage aérien montre. Concrètement, un relevé bien cadré documente :
- Rétentions et aires étanches : emprise réelle des bacs de rétention, état des enduits et des joints, présence d'eau pluviale stagnante réduisant le volume utile, position des vannes de barrage sur le réseau pluvial, aire de dépotage et sa pente.
- Distances d'éloignement et d'implantation : distance mesurable entre un stockage et la limite de propriété, entre un dépôt et un tiers, entre deux îlots de stockage — sur une orthophoto, ces distances se vérifient au décimètre sans remettre les pieds sur site.
- Voies engins et accès pompiers : continuité et largeur libre de la voie, encombrements ponctuels (palettes, bennes, véhicules stationnés), rayons de giration en angle, accessibilité des poteaux et bouches d'incendie, distance réelle entre la voie et le point le plus éloigné du périmètre.
- Désenfumage et exutoires en toiture : comptage et positionnement des exutoires, ouvrants obstrués par des dépôts ou des équipements ajoutés, cohérence entre le plan et la réalité — sujet que détaille notre guide sur les exutoires de fumée en toiture et la vérification annuelle.
- Séparation et nature des stockages : îlotage, largeur des allées de séparation, mélange de matières incompatibles, hauteur apparente des piles, débordement d'une zone sur une autre.
- État des toitures et des bardages : corrosion, plaques descellées, percements non rebouchés, rétention d'eau, végétation, équipements ajoutés sans mise à jour du plan.
- Volumes de stockage extérieur : cubature photogrammétrique des tas et des andains, à confronter aux quantités maximales autorisées par l'arrêté — la méthode est décrite dans notre guide sur le calcul de cubatures et de stocks par drone.
- Clôture et gardiennage : continuité du linéaire, brèches, végétation qui masque, portails et accès de service, question traitée en détail dans notre guide sur l'inspection de clôture périmétrique par drone.
- Propreté et envols de déchets : dépôts diffus en périphérie, envols piégés dans les haies et les fossés, traces de ruissellement, un sujet que connaissent bien les collectivités confrontées aux dépôts sauvages et décharges illégales.
L'intérêt du relevé aérien n'est pas de découvrir ces points — l'exploitant les connaît — mais de les objectiver en une seule campagne, à une date certaine et sous un angle que personne n'a au sol. Une pile de matière qui déborde de son îlot, une voie engins rétrécie par des bennes, un exutoire recouvert : ce sont des situations qui s'installent progressivement et que l'œil de l'exploitation ne voit plus. Une revue générale de l'intérêt des systèmes aériens sans pilote pour le suivi environnemental a été publiée en 2018 dans Remote Sensing par S. Manfreda, M. F. McCabe, P. E. Miller et leurs coauteurs : elle souligne que l'apport décisif de ces plateformes tient moins à la performance des capteurs qu'à la résolution spatiale et à la fréquence de revisite qu'elles rendent accessibles à un coût compatible avec un suivi de routine (voir l'étude sur Google Scholar). Transposé à un site classé, cela signifie : ce qui change la donne, ce n'est pas la photo, c'est la série.
Selon votre secteur, les points sensibles se hiérarchisent différemment. Nos guides sectoriels entrent dans ce détail : brasserie et malterie (rubrique 2220), légumerie et conserverie de légumes (rubrique 2220), plateforme de recyclage de ferrailles (rubrique 2713), déchèterie communale (rubrique 2710) ou encore fonderie (rubriques 2551 et 2552).
Une orthophoto datée dans le dossier d'exploitation : ce qu'elle vaut vraiment
Il faut être précis sur ce point, parce que c'est là que les promesses commerciales dérapent le plus souvent. Une image produite par l'exploitant, fût-elle magnifique, reste une pièce que l'exploitant a produite. Elle n'a pas de force probante autonome et personne n'est tenu de la croire sur parole. Ce qui lui donne du poids, c'est un faisceau de trois caractéristiques : la datation (horodatage des prises de vue, journal de vol conservé, métadonnées non retouchées), la mesurabilité (une orthophoto géoréférencée sur laquelle une distance ou une surface se vérifie de manière reproductible par un tiers) et la continuité (une série annuelle raconte une trajectoire ; un cliché isolé ne raconte rien).
Dans un dossier d'exploitation, cette matière sert d'abord à un usage prosaïque et très efficace : répondre. Un inspecteur relève que le stockage extérieur semble dépasser la quantité autorisée ? Une cubature photogrammétrique datée du mois précédent, avec sa méthode et son incertitude, vaut mieux qu'une estimation de mémoire. Un riverain se plaint d'un envol de déchets ? Une série d'orthophotos montre l'état réel de la périphérie aux dates concernées. Le plan de masse annexé à l'arrêté d'autorisation date de douze ans et ne correspond plus à rien ? Une orthophoto récente redevient la base de travail commune entre l'exploitant, le service instructeur et le bureau d'études.
Lorsque l'enjeu devient contentieux — contestation d'un constat, litige avec un voisin, désaccord sur la date d'une remise en état —, il existe un cran au-dessus : faire réaliser le vol dans le cadre d'un constat de commissaire de justice. Les constatations purement matérielles d'un commissaire de justice font foi jusqu'à preuve contraire en application de l'article 1er de l'ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016, sauf en matière pénale où elles valent à titre de simple renseignement. L'officier public assiste au vol, décrit l'opération, réceptionne les fichiers et les annexe à son procès-verbal : l'image sort alors du statut de pièce interne. Notre guide sur le constat par drone avec un commissaire de justice détaille ce montage, ses conditions et son coût.
La question de savoir comment le droit accueille l'imagerie aérienne produite par drone dans un contexte de surveillance environnementale n'est pas propre à la France. Une analyse d'A. Telesetsky, publiée en 2016 dans le George Washington Journal of Energy & Environmental Law, examine — en droit américain — la manière dont les autorités et les tiers peuvent mobiliser des relevés par aéronef sans équipage à des fins de contrôle environnemental, et les limites que leur opposent les protections de la vie privée et de la propriété (voir l'article sur Google Scholar). Le cadre juridique diffère du nôtre, mais le constat de fond se transpose : la valeur d'un relevé aérien tient moins à la technologie qu'à la rigueur procédurale avec laquelle il a été obtenu et conservé.
Avant et après une mise en demeure : prouver la remise en conformité
C'est l'usage le plus directement rentable, et le moins connu. Une mise en demeure prise sur le fondement de l'article L. 171-8 fixe un délai déterminé pour se conformer. Passé ce délai, si la mise en demeure est restée sans effet, le préfet peut enclencher la consignation, les travaux d'office, la suspension, l'amende et l'astreinte. La preuve de l'exécution dans le délai est donc l'enjeu central — et cette preuve incombe en pratique à l'exploitant, qui doit convaincre l'administration que le point est traité.
Le montage est simple. Premier passage, dès réception de la mise en demeure : relevé de l'état initial sur les points visés, en orthophoto géoréférencée et en vues obliques, avec journal de vol et horodatage. Ce passage n'est pas une auto-accusation ; il fixe un point de départ mesurable et démontre que l'exploitant a pris la mesure du sujet immédiatement. Second passage, quelques jours avant l'échéance : même plan de vol, mêmes angles, même altitude, même heure de la journée si possible. Le rapport présente les deux états côte à côte, point par point, avec les mesures avant et après — mètres linéaires de clôture reprise, volume de stock ramené sous le seuil, allée de séparation rétablie à sa largeur, exutoires dégagés, rétention curée et vidangée.
La force de cette pièce tient à sa reproductibilité : parce que le second vol reprend exactement le plan du premier, la comparaison n'est pas une impression mais une superposition. Elle vaut également, en interne, pour tracer la réalisation d'un plan d'action auprès d'un groupe, d'un assureur ou d'un commissaire aux comptes. Et lorsqu'un doute subsiste sur la date, rien n'interdit d'intégrer le second passage à un constat de commissaire de justice.
Le même dispositif sert en amont, sans aucune mise en demeure : un relevé annuel programmé, comparé au précédent, transforme l'audit interne de conformité en exercice factuel plutôt qu'en tour du site avec un bloc-notes. C'est aussi la matière première d'un plan d'intervention à jour : un modèle 3D du site alimente directement le plan d'opération interne ou la fiche ETARE remise aux secours, sujet traité dans notre guide sur le modèle 3D de site pour plans d'intervention incendie.
Ce que le drone ne fait pas — et pourquoi le dire clairement protège
Un exploitant qui présente son relevé aérien comme un « audit de conformité ICPE » se met en difficulté, parce qu'il promet à son inspecteur quelque chose que le livrable ne contient pas. Mieux vaut poser le périmètre d'emblée. Le drone ne mesure pas les rejets atmosphériques : les concentrations de poussières, de COV, d'oxydes d'azote ou de dioxyde de soufre en sortie de cheminée relèvent de prélèvements normalisés effectués par des laboratoires accrédités, selon les périodicités fixées par l'arrêté d'exploitation. Un capteur embarqué peut donner une indication de tendance et aider à localiser une source ; c'est un outil de repérage, jamais une mesure réglementaire — nuance que détaille notre guide sur la surveillance de la qualité de l'air et des poussières par drone.
Le drone n'analyse pas les effluents aqueux : DCO, MES, métaux, hydrocarbures, PFAS se déterminent au laboratoire sur des prélèvements physiques, pas sur une image. Il ne réalise aucun contrôle réglementaire : la vérification périodique du désenfumage, des installations électriques, des équipements sous pression, des moyens de secours ou de la protection foudre relève d'organismes agréés ou de vérificateurs qualifiés, et le contrôle périodique des installations sous régime de déclaration avec contrôle (mention « DC ») est effectué par un organisme accrédité COFRAC et agréé par le ministère, tous les cinq ans — dix ans avec un système de management environnemental certifié ISO 14001, conformément aux articles L. 512-11 et R. 512-55 et suivants du code de l'environnement. Enfin, il ne se substitue pas au regard de l'exploitant : une image ne voit ni l'intérieur des bâtiments, ni un défaut sous une cuve, ni une odeur, ni un bruit.
Cette lucidité sur le périmètre est aussi ce qui rend l'outil crédible. Une revue systématique de S. Safie et R. Khairil, publiée en 2025 dans Transportation Research Interdisciplinary Perspectives, a passé en revue dix années de littérature sur l'inspection par drone dans les usines de procédés chimiques : elle conclut que la valeur de ces missions tient à la combinaison de trois conditions — un cadre réglementaire de vol maîtrisé, des procédures opérationnelles écrites (accès, zones ATEX, gestion des données) et une intégration explicite dans le dispositif d'inspection existant plutôt qu'un usage isolé (voir l'étude sur Google Scholar). Autrement dit : un vol qui n'est pas relié à un point précis d'un arrêté préfectoral ne produit que de jolies images.
Cadrer la mission : accueil, plan de prévention, confidentialité
Un site classé n'est pas un chantier ordinaire. L'intervention d'un prestataire extérieur relève du plan de prévention prévu par le code du travail dès lors que l'opération dépasse les seuils de durée ou figure sur la liste des travaux dangereux, et elle suppose une inspection commune préalable : circuits de circulation, zones interdites, zones à atmosphère explosive, conduite à tenir en cas d'alarme, points de rassemblement, interlocuteur unique côté exploitant. Ce cadrage n'est pas de la formalité : c'est ce qui permet au télépilote de travailler sans immobiliser la production, et à l'exploitant de ne pas créer un risque nouveau au motif d'en documenter d'autres. Notre guide sur l'accueil d'une mission drone sur un site industriel détaille cette préparation et fournit une checklist.
Sur le plan aérien, la plupart des missions décrites ici se déroulent en vue directe, à basse hauteur, au-dessus d'un site clos dont l'exploitant maîtrise l'accès : le cadre est celui de la catégorie ouverte, sous réserve des zones à statut particulier — proximité d'un aérodrome, d'une installation sensible, d'un site nucléaire, ou zone d'interdiction permanente. Beaucoup de plateformes industrielles se trouvent en périphérie d'agglomération, parfois sous une trouée d'approche : la vérification des zones et, le cas échéant, la déclaration ou l'accord préalable font partie de la prestation et doivent apparaître dans le devis. Un site Seveso ou une installation d'importance vitale exige en outre une coordination avec le service de sûreté et, souvent, une information préalable de la préfecture.
Reste la confidentialité, sujet qui bloque plus de projets que la réglementation aérienne. Un relevé de site industriel montre des procédés, des implantations d'équipements, des volumes de production déduits des stocks, parfois des dispositifs de sûreté. Trois clauses suffisent généralement à traiter la question dans la commande : propriété exclusive des données brutes et des livrables au bénéfice de l'exploitant ; interdiction de toute réutilisation, publication ou usage promotionnel des images sans accord écrit ; effacement des données du prestataire à l'issue d'un délai convenu, avec attestation. Il est aussi légitime d'exiger que le traitement photogrammétrique reste en France ou en Europe et de proscrire le dépôt sur un cloud public non maîtrisé. Enfin, si le site voisine des habitations, le plan de vol doit être conçu pour éviter les prises de vue de propriétés privées tierces : c'est une exigence de respect de la vie privée, et c'est aussi ce qui évite qu'une démarche de conformité ne génère elle-même une plainte de riverain.
Méthode et prix d'un relevé de préparation à l'inspection
La méthode tient en quatre temps. Un : extraire les points contrôlables depuis le ciel de votre arrêté préfectoral ou de l'arrêté de prescriptions générales applicable à vos rubriques — distances d'implantation, voie engins, rétentions, désenfumage, quantités maximales stockées, clôture, propreté des abords. Cette liste, de dix à trente lignes selon les sites, devient le sommaire du rapport. Deux : caler la mission — plan de prévention, inspection commune préalable, vérification des zones aériennes, créneau compatible avec l'exploitation. Trois : voler — un passage cartographique au nadir pour l'orthophoto géoréférencée et, si nécessaire, le modèle numérique servant aux cubatures, puis des passages obliques ciblés sur les points de la liste. Quatre : livrer — une orthophoto mesurable, les vues détaillées indexées point par point, les mesures (distances, surfaces, volumes avec leur incertitude), et un rapport qui renvoie explicitement à l'article de l'arrêté concerné. C'est ce dernier point qui fait la différence entre un reportage aérien et une pièce utilisable devant un inspecteur.
Ordres de grandeur observés en France en 2026, hors taxes :
- Petit site (moins de 2 ha, régime de déclaration ou d'enregistrement) : 700 à 1 200 € — orthophoto, vues ciblées, rapport indexé.
- Site courant (2 à 10 ha) : 1 200 à 2 500 € selon le nombre de points à documenter et la complexité d'accès.
- Grande plateforme (plus de 20 ha, autorisation, IED, multi-bâtiments) : 3 000 à 5 000 €, souvent en deux journées de vol.
- Option cubature des stockages extérieurs (tas, andains, bennes, avec incertitude documentée) : + 400 à 900 €.
- Option passage thermique (toiture, stockages fermentescibles, gaines et caissons de filtration) : + 400 à 800 €.
- Option modèle 3D exploitable pour un plan d'opération interne ou une fiche ETARE : + 800 à 2 000 €.
- Séquence avant/après mise en demeure (deux passages sur le même plan de vol, rapport comparatif) : le second passage se facture généralement 30 à 40 % de moins que le premier, le plan de vol et le calage étant déjà faits.
- Campagne annuelle récurrente sur le même plan de vol : 20 à 30 % de moins que la campagne initiale.
- Volet constat de commissaire de justice (part drone) : 300 à 900 €, auxquels s'ajoutent les honoraires du commissaire, à négocier directement avec son étude.
Le bon moment pour lancer ce relevé n'est pas la veille d'une visite annoncée : c'est au moment où vous préparez un dossier — réexamen IED, porter à connaissance, modification d'installation, mise à jour du plan d'opération interne — ou juste après avoir reçu un rapport d'inspection, pour instruire les points soulevés sur une base factuelle. Rappelons enfin que les informations réglementaires de ce guide sont datées : les prescriptions applicables à votre site figurent dans votre arrêté, qui prime sur toute généralité. Notre page topographie et photogrammétrie par drone présente l'ensemble de la prestation ; demandez un devis en précisant vos rubriques ICPE, votre régime (autorisation, enregistrement, déclaration), la surface du site et l'échéance visée.
Questions fréquentes
Une visite de l'inspection des installations classées peut-elle être inopinée ?
Oui. Aucun texte du code de l'environnement n'impose à l'inspection un délai de prévenance avant une visite : l'article L. 171-1 organise le droit d'accès des agents aux lieux où s'exerce l'activité — à l'exclusion des domiciles et de la partie des locaux servant de domicile — et prévoit, en cas de refus d'accès, le recours au juge des libertés et de la détention. En pratique, une partie des visites est annoncée (thématique, suite de dossier, contrôle programmé) et une autre non, notamment après une plainte de riverains, un incident ou un signalement. La conséquence opérationnelle est simple : un site ne se « prépare » pas la veille d'une visite, il se tient en état documentaire permanent. C'est exactement ce qu'apporte un relevé aérien récurrent : une image datée de l'état réel du site, disponible avant même que l'inspecteur ne franchisse la grille.
Une orthophoto par drone a-t-elle une valeur de preuve face à l'administration ?
Elle a une valeur documentaire réelle, mais elle n'a pas, en elle-même, de force probante particulière : un fichier image produit par l'exploitant reste une pièce que l'exploitant a produite. Sa force vient de trois choses : la datation (horodatage des prises de vue, journal de vol, métadonnées conservées), la mesurabilité (orthophoto géoréférencée sur laquelle une distance ou une surface se vérifie) et la continuité (une série annuelle vaut bien mieux qu'un cliché isolé). Lorsqu'un enjeu contentieux existe — contestation d'un constat, litige de voisinage, désaccord sur une date de remise en conformité — le relevé peut être intégré à un constat de commissaire de justice : les constatations purement matérielles d'un commissaire de justice font foi jusqu'à preuve contraire, en application de l'article 1er de l'ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016, sauf en matière pénale où elles valent à titre de simple renseignement.
Le drone peut-il remplacer un contrôle réglementaire ou une mesure de rejets ?
Non, et il est important de le dire clairement à son inspecteur comme à sa direction. Les mesures de rejets atmosphériques et les analyses d'effluents aqueux relèvent d'organismes accrédités et de protocoles normalisés ; la vérification périodique du désenfumage, des installations électriques, des appareils sous pression ou des moyens de secours relève d'organismes agréés ou de vérificateurs qualifiés ; le contrôle périodique des installations classées sous régime de déclaration avec contrôle (mention « DC » dans la nomenclature) est réalisé par un organisme accrédité COFRAC et agréé par le ministère, tous les cinq ans — dix ans avec un système de management environnemental certifié ISO 14001. Le drone ne produit aucun de ces documents. Il produit une image géométrique datée de l'état du site, qui vient en amont et en appui de ces contrôles : repérer, prioriser, prouver un état à une date. Rien de plus, mais rien de moins.