Guide complet de la réglementation drone 2026 10 € Voir le guide
GUIDE C-DRONE · 1 OCTOBRE 2026
Géoportail drone dans un SIG : exploiter la couche des zones
Regarder la carte des zones drone sur Géoportail suffit pour un vol isolé. Pour un bureau d'études qui prépare vingt missions par mois, un géomètre qui chiffre un corridor de 15 km ou un service SIG de collectivité, la même information devient une donnée : un flux à brancher dans QGIS, à croiser avec l'emprise d'un chantier et le relief, puis à archiver. Voici comment ces flux fonctionnent réellement, ce que contiennent leurs attributs, et les pièges que nous avons relevés en les interrogeant le 30 septembre 2026.
Publié le 1 octobre 2026, relu le 22 septembre 2026 — réglementation en vigueur en septembre 2026.
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De la carte à l'écran à la donnée dans le SIG
Notre guide sur la lecture de la carte des zones drone sur Géoportail explique le code couleur, la nature des CTR et des zones P, R et D, et le raisonnement à tenir devant une adresse. Ce guide-ci part de l'étape suivante : sortir cette information du navigateur pour la traiter comme n'importe quelle autre couche géographique d'un projet. L'intérêt est concret pour un professionnel. Un clic sur la carte renseigne sur un point ; une couche vectorielle dans un SIG renseigne sur toute une emprise, un linéaire de réseau ou un portefeuille de sites, et permet de produire une pièce reproductible pour le dossier de mission.
Deux sources publiques coexistent, et il est utile de savoir laquelle on manipule. La première est la couche de l'IGN, « Restrictions UAS catégorie Ouverte et aéromodélisme », celle que l'on voit sur Géoportail et sur cartes.gouv.fr. Elle est diffusée par la Géoplateforme (data.geopf.fr) sous le nom technique TRANSPORTS.DRONES.RESTRICTIONS, en image tuilée (WMTS), en image à la demande (WMS) et en vecteur (WFS, type d'entité TRANSPORTS.DRONES.RESTRICTIONS:carte_restriction_drones_lf). La seconde est le jeu de données « zones géographiques UAS » du SIA, le service de l'information aéronautique de la DGAC, publié gratuitement dans la rubrique « Produits numériques en libre disposition » de son site, en application de l'article 15 du règlement (UE) 2019/947 qui impose aux États de rendre ces zones publiques dans un format numérique commun.
Ces deux sources ne racontent pas tout à fait la même chose et ne se manipulent pas de la même façon : la couche IGN est une représentation cartographique pensée pour la catégorie ouverte, avec des polygones prêts à afficher ; le jeu SIA est une donnée aéronautique structurée au modèle EUROCAE ED-269, plus riche mais plus exigeante à interpréter. La première sert à visualiser, la seconde à vérifier.
Brancher les flux dans QGIS : ce que contiennent vraiment les attributs
Dans QGIS, la couche IGN s'ajoute comme n'importe quel service OGC : une connexion WMTS sur https://data.geopf.fr/wmts pour le fond coloré, et une connexion WFS sur https://data.geopf.fr/wfs/ows pour les polygones. Le 30 septembre 2026, ces deux flux répondaient sans clé d'accès. Le WFS se limite de préférence à l'emprise du projet (filtre par rectangle englobant) : la couche nationale compte 89 737 polygones, un volume inutile à charger en entier pour un chantier de quelques hectares.
Les attributs sont minimalistes, et c'est le premier enseignement. Chaque polygone ne porte que deux champs. Le champ « limite » contient un libellé et non un nombre : « Vol interdit » ou « Hauteur maximale de vol de 30 m », de 50, 60 ou 100 m. Pour filtrer ou symboliser, il faut donc extraire la valeur numérique par une expression, en traitant « Vol interdit » comme une hauteur nulle. Le champ « remarque » porte l'information de contexte : la mention « Évolution interdite en espace public en agglomération sauf conformément à l'arrêté Espace », la « notification préalable obligatoire pour les aéronefs de masse supérieure à 900 g » des secteurs d'entraînement militaire, ou « Altitude de référence de l'aérodrome : 88 m ». Sur un échantillon de 24 737 polygones que nous avons interrogés, huit sur dix portent la limite « Vol interdit » et six sur dix la remarque sur l'espace public en agglomération : une large part de la couche décrit donc des contours d'agglomération, que les métadonnées de l'IGN qualifient elles-mêmes d'« indicatifs ».
Le jeu SIA, lui, se télécharge sous forme d'une archive ZIP contenant un fichier JSON nommé UASZones_AAAA-MM-JJ_…json, la première date étant l'entrée en vigueur. Il ne s'ouvre pas directement comme une couche : chaque zone contient des volumes décrits par une géométrie horizontale et des limites verticales, qu'il faut convertir (un script de quelques dizaines de lignes, ou un outil capable de lire l'ED-269). En échange, chaque zone indique son nom aéronautique (par exemple [LF][P 63] ILE DU LEVANT), l'autorité à contacter, le type de restriction (interdite, conditionnelle, soumise à autorisation) et le message réglementaire associé. C'est cette source qui permet d'identifier, pour un devis, à quel organisme adresser une demande d'accord.
Superposer l'emprise du chantier et le relief : le piège de l'altitude de référence
L'usage le plus rentable de la donnée est l'intersection : on charge l'emprise du projet (parcelles, tracé de réseau, périmètre d'usine), on la découpe par les polygones de restriction, et l'on obtient en quelques secondes la part de l'emprise en « vol interdit », celle plafonnée à 30 ou 50 m, et celle libre jusqu'à 120 m. Pour un corridor linéaire, le même traitement produit une liste de tronçons avec leur contrainte, directement exploitable pour découper la mission en vols et identifier les demandes d'accord à déposer. Ce tableau, joint au devis, évite la mauvaise surprise d'un client qui découvre la veille du vol qu'un tiers de son site est sous une zone interdite.
Le piège se situe au voisinage des aérodromes. Le guide d'utilisation du SIA précise que, pour ces zones, le plafond est exprimé par rapport au niveau de la mer lorsque l'altitude de référence de l'infrastructure est connue, et qu'à défaut la hauteur « est à considérer par rapport à l'altitude de référence de l'infrastructure concernée ». La couche IGN porte d'ailleurs cette altitude dans son champ « remarque ». Conséquence pratique : un plafond de 50 m autour d'un aérodrome dont l'altitude de référence est de 88 m correspond à un plafond absolu d'environ 138 m. Sur un chantier situé en contrebas à 70 m d'altitude, la marge réelle au-dessus du sol est plus grande ; sur une colline à 120 m, elle tombe à une vingtaine de mètres. Croiser la couche avec un modèle numérique de terrain, par exemple le RGE ALTI de l'IGN, transforme alors un plafond théorique en hauteur réellement disponible au-dessus de chaque point du chantier, ce qu'aucun clic sur la carte ne donne.
Deux précautions complètent l'exercice. Les zones P, R et D dont l'AIP ne publie pas les limites latérales sont représentées dans le jeu SIA par un cylindre de 3 700 m de rayon autour du point publié : c'est une convention de représentation, pas un tracé réglementaire, et une emprise qui frôle ce cercle mérite une vérification dans l'AIP. Et les niveaux de vol publiés en unités aéronautiques sont convertis en mètres avec une marge de sécurité, ce qui peut légèrement décaler les limites par rapport au texte d'origine.
Ce que la donnée ne contient pas, et pourquoi elle vieillit en 28 jours
Le jeu SIA est mis à jour selon le calendrier AIRAC : chaque édition fait référence pendant 28 jours, et deux jeux coexistent à l'approche d'un changement, celui en vigueur et celui à venir. Une couche téléchargée puis enregistrée dans un projet QGIS devient donc potentiellement fausse au cycle suivant. La règle de travail qui en découle est simple : recharger la donnée pour chaque mission, et conserver dans le dossier l'extraction datée qui a servi à la préparation. Nous avons aussi relevé, le 30 septembre 2026, un décalage entre les flux IGN : le WMTS affiche une « édition Juin 2026 », tandis que le WFS vectoriel se déclare « à jour au 07-2025 ». Les deux résumés citent encore un arrêté de 2017, alors que le texte applicable est l'arrêté du 3 décembre 2020 relatif à l'utilisation de l'espace aérien par les aéronefs sans équipage à bord. Pour un calcul de surface, mieux vaut donc confronter le vecteur à l'image récente, ou partir du jeu SIA.
Surtout, aucune de ces données ne dit si une zone est active. Le guide du SIA l'écrit explicitement : les horaires d'activation publiés dans l'AIP ne sont pas inclus, seul un indicateur « permanent oui ou non » l'est. Les restrictions temporaires publiées par NOTAM ou supplément AIP ne figurent pas non plus, pas plus que l'activation du réseau très basse altitude militaire, à vérifier le jour même sur la carte AZBA (voir notre guide sur le RTBA et la vérification AZBA). Les zones interdites à la captation de données (ZICAD) relèvent d'une autre couche, et les arrêtés préfectoraux ou municipaux n'apparaissent que partiellement. Enfin, la couche IGN ne décrit que la catégorie ouverte : elle ne dit rien des possibilités ouvertes par un scénario standard ou une autorisation en catégorie spécifique.
Sur le plan juridique, ni la carte ni le fichier ne font foi. L'IGN précise que la représentation « n'engage pas la responsabilité des producteurs », et le SIA que ses données sont destinées à la géovigilance et « ne peuvent pas être utilisées seules pour des activités influant directement sur la sécurité des vols ». La référence reste l'arrêté du 3 décembre 2020 et les publications aéronautiques. Cette position n'a rien de propre à la France : la revue comparative de Stöcker, Bennett, Nex, Gerke et Zevenbergen, publiée en 2017 dans Remote Sensing, montre que dans la plupart des pays la réglementation est devenue un paramètre de planification des campagnes d'acquisition aérienne à part entière, à traiter en amont comme la météo ou la résolution recherchée, et non comme une vérification de dernière minute (voir l'étude).
Méthode de travail et prix 2026 d'une étude d'espace aérien
La méthode que nous recommandons tient en cinq étapes. Un : télécharger le jeu SIA du cycle AIRAC en vigueur à la date du vol, et noter son nom de fichier. Deux : charger l'emprise du projet et le flux IGN limité à cette emprise, puis intersecter. Trois : pour chaque zone touchée, relever dans le jeu SIA l'autorité compétente et le type de restriction, et, près d'un aérodrome, recalculer la hauteur disponible avec le modèle de terrain. Quatre : à J-1 et le jour même, vérifier NOTAM, suppléments AIP et AZBA, qu'aucune couche ne remplace. Cinq : archiver l'extraction, la carte produite et les captures des vérifications du jour dans le dossier de mission. Pour les besoins de levé et de cartographie, notre édition topographie et cartographie du guide réglementaire détaille aussi les démarches de captation, ZICAD comprises, qui s'ajoutent à cette étude d'espace aérien.
Ordres de grandeur constatés en France en 2026, hors taxes :
| Prestation | Tarif constaté (HT) |
| Vérification d'espace aérien d'un site ponctuel (intégrée à la préparation) | incluse dans le forfait de mission |
| Étude cartographique d'une emprise étendue ou multi-sites (SIG, tableau des contraintes, autorités à saisir) | 150 à 400 € |
| Analyse d'un corridor linéaire de plusieurs kilomètres, découpage en tronçons et en vols | 300 à 800 € |
Côté donneur d'ordre, la question utile n'est pas « votre drone a-t-il une carte ? » mais « pouvez-vous me montrer, sur mon emprise, quelle part est contrainte, par quelle zone, et à qui vous allez demander l'accord ? ». Un prestataire qui répond avec un tableau daté plutôt qu'avec une capture d'application a, en général, déjà fait le travail. Pour une mission sur une emprise étendue, un corridor ou un portefeuille de sites, demandez un devis en joignant le fichier de l'emprise (shapefile, GeoPackage ou KML) : l'étude d'espace aérien peut être réalisée avant même la date de vol.
Questions fréquentes
Faut-il une clé d'accès pour charger la couche drone de l'IGN dans QGIS ?
Le 30 septembre 2026, les flux WMTS et WFS de la Géoplateforme (data.geopf.fr) répondaient sans clé pour la couche TRANSPORTS.DRONES.RESTRICTIONS. Les conditions d'accès peuvent évoluer : en cas d'erreur, consultez la documentation de la Géoplateforme sur cartes.gouv.fr.
Une extraction SIG peut-elle servir de preuve en cas de contrôle ?
Elle prouve votre diligence, pas votre droit de voler. Ni la couche IGN ni le jeu SIA ne font foi : seuls l'arrêté du 3 décembre 2020 et les publications aéronautiques du jour sont opposables. Une extraction datée, avec le nom du fichier AIRAC utilisé et les vérifications NOTAM et AZBA du jour, reste la meilleure pièce à conserver.